La communauté "AUTOUR D'ALBERT CAMUS" me fait l'honneur d'accepter mon blog en son sein. Je redirige vers cette communauté ce billet sur Camus écrit il y a
quelque temps :
Le personnage de Joseph Grand décrit par Camus dans
La peste évoque-t-il un des profils proposés par l'
A.L.S.? Lequel ? Essayez de le caractériser par une analyse des mots du texte en
séries,
valeurs,
points de vue. Il
y a quelques petits pièges ...
Voici le début du corrigé : le texte est marqué (
italique = série A,
gras = série B,
souligné = ici
non pas mot valorisé par le locuteur, mais mot considéré par Camus comme s'appliquant au personnage) :
« ... le docteur s'aperçut qu'il pensait à Grand: [...] "C'est le genre d'homme qui est épargné dans ces cas-là". Il se souvenait d'avoir lu que la peste épargnait les constitutions faibles et détruisait surtout les complexions vigoureuses. Et continuant d'y penser, le docteur trouvait à l'employé un air de petit mystère.
A première vue, en
effet, Joseph Grand n'était rien de plus que le petit employé de mairie dont il avait l'allure. Long et maigre, il flottait au
milieu de ses vêtements qu'il choisissait toujours trop grands, dans l'illusion qu'ils lui
feraient plus d'usage. S'il gardait encore la plupart de ses dents sur les gencives inférieures, il avait perdu en revanche celles de la mâchoire supérieure. Son sourire, qui relevait
surtout la lèvre du haut, lui donnait ainsi une bouche d'ombre. Si l'on ajoute à ce portrait une démarche de séminariste, l'art de raser les murs et de se glisser dans les portes, un parfum de cave et de fumée, toutes les mines de l'insignifiance, on reconnaîtra que l'on ne pouvait pas l'imaginer
ailleurs que devant un bureau, appliqué à réviser les tarifs des bains-douches de la ville ou à réunir pour un jeune rédacteur les éléments d'un rapport concernant la nouvelle taxe sur l'enlèvement des ordures ménagères. Même pour un esprit non prévenu, il semblait avoir été mis
au monde pour exercer les fonctions discrètes mais indispensables d'auxiliaire municipal temporaire à soixante-deux francs trente par
jour.
[ ... ]
Le salaire de Grand, malgré quelques augmentations générales, était encore
dérisoire.
[ ... ]
C'est ici que se place l'originalité de Grand, ou du moins l'un de ses signes. Il eût pu en effet
faire valoir, sinon des droits dont il n'était pas sûr, du moins les
assurances qu'on lui avait données. Mais, d'abord, le chef de bureau qui l'avait engagé était mort depuis longtemps et l'employé, au
demeurant, ne souvenait pas des termes exacts de la promesse qui lui avait
été faite. Enfin, et surtout, Josef Grand ne trouvait pas ses mots.
C'est cette
particularité qui peignait le mieux notre concitoyen, comme Rieux put le remarquer. C'est elle en effet qui l'empêchait toujours d'écrire
la lettre de réclamation qu'il méditait, ou de faire la démarche que les circonstances exigeaient. A l'en croire, il se sentait particulièrement empêché d'employer le mot "droit" sur lequel il n'était pas ferme, ni celui de "promesse" qui aurait impliqué qu'il réclamait son dû et aurait par conséquent revêtu un caractère de hardiesse, peu compatible avec la modestie des fonctions qu'il occupait. D'un autre côté, il se refusait à utiliser les termes de "bienveillance", "solliciter", "gratitude", dont il estimait qu'ils ne se conciliaient pas avec sa dignité personnelle. C'est
ainsi que, faute de trouver le mot juste, notre concitoyen continua d'exercer ses obscures fonctions jusqu'à un âge assez avancé.
Au reste, et toujours selon ce qu'il disait au docteur Rieux, il s'aperçut à l'usage que sa vie matérielle était assurée, de toute façon, puisqu'il lui suffisait, après tout, d'adapter ses besoins à ses
ressources. Il reconnut ainsi la justesse d'un des mots favori du maire, gros industriel de notre ville, lequel affirmait
avec force, que finallement ... on n'avait jamais vu personne mourir de faim. Dans tous les cas, la vie quasi ascétique que menait Joseph
Grand l'avait finalement, en effet, délivré de tout souci de cet ordre. Il continuait de chercher ses mots.
Dans un certain sens, on peut bien dire que sa vie était exemplaire. Il était de ces hommes, rares dans notre ville comme ailleurs, qui ont toujours le
courage de leurs bons sentiments. Le peu qu'il confiait de lui témoignait en effet de
bontés et attachements qu'on n'ose pas avouer de nos jours. Il ne rougissait pas de
convenir qu'il aimait ses neveux et sa sœur, seul parent qu'il eût gardé et qu'il allait, tous les deux ans, visiter en France. Il
reconnaissait que le souvenir de ses parents, morts alors qu'il était encore jeune, lui donnait
du chagrin. Il ne refusait pas d'admettre qu'il aimait par-dessus tout une certaine
cloche de son quartier qui résonnait doucement vers cinq heures du soir. Mais pour évoquer des émotions si simples cependant, le
moindre mot lui coûtait mille peines. Finalement, cette difficulté avait fait son plus grand souci.
"Ah docteur, disait-il, je voudrais bien apprendre à m'exprimer." Il en parlait à Rieux chaque fois qu'il le rencontrait. »
Réponse : Camus a réussi dans ce passage, à travers le personnage fictif de Joseph Grand, à donner une description presque exemplaire du locuteur
Introverti. Nous en fournirons très bientôt l'analyse mot-à-mot.
Exercice différent, toujours sur
La peste de Camus. Voici quelques passages où il s'agit cette fois de diagnostiquer le
point de vue (au sens de l'A.L.S) non plus d'un personnage, mais du narrateur Camus lui-même en analysant la sémantique de ses métaphores.
Voici le début du corrigé : le texte est marqué (
italique = série A,
gras = série B,
souligné = mot valorisé par le locuteur, Camus ; par conséquent les mots non soulignés sont pour Camus péjoratifs) :
« Le juge roulait un peu ses yeux ronds et essayait d'aplatir une de ses touffes. Rieux le regardait. Il n'était pas possible que dans
ces yeux durs et plats une douceur s'installât soudain. Mais ils étaient devenus plus brumeux, ils avaient perdu leur pureté de métal. »
« En réalité, dans le voile opaque qui, depuis des mois, entourait la ville, une
déchirure venait de se faire et, tous les lundis, chacun pouvait constater par les nouvelles de la radio, que la déchirure s'agrandissait et qu'enfin il allait être permis de respirer. »
« Chez les autres au contraire ... après ce long temps de claustration et
d'abattement, le vent d'espoir qui se levait avait allumé une fièvre
et une impatience qui leur enlevaient toute maîtrise d'eux-mêmes. »
« Pour le moment, la ville entière s'ébranlait, quittait ses lieux clos, sombres et immobiles, où elle
avait jeté ses racines de pierre et se mettait enfin en
marche avec son chargement de survivants. »
Réponse : Albert Camus parle, dans ces quatre passages, du
"point de vue"
Extraverti, ce qui bien sûr ne préjuge pas (il faudrait travailler sur les interviews et professions de foi de Camus) du fait qu'il soit ou non lui-même un locuteur du parler
Extraverti ... Nous donnerons très bientôt l'analyse mot-à-mot de ces extraits.
[ à suivre ]
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Merci de bien vouloir laisser un commentaire ci-dessous
Français
L'A.L.S. (Analyse des Logiques Subjectives) est une méthode d’analyse des mots (lexèmes) d’un texte parlé ou
écrit, inspirée par la psychanalyse, qui permet, sans recourir au non-verbal (intonations, gestes, mimiques), d’avoir une idée de la personnalité de l’auteur et de ceux qu’il peut espérer persuader
ou séduire.
English
A.L.S (Analysis of Subjective Logics) is an
analytical method concerned with the words (lexical items) of a spoken or written text. Drawing on psychoanalysis, it allows one, without resorting to the non-verbal (intonations, gestures, mimics,
etc.), to get an idea of the personality of the author as well as of those one expects to persuade or to entice.
Deutsch
Die A.L.S (Analyse der Subjektiven Logiken) ist eine Untersuchungsmethode der Wörter (lexikalische Einheiten) eines gesprochenen oder geschriebenen Textes, mit einer Inspiration der Psychoanalyse,
der erlaubt, ohne sich an das Nichtverbale (Intonationen, Bewegungen, Mimiken, u.s.w.) zu wenden, eine Idee der Personalität des Autors und derjenigen zu bekommen, die er zu überreden oder zu
bezaubern hofft.
Português
A A.L.S. (Análise das Lógicas Subjetivas) é um método de análise das palavras
(unidades lexicais) de um texto falado ou escrito, inspirado pela psicanálise, que permite, sem recorrer ao não-verbal (intonações, gestos, mímicas, etc.), ter uma idéia da personalidade do autor e
daqueles que ele pode esperar persuadir ou seduzir.
Español
El A.L.S. (Análisis de las Lógicas Subjectivas) es un método de análisis de las palabras (lexemas) de un texto hablado o escrito, inspirado por la psicoanálisis, que permite, sin recurrir al no
verbal (intonaciones, gestos, mímicas), tener una idea de la personalidad del autor y de aquellos a los que puede esperar persuadir o seducir.
Italiano
L'A.L.S. (Analisi delle Logiche Soggettive, è un metodo di analisi delle parole ("lexèmes") di un testo parlato o scritto, ispirata per la psicanalisi, che permette, senza ricorrere al no-verbale
(intonazioni, gesti, mimici), di avere un'idea della personalità dell'autore e di quelli che può sperare di persuadere o sedurre.
Résumé : Blog de diffusion de textes et de discussions autour de l'Analyse des Logiques
Subjectives, méthode linguistique originale d'analyse de discours partant des métaphores courantes et de la psychanalyse.
Abstract : Blog about "Analysis of Subjective Logics ", an original linguistic approach in discourse analysis.
Mots-clé : analyscience, linguistique, analyse de discours, métaphore, psychanalyse, Lacan, psychologie, psychologie sociale, psychose, paranoïa,
schizophrénie, rhétorique, argumentation, épistémologie, poésie, littérature, Baudelaire, traduction, malentendu, expressions figées, Jean-Claude Milner, L’Œuvre claire, Albert Camus, Marie
Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Luce Irigaray, Hélène Cixous, Deleuze, Guattari, hystérie, obsession, phobie, angoisse,
inconscient, rêve, rébus, subjiciel
Keywords : analyscience, linguistics, "discourse analysis", metaphor, psychoanalysis, Lacan, psychology, social psychology, psychosis, paranoia,
schizophrenia, rhetorics, argumentation, epistemology, poetry, litterature, Baudelaire, translation, misunderstanding, frozen expressions, Jean-Claude Milner, L’Œuvre claire, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de
Bergerac, Aragon, Nietzsche, Luce Irigaray, Hélène Cixous, Deleuze, Guattari, hysteria, fixed
idea, phobia, anxiety, the unconscious, dream, rebus, subjiciel
Schlüsselwörter : analyscience, Linguistik, Redeanalyse, Metapher, Psychoanalyse, Lacan, Psychologie, soziale Psychologie, Psychose, Paranoia,
Schizophrenie, Rhetorik, Argumentation, Epistemologie, Poesie, Literatur, Baudelaire, Übersetzung, Mißverständnis, starre Ausdrücke, Jean- Claude Milner, L’Œuvre claire, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de
Bergerac, Aragon, Nietzsche, Luce Irigaray, Hélène Cixous, Deleuze, Guattari, Hysterie,
Zwangsvorstellung, Phobie, Angst, Unbewusstes, Traum, Rebus, Subjiciel
Palavras-chaves : analyscience, linguística, análise de discursos, metáfora, psicanálise, Lacan, psicologia, psicologia social, psicose, paranóia,
esquizofrenia, retórica, argumentação, epistemologia, poesia, literatura, Baudelaire, tradução, equívoco, expressões bloqueadas, Jean- Claude Milner, L’Œuvre claire, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de
Bergerac, Aragon, Nietzsche, Luce Irigaray, Hélène Cixous, Deleuze, Guattari, histeria, idéia
fixada, fobia, inquietude, inconsciente, sonho, rébus, subjiciel
Palabras-clave : analyscience, lingüistica, análisis de discurso, metáfora, psicoanálisis, Lacan, psicología, psicología social, psicosis, paranoïa,
esquizofrenia, retórica, argumentación, epistemología, poesía, literatura, Baudelaire, traducción, malentendido, expresiones cuajadas, Jean-Claude Milner, L’Œuvre claire, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de
Bergerac, Aragon, Nietzsche, Luce Irigaray, Hélène Cixous, Deleuze, Guattari, histerismo,
obsesión, fobia, angustia, inconsciente, sueño, jeroglífico, subjiciel
Parola-chiave : analyscience, linguistica, analisi di discorso, metafora, psicanalisi, Lacan, psicologia, psicologia sociale, psicosi, paranoia,
schizofrenia, retorica, argomentazione, epistemologia, poesia, letteratura, Baudelaire, traduzione, malinteso, espressioni idiomatiche, Jean-Claude Milner, L’Œuvre claire, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de
Bergerac, Aragon, Nietzsche, Luce Irigaray, Hélène Cixous, Deleuze, Guattari, isterismo,
ossessione, fobia, angoscia, inconscio, sogno, rebus, subjiciel
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