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  • : TOUT SUR L'A.L.S. (Analyse des Logiques Subjectives©)
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  • : Blog scientifique sur l'A.L.S. (Analyse des Logiques Subjectives©), méthode originale d'analyse de discours partant des métaphores quotidiennes et de la psychanalyse. Applications dans de nombreux domaines des Sciences Humaines et Sociales : linguistique, littérature (Camus), poésie (Baudelaire), traduction, rhétorique, argumentation, psychologie sociale. Textes, articles, exercices, discussions,dictionnaires.Google+
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4 juin 2016 6 04 /06 /juin /2016 22:29

Analyse et réfutation d’un “raisonnement” spécieux

de Georges Bataille dans son livre L’érotisme

 

Puisque cet ouvrage se donne bel et bien pour un essai dûment argumenté se prenant au sérieux, et non pour un texte poétique — où délirer serait non seulement permis mais même souhaitable !!! —, il est licite et loisible de l’analyser de façon critique...

 

À une première étape d’analyse "cognitive" (du contenu sémantique) puis logique (de l'enchaînement des propositions) fera suite une étape d’analyse du contenu subjectif (par l'Analyse des Logiques Subjectives ou A.L.S.) qui en livrera une clef possible...

 

(Cliquez S.V.P. sur les liens bleus soulignés)

 

Voici ce qu’écrit Bataille :

 

« La sexualité et la mort ne sont que les moments aigus d'une fête que la nature célèbre avec la multitude inépuisable des êtres, l'une et l'autre ayant le sens du gaspillage illimité auquel la nature procède à l'encontre du désir de durer qui est le propre de chaque être ».

 

Un peu comme les analogies que l'on déplie pour voir jusqu'où elles tiennent la route, ou encore l'analyse des présuppositions en Intelligence Artificielle, déplions ce raisonnement, fait d'une longue phrase emberlificotée, en le scindant littéralement en ses propositions distinctes :

 

  1. la nature célèbre avec la multitude inépuisable des êtres une fête

  2. la sexualité et la mort ne sont que les moment aigus de cette fête

  3. le désir de durer est le propre de chaque être

  4. la nature procède à l'encontre de ce désir à un gaspillage illimité

  5. la sexualité et la mort ont le sens de ce gaspillage illimité


 

Analyse “cognitive” (du contenu sémantique) :

 

1 - la nature célèbre avec la multitude inépuisable des êtres une fête

 

* la nature est personnifiée (Personnification rhétorique), dotée de volonté et d'action : elle “célèbre” (cf l’"âge métaphysique" d'Auguste Comte)

 

* “la multitude des êtres” est un constat d’expérience, mais “inépuisable” mérite d’être questionné devant l’accélération des extinctions “non naturelles” liées à l’activité humaine...

 

* “fête” désigne par métaphore (avec hyperbole et personnification) les phénomènes divers et variés que tout zoologue peut observer...

 

 

2 - la sexualité et la mort ne sont que les moments aigus de cette fête

 

* l'instant de la mort peut être supposé "aigu", mais non l'activité sexuelle qui s'étale de la puberté à la mort (le mot “sexualité” a un sens général et ne peut donc qualifier chacun des “rapports sexuels” qui pourraient quant à eux être qualifiés d’ "aigus")

 

* ce sont certes des moments au regard des temps gigantesques où selon Bataille la nature exerce son empire * la restriction ("ne... que"), qui reste à analyser en détail, signale déjà que Bataille semble écarter toute autre explication ou interprétation (que la sienne) de ce que sont pour le vivant la sexualité et la mort...

 

 

3 - le désir de durer est le propre de chaque être

 

* énoncé universalisant donc a priori suspect (question de méthodologie) * cet énoncé, admissible (avec des nuances) pour l'instinct dans les espèces "inférieures", est mis en défaut chez les humains par le simple fait social du suicide et par l'existence de "personnalités" (psychologie), "identifications" (psychanalyse) ou "parlers" (A.L.S.) tournées vers l'auto-destruction.

 

 

4 - la nature procède à l'encontre de ce désir à un gaspillage illimité

 

* la nature est ici de nouveau personnifiée : elle "agit", qui plus est avec l’intention toute humaine de “gaspiller”...

 

 

5 - la sexualité et la mort ont le sens de ce gaspillage illimité

 

* Bataille énonce ici qu’il y a du sens dans la nature (finalisme)

 

 

Analyse logique :

 

Cette suite de propositions ne se dispose selon aucun enchaînement du type syllogisme ou sorite. Il s'agit dans cette longue phrase de l’imbrication d'une série de pures affirmations juxtaposées sans être soutenues par la moindre démonstration ou preuve expérimentale.

 

 

Analyse du contenu subjectif sous l'angle de l'A.L.S. :

 

Notation standard : — mots en italique : série A; mots en gras : série B ; — mots soulignés : valeur + ; mots non soulignés : valeur - Donc 4 combinaisons se résolvant en 2 “points de vue” :

 

  • A + = B - —> point de vue E (extraverti)

  • A - = B + —> point de vue I (introverti)


 

« La sexualité et la mort ne sont que les moments aigus d'une fête que la nature célèbre avec la multitude inépuisable des êtres, l'un et l'autre ayant le sens du gaspillage illimité auquel la nature procède à l'encontre du désir de durer qui est le propre de chaque être ».

 

("Sexualité" et "mort" ne sont pas "codés A.L.S.", car ce sont les supports encore neutres qui vont recevoir de Bataille leurs attributs subjectifs.)

 

Le contexte (voir cet article sur mon blog) indique une prise de position (“parti-pris”, dit Leiris) de Bataille en faveur du "projet" naturel, ce qui, en soulignant les mots que l'A.L.S. décrit comme"A" et qu’il valorise, conduit à mettre en évidence une dominante "E" (extravertie) confirmée par l'opposition à "durer" (série B).

 

On aboutit à ce paradoxe que Bataille, tout en ayant (lire sa biographie) une position politique opposée au nazisme, sanctifie comme ce dernier la prétendue "loi naturelle" et s'en fait une norme, un guide pour mener sa vie. Or :

 

  • Il taille pour ce faire à sa guise dans l'éventail du vivant, ne gardant que la reproduction sexuée où sexe et mort sont liés (aucune mention n’est faite de la reproduction des unicellulaires par scissiparité, ni de celle des pluricellulaires par bourgeonnement...)

 

  • Il hausse une loi statistique, empirique, souffrant d'exceptions et susceptible d'être en partie modifiée par l'action humaine, au niveau d'une loi formelle incontournable (comme les nazis avec la sélection naturelle et la prédation), puis au niveau d'un principe moral guidant l'action, même s'il s'agit là d'une morale de type hystérique (on parle à son sujet de "mysticisme athée", où le dessein "pénétrable" et nécessaire de la Nature remplace les desseins impénétrables de Dieu) : c’est un point de vue normatif, prescriptif. La prescription, l’ordre, vient de la nature elle-même, comme il le dit dans le même livre : « Une agitation fiévreuse en nous demande à la mort d'exercer ses ravages à nos dépens »

 

  • ... là où, au contraire, le discours scientifique s'en tient au point de vue descriptif : il ne suppose aucune volonté ni aucun but dans une évolution dépourvue de sens et sans agent causal personnifiable, et tend, à travers des lois en cours de formalisation, à rendre compte de la contingence* des solutions observées chez le vivant...

 

[ *Milner (L’Œuvre claire, chapitre II) avance que la sexualité, pour la psychanalyse, est le lieu de la contingence infinie dans les corps :

  • " Qu'il y ait de la sexuation, plutôt que pas, c'est contingent.

  • Qu'il y ait deux sexes plutôt qu'un ou plusieurs, c'est contingent.

  • Qu'on soit d'un côté ou de l'autre, c'est contingent.

  • Qu'à une sexuation soient attachés tels caractères somatiques, c'est contingent.

  • Que lui soient attachés tels caractères culturels, c'est contingent.

  • Parce que c'est contingent, cela touche l'infini. " ]

 

Sous l'angle de l'A.L.S., il suffit, en s'aidant du poème de Baudelaire "Bénédiction"* (ci-dessous en fin d’article), de remplacer dans le propos de Bataille la Nature personnifiée par le parent (disons la mère, puisqu'un de ses ouvrages s'intitule "Ma mère") pour voir apparaître de quoi il retourne dans l'énoncé initial :

 

  • En tant que je suis enfant, "petit animal", on peut me supposer le désir de durer ;

 

  • Ma mère, me rejetant, procède à l'encontre de ce désir à un gaspillage illimité ;

 

  • Elle me voue de ce fait à la sexualité et la mort (liées dans l'inconscient, comme l’exposera un autre article), qui ont le sens de ce gaspillage illimité, puisque "il n’est de meilleure voie que l’érotisme, cette ouverture entre les ouvertures pour accéder tant soit peu au vide insaisissable de la mort" (Leiris à propos de Bataille) ;

 

  • Loin de m'excepter du sort commun, comme l'aurait fait la mère surprotectrice du futur obsessionnel (voir l’analyse du poème de Parménide*), elle célèbre ce sacrifice (où je subis le sort de la multitude inépuisable) comme une fête ("bon débarras !"). * (notamment les phrases : “pour ce, Justice n'a permis, en desserrant ses liens, à ce qui est de naître et de périr, mais elle le maintient”, et : “immobile entre les limites de forts liens, il est sans commencement et sans fin, puisque le naître et le périr furent absolument écartés de lui, repoussés au loin par la foi véridique”)...

 

 

À propos de sacrifice chez Bataille, on peut lire dans l’article du Wikipedia anglais :

 

"Fascinated by human sacrifice, he founded a secret society, Acéphale, the symbol of which was a decapitated man. According to legend, Bataille and the other members of Acéphale each agreed to be the sacrificial victim as an inauguration; none of them would agree to be the executioner. An indemnity was offered for an executioner, but none was found before the dissolution of Acéphale shortly before the war."

 

Livre en référence : Jean-Michel Heimonet, Le Mal à l’œuvre : Georges Bataille et l'écriture du sacrifice, Marseille, Parenthèses, 1987.

 

On trouvera la clef de la prétendue "loi naturelle", norme, guide de vie, principe moral guidant l'action comme morale hystérique, "mysticisme athée" où le dessein de la Nature remplace les desseins impénétrables de Dieu, dans le passage suivant de mon article sur la propagande :

 

"Mais l’enfant n’apprend pas à parler avec un dictionnaire et une grammaire. Il est introduit dans l’ordre symbolique (le «grand Autre») par le discours des «petits autres» que sont ses parents, discours où s’entrelacent inextricablement les connaissances et le désir. Impossible de s’y dérober quand on dépend vitalement d’eux: «Le dit premier décrète, légifère, aphorise, est oracle. Il confère à l’autre réel son obscure autorité.» (Lacan, Écrits, p. 808). Ce «Que ta volonté soit faite» devient l’impératif inconscient de l’athée le plus convaincu. C’est là le point de départ de l’identification subjective, qui, quoique fille du langage, s’oppose par bien des traits à l’identification cognitive."


 

*Baudelaire : Bénédiction

Lorsque, par un décret des puissances suprêmes,
Le Poète apparaît en ce monde ennuyé,
Sa mère épouvantée et pleine de blasphèmes
Crispe ses poings vers Dieu, qui la prend en pitié :
« — Ah! que n'ai-je mis bas tout un nœud de vipères,
Plutôt que de nourrir cette dérision !
Maudite soit la nuit aux plaisirs éphémères
Où mon ventre a conçu mon expiation !
Puisque tu m'as choisie entre toutes les femmes
Pour être le dégoût de mon triste mari,
Et que je ne puis pas rejeter dans les flammes,
Comme un billet d'amour, ce monstre rabougri,
Je ferai rejaillir ta haine qui m'accable
Sur l'instrument maudit de tes méchancetés,
Et je tordrai si bien cet arbre misérable,
Qu'il ne pourra pousser ses boutons empestés ! »
Elle ravale ainsi l'écume de sa haine,
Et, ne comprenant pas les desseins éternels,
Elle-même prépare au fond de la Géhenne
Les bûchers consacrés aux crimes maternels.

_______________________________________________________________

 

La “thèse” de Bataille n’est pas sans connexions avec celle, “païenne”, de Henry Miller dans ce passage de Le monde du sexe :

"Si les hommes prenaient le temps de songer à cette immense activité dont grouillent la terre et les cieux, accorderaient-ils une pensée à la mort ?
À quoi bon se contraindre, se réserver dès l'instant que l'on est sûr que, dans la vie comme dans la mort, cette furieuse activité se poursuit sans relâche, sans remords ?
Si la mort n'est rien, pourquoi donc avoir peur du sexe ?
Les dieux ne sont ils pas descendus ici-bas pour forniquer avec les mortels, les bêtes, les arbres, la terre même ?
Pourquoi faire tant les dégoûtés ?
Pourquoi ne pas aimer — boire à toutes les sources du plaisir ?
Faire, en tous sens à la fois, don de nous-mêmes ?
Qu'avons-nous à craindre ? De nous perdre ?
Mais tant que ce ne sera pas fait, nous n'aurons pas d'espoir de jamais nous trouver.
Nous sommes le monde ; et pour le pénétrer entièrement, il faut commencer par renoncer à lui.
Peu importe la route ; ce qui compte, c'est ce que l'on donne de soi, ce qu'on lâche et non ce qu'on retient."

(à suivre)

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Published by Analogisub
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