. Mots-clé : analyscience, linguistique, analyse de discours, sémantique, lexicologie, subjilecte, métaphore, psychanalyse, Lacan, psychologie, psychologie sociale, psychose, paranoïa, schizophrénie, rhétorique, argumentation, épistémologie, poésie, littérature, Charles Baudelaire, traduction, malentendu, expressions figées, Jean-Claude Milner, L’Œuvre claire, Albert Camus, Marie Cardinal, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, hystérie, obsession, phobie, angoisse, inconscient, rêve, rébus, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, subjiciel, points de vue, subjectivité artificielle, argot, Luce Irigaray, Hélène Cixous, Gilles Deleuze, Félix Guattari, Jean-François Lyotard, homéopsychie
Considérons cet extraits du livre Éléments d'analyse du discours de Georges-Elia Sarfati :
« 4.5 Topoï, mots pleins et mots vides
Pour la théorie standard des topoï fondée sur l'hypothèse scalaire (gradualité des prédicats), des couples lexicaux, tels que courageux/poltron, prudent/ téméraire, articulent des termes
antonymes dont la différence sémantique repose sur des mécanismes d'emploi distincts d'un même topos. Par exemple :
a) Pierre a été courageux.
b) Pierre a été poltron.
c) Pierre a été prudent.
d) Pierre a été téméraire.
Dans les cas a) et b) l'antonymie convoque avec un effet axiologique divergent le principe topique selon lequel : « C'est un signe de valeur que d'affronter le danger. » Dans les cas c) et d),
c'est un autre topos (du type : « C'est un signe de valeur de savoir éviter le danger ») qui fonde l'antonymie. La plupart des termes lexicaux révèlent non seulement "l'idéologie du locuteur"
mais "aussi de l'objet". Dans de tels emplois, le jugement de valeur s'incorpore à la valeur désignative des termes. »
On reconnaît sans peine, à la substitution près de "poltron" à "timoré" un des dialogues de sourds donné comme exemple dans la définition du mot doublets dans
le Glossaire de
l'A.L.S. :
« doublets : parfois le français fournit deux mots différents pour une même réalité, deux doublets pris chacun dans une
série différente, dont l'un est valorisé, l'autre péjoratif, d'où les « dialogues de sourds » suivants :
Georges-Elia Sarfati met bien en évidence les deux topos opposés :
- dans les cas a) et b) : « C'est un signe de valeur que d'affronter le danger »,
- dans les cas c) et d) : « C'est un signe de valeur de savoir éviter le danger ».
Ce qu'il nomme "effet axiologique divergent ", c'est ce que l'A.L.S. désigne par "valeurs opposées" : selon le 1er topos, courageux est valorisé, et timoré dévalorisé, selon le 2ème topos, prudent est valorisé,
et téméraire dévalorisé.
Nous sommes d'accord avec lui sur la 2ème
proposition de sa conclusion : « La plupart des termes lexicaux révèlent [quelque chose] de l'objet. Dans de tels emplois, le jugement de valeur s'incorpore à la valeur désignative des termes. »,
mais pas sur la 1ère : « La plupart des termes lexicaux révèlent "l'idéologie du locuteur"».
L'A.L.S. montre en effet que ces échelles de valeurs différentes ne relèvent pas d'idéologies pouvant changer au cours d'une vie, mais de positions subjectives
durables déterminées par les identifications inconscientes : le parler extraverti pour le 1er topos, le parler introverti pour le second ...
[ À suivre ]