Blog scientifique sur l'A.L.S.© (Analyse des Logiques Subjectives©), méthode originale d'analyse de discours partant des métaphores quotidiennes et de la psychanalyse. Applications dans de nombreux domaines des Sciences Humaines et Sociales : linguistique, littérature (Camus), poésie (Baudelaire), traduction, rhétorique, argumentation, psychologie sociale. Textes, articles, exercices, discussions,dictionnaires.Google+
Ce texte inaugure une série de quatre exercices, dont l'intérêt est qu'il faut les comparer après analyse pour éviter une erreur grossière communément répandue, qui surgit en général de l'analyse des deux premiers, erreur dont la correction renvoie à une autre analyse sur ce blog ...
Pour commencer, comment analyseriez-vous par l'A.L.S. ce court extrait du texte de Luce IRIGARAY : "Quand nos lèvres se parlent" Cahiers du GRIF n°12 1976 p.26 ?
(Ce même auteur, une dizaine d'année plus tôt, écrivait dans les Cahiers pour l'Analyse un article intitulé "Communication linguistique et spéculaire", qui est, comme on le verra sur ce billet, une des sources d'inspiration de l'A.L.S.)
Tout verbe pronominal n'est pas réfléchi : se battre (l'un l'autre, mutuel). Seuls sont dits réfléchis les verbes où "se"est complément d'objet direct = accusatif, ou complément d'objet indirect = datif ; se parler (à soi-même). Les voici (ainsi que les tournures équivalentes) dans le texte d'Irigaray :
La reformulation analysée dans ce billet peut s'observer non dans un dialogue, mais chez une seule et même personne, revêtant alors la forme rhétorique de l'autocorrection, voire de la rétractation. Exemple dans ce passage du texte :
« Comment le dire ? Que tout de suite nous sommes femme. Que nous n'avons pas à être produite telle par eux, nommée telle par eux, sacrée et profanée telle par eux. Que cela est toujours déjà arrivé, sans leur travail. Et que leur(s) histoire(s) constitue le lieu de notre déportation. Ce n'est pas que nous ayons un territoire propre, mais leurs patrie, famille, foyer, discours, nous emprisonnent dans des espaces clos où nous ne pouvons continuer à nous mouvoir. À nous vivre. Leurs propriétés, c'est notre exil. Leurs clôtures, la mort de notre amour. Leurs mots, le bâillon de nos lèvres. Comment parler pour sortir de leurs cloisonnements, quadrillages, distinctions, oppositions : vierge / déflorée, pure / impure, innocente / avertie ... Comment nous désenchaîner de ces termes, nous libérer de leurs catégories, nous dépouiller de leurs noms. Nous dégager, vivantes, de leurs conceptions ? Sans réserve, sans blanc immaculé qui soutienne le fonctionnement de leurs systèmes.
Dans cette envolée en langue « extravertie » apparaît un intrus : le mot déportation, mot de la série A ici fugacement dévalorisé, comme si l'auteur basculait brièvement dans le point de vue introverti. Elle se corrige aussitôt en démentant le présupposé inhérent au verbe déporter (« transporter une personne hors de son pays, de son milieu d'origine », CNRTL) : « Ce n'est pas que nous ayons un territoire propre », et, à la faveur d'un "mais" adressé à un virtuel contradicteur, elle réintègre prestement son dialecte extraverti, où l'on retrouve la dévalorisation des mots "B" tels que emprisonnent, clos, propriétés, clôtures, mort, bâillon, cloisonnements, quadrillages, distinctions, oppositions, termes, catégories, noms, réserve, blanc immaculé, systèmes, et la valorisation concomitante des mots "A" tels que mouvoir, vivre, sortir, désenchaîner, libérer, dépouiller, dégager, vivantes...
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