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  • : TOUT SUR L'A.L.S. (Analyse des Logiques Subjectives©)
  • TOUT SUR L'A.L.S. (Analyse des Logiques Subjectives©)
  • : Blog scientifique sur l'A.L.S. (Analyse des Logiques Subjectives©), méthode originale d'analyse de discours partant des métaphores quotidiennes et de la psychanalyse. Applications dans de nombreux domaines des Sciences Humaines et Sociales : linguistique, littérature (Camus), poésie (Baudelaire), traduction, rhétorique, argumentation, psychologie sociale. Textes, articles, exercices, discussions,dictionnaires.Google+
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2 novembre 2008 7 02 /11 /novembre /2008 14:06


      Comment, à l'aide de l'A.L.S., analyseriez-vous ces trois extraits de l'avant-lire et des préfaces du livre "Le libertinage", de Louis Aragon ? Pour gagner du temps, les séries sont déjà notées (italique : série A, gras : série B), mais pas les valeurs.

      Attention, conventions particulières ici :

      - les mots en italique gras ne sont pas comme à l'accoutumée des mots "mixtes" (mélange de traits A et traits B), mais des mots exprimant un certain processus, que les lecteurs de
l'article résumé dans Wikipedia
devraient pouvoir identifier rapidement . . .

      - les groupes de mots soulignés sont des indices pour la découverte du processus en question.

 

 

Avant-lire

 

 

(1964)


       Je ne raconterai pas ma vie. Ce qui est ici mon objet, ce sont mes livres, l'écriture.

      [ ... ] À ceux qui en concluraient que je renie mes premiers écrits, je dirai que l'homme n'est pas la négation de l'enfant, mais son développement, et malheur à qui veut barrer ce qu'il fut ! L'insensé ne comprend-il pas que rien de ce qu'il est ne serait sans ce qu'il a été ? La pensée, c'est la conscience : et la conscience n'existe pas en dehors de ses cheminements. Si l'enfance chez moi fut prolongée, en vais-je contester le charme ? Je me méfie de ceux qui sont venus au monde en sachant d'emblée ce qui est le beau et le bien, qui n'ont jamais versé dans l'ornière, qui ont la lèvre superbe des vérités révélées. Ainsi se montrent les robots. [ ... ]

      Clément Grindor, que prend le vertige de commettre l'acte vraiment indéfendable, accusant cet autre lui-même, B. (Bonnot, bien sûr), de devenir exemplaire par la voie  paradoxale du crime. Dans mon esprit [ ... ] B. et Grindor sont un seul personnage [ ... ]. Ce dédoublement du héros, donnant naissance à l'anti-héros, cette incarnation de la contradiction intérieure de l'homme, aboutissait à former un personnage lyrique, comme d'un feuilleton supérieur : c'était Fantômas dépassé, l'au-delà de la morale, des morales, l'anarchie poussée à la négation de soi-même (perdre ce que nous chérissons). J'avais décidé d'atteindre une fois le monstrueux. L'extraordinaire est que par la suite une phrase de ce personnage inventé assez horrible [ ... ] pour être enfin sûr que je l'avais créé et non point emprunté à moi-même [ ... ], l'extraordinaire est qu'une phrase de Clément Grindor : "Un beau jour, je compris que je nourrissais en moi ce démon, le besoin de trahir", devait pendant des années m'être jetée à la tête, comme si on l'avait tirée d'un manifeste,  comme si cela avait-été un aveu de l'auteur [ ... ].

 

 

Préface
à l'édition de 1924

 

      Le plus complet abandon règne dans l'amour. [ ... ] La charmante activité qu'on y rencontre n'est en réalité que l'activité la plus superficielle. Ce qui permet l'emportement de l'amour, c'est avant tout une sécurité, une communication de plain-pied, et l'absence des inquiétudes qu'on lui décrit. La forme la plus courante de ce laisser-aller est cette logorrhée qui effraie tant les délicats.[ ... ] C'est une ivresse très singulière, une sorte de disqualification de l'esprit qui s'y abandonne, une prostitution de l'attention. Les mots de la femme bavarde font une nuit dans ma cervelle. [ ... ] Perdre pied tous les deux en même temps, voilà l'essentiel. [ ... ]

      Ainsi s'expliquent pour moi et ma vie mon insolence : vous n'y pouvez rien, vous autres, contre l'ombre où s'étend mon royaume.

      Quand je relis la phrase précédente, il me vient une douce envie de rire, une douce envie de rigoler. C'est que je pense à une invention récente de quelques imbéciles de la pire espèce, l'espèce qui écrit. Ils condamnent tout ce qui a quelque grandeur, ils font l'apologie de tout ce qui est plat et inoffensif. Dans cette querelle où l'on voudrait voir les modernes s'opposer aux anciens, il n'y a que le bourdonnement des mouches sur les cadavres qui résonne. [ ... ]

      Ainsi nous défendons la cause du diable. [ ... ] Acceptons une fois pour toute l'épithète "messianique". Soit. À l'idée traditionnelle de la beauté et du bien, nous opposerons la nôtre, si infernale qu'elle paraisse. [ ... ] L'accent d'horreur que certaines gens mettent à prononcer certains adjectifs est une des choses les plus drôles du monde : cela vaut le voyage. [ ... ]

       Voilà comment nous avions imaginé [ ... ] qu'au mouvement Dada venait de succéder un état d'esprit absolument nouveau que nous nous plaisions à nommer le mouvement flou.
       Je fais ici l'apologie du flou, et non celle du compromis.  [ ... ]  C'est par ce détour, qui rappelle les mensonges pieux, que les timides acclimatent dans leurs petites serres toutes les révoltes et tous les crimes du grand air. On met une feuille de vigne à Ravachol : et tout de suite l'anarchiste le moins réductible prend tournure de premier communiant. [ ... ] Ce n'est pas d'aujourd'hui que je me sais un tenant du désordre.  [ ... ] Je recopie aujourd'hui, sain de corps et d'esprit, ce petit placard qui parut dans Littérature au mois de Mars 1921.

 

 

 

 

Le scandale pour le scandale


       Je n'ai jamais cherché autre chose que le scandale et je l'ai cherché pour lui-mëme.
Belle occasion aux yeux tendres, [ ... ] belle occasion parée des charmes du plaisir ; je t'ai toujours reconnue au bas de ces réverbères intellectuels qui brillent dans le siècle nocturne au début duquel nous promenons nos corps ardents, avec des lèvres de défi et un peu de dynamite dans le gousset.

       Je voudrais que tout ce qui me passe par la tête y durât si peu, que moi-même je ne retrouve jamais la mémoire de ma pensée. Que la démarche de mon esprit soit un pas, et non une trace.

      [ ... ] Il n'y a pas une idée qui soit à maturité au moment qu'on la fixe. Par le signe magique de l'encre, je limite ma pensée dans ses conséquences. Il n'y a plus grand'chance qu'elle se dépasse, qu'elle s'oublie. Il devrait être interdit de planter ainsi des bornes kilométriques sur les routes : les arpenteurs ont une maigre notion de l'infini.Circonscrire l'infini, voici l'absurde propos de l'homme, et pourquoi il ne s'en tient plus aux gestes purs de la séduction. [ ... ] Quelqu'un va-t-il prendre enfin la défense de l'infini ?

      [ ... ] L'important est de penser une minute qu'on n'écrira plus. Il ne s'agit pas de serment sur une tombe ou sur un principe, personne n'est jamais lié par une parole donnée, et du coup perdue. L'avenir aujourd'hui m'est plus obscur que jamais. Je ne songe point à l'accorder à mon passé, je ne songe qu'à cette minute qui me brûle. Je sais à tout instant ce qui meurt, et je ne crois pas que quelque chose un jour renaisse.

 

 

 

 

 

Préface
à l'édition de 1964

 

      [ ... ] J'étais presque assuré d'avoir réinventé le roman. Je me mis à en écrire un, décidé à la plus folle démesure. C'était tout d'abord un secret, que des poèmes masquèrent, et ce brusque exercice où j'entrai un beau jour, comme à la recherche d'un nouveau langage [ ... ]. Mais l'ensemble de l'ouvrage, assez avancé, devait pour de toutes autres considérations être détruit de mes mains à Madrid à la fin de 1927. J'avais trente ans. Le drame était pour moi de se contenter à la fois de ce que j'écrivais et de ce que je devenais. Au début de cette année-là, j'avais à la fois fait le geste le plus important de ma vie, alors que je me jetais dans une passion tout autre ... oh, ce désordre de la destinée ! Et l'année suivante je n'ai pas déchiré qu'un manuscrit. Mais ceci est un tout autre roman.

       C'est celui où la vie commence. Où ce ne seront plus les interdits des enfants du siècle qui jouent au Comanches, la langue de Sioux des jeunes gens ensemble contre leurs aînés dressés qui vont faire la loi, ni les disciplines inventées de la pureté, une ascèse en plein vent qui répond à la Foire sur la Place, aux jeux du Cirque, selon le décor explicatif qu'on se plante pour expliquer les choses . . . Mais je n'y suis pas encore, phalène qui à toutes les lumières se heurte, et vaguement je sais déjà que j'arrive à ce rivage extrême, vaguement je crois encore pouvoir jouer ces rôles qu'on m'offre, et je suis las de plaire, à tous les pas croyant aimer. Il y a les romans qui ne s'écrivent pas, et se déchirent. Oh, qu'ils durent être affreux ces temps où l'homme sentait déjà prochaine la naissance du Messie, et doutait vivre jusque là ! J'ai bien failli ne pas t'attendre.

       Enfin vinrent les temps de toi [ Elsa ].

 

 

 

 

Avril 1964


Complément précieux pour l'analyse, ce poème d'Aragon chanté par Ferrat :

                Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
                Que serais-je sans toi qu'un cœur au bois dormant
                Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
                Que serais-je sans toi que ce balbutiement

                J'ai tout appris de toi sur les choses humaines
                Et j'ai vu désormais le monde à ta façon

                [ ... ]

                Tu m'as pris par la main dans cet enfer moderne
                Où l'homme ne sait plus ce que c'est qu'être deux


Bonne recherche ...

 

 

 

* * * * *


Voici le début du corrigé :

       L'Avant-lire de 1964 évoque d'emblée un "parcours personnel" que l'A.L.S. décrit sous le nom de parler E → I ou "parler constructeur", dont les mots sont mis en italique gras, les groupes de mots soulignés étant des indices de ce parcours :

 

 


 
      "l'homme n'est pas la négation de l'enfant, mais son développement"
      "rien de ce qu'il est ne serait sans ce qu'il a été"
      "La pensée, c'est la conscience : et la conscience n'existe pas en dehors de ses cheminements"

 

      Aragon revendique les deux étapes de ce parcours, Extraverti puis Introverti, en valorisant le charme de l'enfance  prolongée, et en critiquant longuement, du point de vue E, le parler I → I ("ceux qui sont venus au monde en sachant d'emblée ce qui est le beau et le bien, qui n'ont jamais versé dans l'ornière, qui ont la lèvre superbe des vérités révélées. Ainsi se montrent les robots").

 

  (Rappel : pour l'A.L.S., « La langue E → I" est celle qui dans la jeunesse valorise le point de vue "extraverti", puis à l'âge mûr le point de vue "introverti »).  


      Le personnage de  Clément Grindor, malgré la sorte de dénégation d'Aragon : "ce personnage inventé assez horrible [ ... ] pour être enfin sûr que je l'avais créé et non point emprunté à moi-même, [ ... ] phrase jetée à la tête, comme si on l'avait tirée d'un manifeste,  comme si cela avait-été un aveu de l'auteur", dénégation qu'invalide le contexte donné plus bas par la préface de 1924, correspond à notre description du parler Extraverti  :

 

     "vertige, commettre l'acte vraiment indéfendable, voie paradoxale du crime, anti-héros, contradiction intérieure de l'homme, personnage lyrique, Fantômas dépassé, au-delà de la morale, anarchie poussée à la négation de soi-même (perdre ce que nous chérissons), atteindre le monstrueux, personnage horrible"

 

      La préface à l'édition de 1924 confirme qu'Aragon se situait alors dans le parler Extraverti :
 
      "abandon, charmante activité, activité la plus superficielle, emportement, communication de plain-pied, laisser-aller, logorrhée qui effraie tant les délicats, ivresse, disqualification de l'esprit qui s'y abandonne, prostitution de l'attention, femme bavarde, perdre pied voilà l'essentiel, mon insolence, vous n'y pouvez rien, douce envie de rire, de rigoler" (exceptions = "mots-intrus" : sécurité, absence d'inquiétudes, nuit dans ma cervelle, ombre).

 
       avec la critique du parler Introverti :

 

      "imbéciles de la pire espèce, l'espèce qui écrit, condamnent la grandeur, apologie du plat et de l'inoffensif, bourdonnement des mouches sur les cadavres".

 

       Dans les pages qui suivent, Aragon persiste et signe dans l'usage du parler Extraverti :  

 

      "défendre la cause du diable, à l'idée traditionnelle de la beauté et du bien opposer la nôtre infernale, imaginer un état d'esprit nouveau, le mouvement flou, apologie du flou et non du compromis, je me sais un tenant du désordre, scandale pour le scandale, yeux tendres, charmes du plaisir, réverbères qui brillent, corps ardents, lèvres de défi, dynamite dans le gousset,.que tout ce qui me passe par la tête y dure peu, ne pas retrouver la mémoire de ma pensée, un pas et non une trace, idée pas à maturité, pensée qui se dépasse, qui s'oublie, gestes purs de la séduction, prendre la défense de l'infini",


      avec la critique du parler Introverti

 

       "mensonges pieux, les timides acclimatent dans leurs petites serres les révoltes et les crimes du grand air, feuille de vigne à Ravachol , l'anarchiste le moins réductible prend tournure de premier communiant", planter des bornes kilométriques, maigre notion de l'infini, circonscrire l'infini".

 

      Et enfin :

 

      "penser qu'on n'écrira plus, pas de serment sur une tombe ou un principe, personne n'est lié par une parole",

 

       avec ce pronostic que les faits démentiront - car du sein du parler Extraverti, Aragon ne peut prévoir son passage au parler Introverti, donc à la renaissance (et pour cause : c'est dans l'inconscient que ce changement est programmé) :  

 

       L'avenir aujourd'hui m'est plus obscur que jamais. Je ne songe point à l'accorder à mon passé, je ne songe qu'à cette minute qui me brûle. Je sais à tout instant ce qui meurt, et je ne crois pas que quelque chose un jour renaisse.

 

       La préface à l'édition de 1964 raconte comment s'est fait le changement Extraverti → Introverti (parler E → I  ou "parler constructeur") :
 

      "ce brusque exercice où j'entrai un beau jour, comme à la recherche d'un nouveau langage". "Le drame était pour moi de se contenter à la fois de ce que j'écrivais et de ce que je devenais". "oh, ce désordre de la destinée !". "Mais ceci est un tout autre roman".

 

       Curieusement, et contrairement à d'autres récits de ce genre de parcours, Aragon (mais il n'est pas le seul) réussit l'exploit de critiquer en langue Extravertie le parler Extraverti qu'il a quitté, lequel se trouve donc paradoxalement affublé de traits Introvertis dévalorisés ! (Ce fait reste à expliquer) :


      "la vie commence". "ce ne seront plus les interdits des enfants du siècle qui vont faire la loi, ni les disciplines inventées de la pureté, une ascèse en plein vent".

 

      Le passage du trait "multiple" au trait "unique" (voir tableau des atomesest difficile et pénible, et le païen polythéïste se convertit littéralement (vocabulaire religieux) au monothéisme, quitte la séduction pour l'amour rédempteur :)

 

      "Mais je n'y suis pas encore, phalène qui à toutes les lumières se heurte"

      "vaguement je sais déjà que j'arrive à ce rivage extrême"

      "je suis las de plaire, à tous les pas croyant aimer"

      "Oh, qu'ils durent être affreux ces temps où l'homme sentait déjà prochaine la naissance du Messie, et doutait vivre jusque là ! J'ai bien failli ne pas t'attendre"

       "Enfin vinrent les temps de toi [ Elsa ].

 

      Voici comment l'A.L.S. interprète cette rencontre salvatrice (destin comparable chez Paul Éluard et chez Salvador Dali) :


       "Le parler E → I (« du progrès »), parler de la rédemption, du rachat, de la réparation, avec sa biographie en deux étapes (jeunesse "folle" et âge mûr "rangé"), semble résulter d'un jugement en deux temps du parent, qui rejette au début un enfant non conforme à son attente, puis « se fait une raison », s'en accommode, et remédie au « défaut » naturel par l'éducation, la « formation », la « construction de la personnalité de l'enfant »".

      Ce parler se décline en différentes variantes, parmi lesquelles figure "l'itinéraire « rencontre du grand amour », très voisin de l'itinéraire « accession à la dignité de parent » : rencontrer le partenaire idéal (« le Messie »), former un couple idéal destiné à durer toujours, rend le sujet idéal en retour (rédemption par l'amour).

      Le paradis ("être deux") qui fait suite à "l'enfer moderne" du poème d'Aragon est la reconstitution de la dyade mère idéale-enfant idéal après le rejet initial qui avait voué l'enfant à l'errance et à la déréliction :


                              "Tu m'as pris par la main dans cet enfer moderne
                              Où l'homme ne sait plus ce que c'est qu'être deux"

 

      Les choses peuvent désormais ("la vie commence") reprendre leur cours normal, l'enfant abandonné ("Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre") peut quitter le stade du "balbutiement" pour entrer dans l'identification "formatrice" ("voir le monde à ta façon") au parent aimant :

 

                              "J'ai tout appris de toi sur les choses humaines
                             Et j'ai vu désormais le monde à ta façon"


 
* * * * *

 

      Voici à présent, en complément, un extrait de Wikipedia sur une phase du parcours politique d'Aragon, où les mots que l'A.L.S. repère dans ses citations confirment, dans ce domaine aussi, les thèmes de rédemption, rachat, réparation caractéristiques du parler E → I (« du progrès ») :


http://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Aragon

« En 1935, lors du Congrès mondial des écrivains pour la défense de la culture, il n'est pas de ceux qui mettent en doute le socialisme du régime soviétique, malgré les informations sur la terreur qui s'installe, sous paravent révolutionnaire, en URSS. [...] en 1935, il vante les mérites du système concentrationnaire soviétique, le Goulag :

"Je veux parler de la science prodigieuse de la rééducation de l'homme, qui fait du criminel un homme utile, de l'individu déformé par la société d'hier, par les forces des ténèbres, un homme du monde de demain, un homme selon l'Histoire. L'extraordinaire expérience du canal de la mer Blanche à la Baltique, où des milliers d'hommes et de femmes, les bas-fonds d'une société, ont compris, devant la tâche à accomplir, par l'effet de persuasion d'un petit nombre de tchékistes qui les dirigeaient, leur parlaient, les convainquaient que le temps est venu où un voleur, par exemple, doit se requalifier, dans une autre profession – Cette extraordinaire expérience joue par rapport à la nouvelle science le rôle l'histoire de la pomme qui tombe devant Newton par rapport à la physique. Nous sommes à un moment de l'histoire de l'humanité qui ressemble en quelque chose à la période du passage du singe à l'homme. Nous sommes au moment où une classe nouvelle, le prolétariat, vient d'entreprendre cette tâche historique d'une grandeur sans précédent : la rééducation de l'homme par l'homme." (Pour un réalisme socialiste. Ed Denoël et Steele, Paris 1935).

C'est cet optimisme indestructible et naïf qui s'effondrera après le XXe Congrès du Parti Communiste d'URSS [...].

[...]

 

 

 

À la Libération, fort de l'influence qu'il a gagnée dans la Résistance, Louis Aragon acquiert le statut de l'intellectuel communiste, défenseur d'une ligne politique. [...] Il se fait le chantre de Staline :

 

Merci à Staline pour ces hommes qui se sont forgés à son exemple, selon sa pensée, la théorie et la pratique stalinienne ! Merci à Staline qui a rendu possible la formation de ces hommes, garants de l'indépendance française, de la volonté de paix de notre peuple, de l'avenir d'une classe ouvrière, la première dans le monde montée à l'assaut du ciel et que l'on ne détournera pas de sa destinée en lui faisant voir trente-six étoiles étrangères, quand elle a de tels hommes à sa tête ! (Les lettres françaises, mars 1953) »

 

      Staline, "petit père des peuples", jouerait alors ici, selon l'A.L.S., dans l'optimisme naïf d'Aragon, le rôle du "parent, qui [ dans un second temps ... ] remédie au « défaut » naturel par l'éducation, la « formation », la « construction de la personnalité de l'enfant »".

 

 

[ À suivre ... ]

 

D'autres analyses d'extraits de poésie et littérature :

Application de l'A.L.S. au corpus des Fleurs du Mal de Ch. Baudelaire

Mallarmé mal aimé ?

 

La personnalité de Cyrano vue par l'A.L.S.

 

Un passage de "Cyrano de Bergerac", d'Edmond Rostand

 

 

La tirade des "Non merci !" de Cyrano de Bergerac

Une citation d'Antonin Artaud

Un texte d'Hélène Cixous

Un texte de Luce Irigaray

Un "Manifeste" de Witold Gombrowicz

Un texte d'Henry de Montherlant

Baudelaire : Notes nouvelles sur Edgar Poe

Quelle est la "personnalité" de Du Bellay ?

De Du Bellay à Piaf : regretter ou non ?

Une courte critique littéraire à analyser

Une chanson de Georges Brassens, "Le pornographe"

Passage extrait du livre de H. Miller "Le monde du sexe"

Application de l'A.L.S. à la traduction

 

 

 


Merci de bien vouloir laisser un commentaire ci-dessous


 


Français
L'A.L.S. (Analyse des Logiques Subjectives) est une méthode d’analyse des mots (lexèmes) d’un texte parlé ou écrit, inspirée par la psychanalyse, qui permet, sans recourir au non-verbal (intonations, gestes, mimiques), d’avoir une idée de la personnalité de l’auteur et de ceux qu’il peut espérer persuader ou séduire.

English
A.L.S (
Analysis of Subjective Logics) is an analytical method concerned with the words (lexical items) of a spoken or written text. Drawing on psychoanalysis, it allows one, without resorting to the non-verbal (intonations, gestures, mimics, etc.), to get an idea of the personality of the author as well as of those one expects to persuade or to entice.

Deutsch
Die A.L.S (Analyse der Subjektiven Logiken) ist eine Untersuchungsmethode der Wörter (lexikalische Einheiten) eines gesprochenen oder geschriebenen Textes, mit einer Inspiration der Psychoanalyse, der erlaubt, ohne sich an das Nichtverbale (Intonationen, Bewegungen, Mimiken, u.s.w.) zu wenden, eine Idee der Personalität des Autors und derjenigen zu bekommen, die er zu überreden oder zu bezaubern hofft.

Português
A A.L.S. (
Análise das Lógicas Subjetivas) é um método de análise das palavras (unidades lexicais) de um texto falado ou escrito, inspirado pela psicanálise, que permite, sem recorrer ao não-verbal (intonações, gestos, mímicas, etc.), ter uma idéia da personalidade do autor e daqueles que ele pode esperar persuadir ou seduzir.

Español
El A.L.S. (Análisis de las Lógicas Subjectivas) es un método de análisis de las palabras (lexemas) de un texto hablado o escrito, inspirado por la psicoanálisis, que permite, sin recurrir al no verbal (intonaciones, gestos, mímicas), tener una idea de la personalidad del autor y de aquellos a los que puede esperar persuadir o seducir.

Italiano
L'A.L.S. (Analisi delle Logiche Soggettive, è un metodo di analisi delle parole ("lexèmes") di un testo parlato o scritto, ispirata per la psicanalisi, che permette, senza ricorrere al no-verbale (intonazioni, gesti, mimici), di avere un'idea della personalità dell'autore e di quelli che può sperare di persuadere o sedurre.

 

 

 


 

 

 
Résumé : Blog de diffusion de textes et de discussions autour de l'Analyse des Logiques Subjectives, méthode linguistique originale d'analyse de discours partant des métaphores courantes et de la psychanalyse.

Abstract : Blog about "Analysis of Subjective Logics ", an original linguistic approach in discourse analysis.


Mots-clé : analyscience, linguistique, analyse de discours, métaphore, psychanalyse, Lacan, psychologie, psychologie sociale, psychose, paranoïa, schizophrénie, rhétorique, argumentation, épistémologie, poésie, littérature, Baudelaire, traduction, malentendu, expressions figées, Jean-Claude Milner, L’Œuvre claire, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Luce Irigaray, Hélène Cixous, Deleuze, Guattari, hystérie, obsession, phobie, angoisse, inconscient, rêve, rébus, subjiciel

Keywords : analyscience, linguistics, "discourse analysis", metaphor, psychoanalysis, Lacan, psychology, social psychology, psychosis, paranoia, schizophrenia, rhetorics, argumentation, epistemology, poetry, litterature, Baudelaire, translation, misunderstanding, frozen expressions, Jean-Claude Milner, L’Œuvre claire, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Luce Irigaray, Hélène Cixous, Deleuze, Guattari, hysteria, fixed idea, phobia, anxiety, the unconscious, dream, rebus, subjiciel

Schlüsselwörter : analyscience, Linguistik, Redeanalyse, Metapher, Psychoanalyse, Lacan, Psychologie, soziale Psychologie, Psychose, Paranoia, Schizophrenie, Rhetorik, Argumentation, Epistemologie, Poesie, Literatur, Baudelaire, Übersetzung, Mißverständnis, starre Ausdrücke, Jean- Claude Milner, L’Œuvre claire, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Luce Irigaray, Hélène Cixous, Deleuze, Guattari, Hysterie, Zwangsvorstellung, Phobie, Angst, Unbewusstes, Traum, Rebus, Subjiciel

Palavras-chaves : analyscience, linguística, análise de discursos, metáfora, psicanálise, Lacan, psicologia, psicologia social, psicose, paranóia, esquizofrenia, retórica, argumentação, epistemologia, poesia, literatura, Baudelaire, tradução, equívoco, expressões bloqueadas, Jean- Claude Milner, L’Œuvre claire, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Luce Irigaray, Hélène Cixous, Deleuze, Guattari, histeria, idéia fixada, fobia, inquietude, inconsciente, sonho, rébus, subjiciel

Palabras-clave : analyscience, lingüistica, análisis de discurso, metáfora, psicoanálisis, Lacan, psicología, psicología social, psicosis, paranoïa, esquizofrenia, retórica, argumentación, epistemología, poesía, literatura, Baudelaire, traducción, malentendido, expresiones cuajadas, Jean-Claude Milner, L’Œuvre claire, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Luce Irigaray, Hélène Cixous, Deleuze, Guattari, histerismo, obsesión, fobia, angustia, inconsciente, sueño, jeroglífico, subjiciel

Parola-chiave : analyscience, linguistica, analisi di discorso, metafora, psicanalisi, Lacan, psicologia, psicologia sociale, psicosi, paranoia, schizofrenia, retorica, argomentazione, epistemologia, poesia, letteratura, Baudelaire, traduzione, malinteso, espressioni idiomatiche, Jean-Claude Milner, L’Œuvre claire, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Luce Irigaray, Hélène Cixous, Deleuze, Guattari, isterismo, ossessione, fobia, angoscia, inconscio, sogno, rebus, subjiciel

 

                     

 

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