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  • : TOUT SUR L'A.L.S.© (Analyse des Logiques Subjectives©)
  • TOUT SUR L'A.L.S.© (Analyse des Logiques Subjectives©)
  • : Blog scientifique sur l'A.L.S.© (Analyse des Logiques Subjectives©), méthode originale d'analyse de discours partant des métaphores quotidiennes et de la psychanalyse. Applications dans de nombreux domaines des Sciences Humaines et Sociales : linguistique, littérature (Camus), poésie (Baudelaire), traduction, rhétorique, argumentation, psychologie sociale. Textes, articles, exercices, discussions,dictionnaires.Google+
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Mots-clé : analyscience, linguistique, analyse de discours, sémantique, microsémantique, microsémantique du fantasme, logique de la déraison, lexicologie, subjilecte, métaphore, paradiastole, oxymore, isotopie subjective, axiologie, homonyme, homonymie, pseudosynonyme, pseudosynonymie, psychanalyse, Lacan, Réel Symbolique Imaginaire, psychologie, psychologie sociale, psychose, paranoïa, paranoïaque, schizophrénie, schizophréne, rhétorique, argumentation, épistémologie, logique, logique libre, poésie, littérature, surréalisme, Hocquenghem, Charles Baudelaire, traduction, malentendu, dialogue de sourds, expressions figées, Jean-Jacques Pinto, Jean-Claude Milner, L’Œuvre claire, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Georges Bataille, Michel Leiris, Parménide, hystérie, hystérique, obsession, obsessionnel, phobie, phobique, angoisse, inconscient, formations de l'inconscient, rêve, rébus, lapsus, oubli, acte manqué, mot d'esprit, interprétation, antiphilosophie, anti-philosophie, Cyrano, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, subjiciel, points de vue, la subjectivité comme artifice, subjectivité, subjectivité artificielle, machina subjectiva, argot, Luce Irigaray, Hélène Cixous, Gilles Deleuze, Félix Guattari, Jean-François Lyotard, homéopsychie, malaise dans la civilisation, propagande, propagande et psychanalyse, psychanalyse et propagande, neurosciences, neurosciences et psychanalyse, psychanalyse et neurosciences, approche logiciste, Jean-Claude Gardin, Jean Molino, cognisème, subjisème, prothèse psychique, identification cognitive, identification subjective, galiléisme, galiléisme étendu, science galiléenne, structuralisme, structure, langage, définition apophatique de la psychanalyse, définition récursive de la psychanalyse

 


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3 novembre 2011 4 03 /11 /novembre /2011 23:35
Les mardis scientifiques d'Aubagne
En collaboration avec l’association Science et Environnement
Direction des Affaires Culturelles
Université du Temps Libre
 04 42 18 08 06

PSYCHANALYSE ET NEUROSCIENCES
Par
Jean-Jacques PINTO
Psychanalyste, Conférencier, Formateur Aix et Marseille

Mardi 8 novembre 2011
à 18 h 30 Théâtre Comoedia AUBAGNE – Entrée libre

Tout en marquant la spécificité de chacune de ces deux approches quant à l’abord du psychisme humain, le conférencier tentera, entre autres à l’aide d’une analogie simple et d’une méthode originale d’analyse de discours, de montrer ceci :

À l’encontre des positions dogmatiques (assorties de rejet mutuel) émanant des camps retranchés d’inconditionnels partisans, il existe des passerelles et des possibilités de coopération fructueuse entre neurosciences et psychanalyse.

Une condition essentielle pour ce dialogue est que soit redéfini ce qui n’aurait jamais dû cesser de les inspirer : la démarche scientifique, considérée à la fois
- dans ses variantes adaptées aux sciences de la nature et aux sciences humaines,
- et dans son souci de démonstration et de réfutation en ce qui concerne aussi bien le cas particulier que la loi générale.
...............................................................................................................................................................
Un résumé en quelques pages de cette conférence est disponible sur ce site.


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14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 09:57
 
      Cette analogie est limitée et contestable, mais a le mérite d'éclairer plusieurs questions. En voici l'énoncé :
 
L'esprit est au corps ce que le programme ("software") est à l'ordinateur ("hardware").
(Le rapport de A à B est comparable au rapport de C à D)
 
      Attention, analogie n'est pas métaphore :

      « L'analogie s'élabore à partir de deux champs de connaissances bien distincts, représentés à un certain niveau d'abstraction et dont les "ressemblances" ne pouvaient être envisagées jusqu'à ce qu'ait été porté le jugement d'analogie. Ce jugement d'analogie est le résultat d'un raisonnement inductif qui aboutit à poser l'analogie entre les deux champs concernés » (Gineste, Analogie et cognition, PUF, 1997, p. 25).
[ Défintion issue de l'excellent site La métaphore en question ]

      La métaphore dirait, bien à tort :
 
A est un C, B est un D : L'esprit est un programme, le corps est un ordinateur.

      Formulation inadéquate au but "pédagogique" recherché ici.

      Déplions l'analogie :

      - de même que l'ordinateur à sa sortie d'usine est quasiment vide, et ne pourra donc assurer une diversité de fonctions que si on lui apporte différents programmes,

      - de même le corps à la naissance est pourvu de fonctions psychiques minimales, mais l'esprit avec sa diversité de fonctions ne lui viendra que des apports de l'entourage, avant que la trace de ces apports ne soit-elle même rendue inaccessible par certains apports d'un type particulier (voir La métaphore de l'oignon).

      À sa sortie d'usine l'ordinateur est muni de sa seule électronique, et de petits programmes résidents en mémoire morte lui permettant d'accepter - voire de solliciter(1) - l'apport de programmes extérieurs bien plus élaborés, à commencer par le système d'exploitation). Des ordinateurs identiques acquerront des compétences différentes (traitement de texte, dessin, calcul, musique, etc.) en fonction des programmes que leurs propriétaires choisiront d'y implanter.

          (1) Les premiers MacIntosh affichaient à l'allumage l'icône d'une disquette schématisée portant un point
            d'interrogation
clignotant, ce qu'on pouvait traduire par : "Quelle disquette pouvez-vous introduire qui contienne
            un
programme que je puisse faire tourner" (en l'occurrence avant tout le système d'exploitation lui-même)


      À sa naissance, le corps est muni de son seul équipement héréditaire, dont font partie - selon la théorie de l'attachement de Bowlby(2) - de petits programmes résidents dans le cerveau lui permettant de solliciter l'apport extérieur non seulement des réponses à ses besoins, mais aussi de modèles de comportement bien plus élaborés, qui constituent le processus d'humanisation, que les psychanalystes préfèrent nommer processus d'identification. Des enfants indemnes de toute pathologie héréditaire ou congénitale, éventuellement "identiques" (jumeaux vrais),  acquerront des compétences différentes (langage, connaissances concrètes et abstraites, régulation des affects, structure de personnalité ...) en fonction des formes et contenus que leurs "parents" (au sens large) implanteront chez eux, en majeure partie à leur insu(3).

         (2) « Pour s'attacher à un adulte, le bébé développe un ensemble de réactions et comportements afin de s'assurer de la
          présence, de la proximité et de la disponibilité de la figure maternelle. Cet attachement existe chez tous les primates. »

   (3) Nous proposons, en vertu de cette analogie, d'appeler cogniciels les programmes au service de l'identification cognitive, et subjiciels les programmes au service de l'identification subjective.

 

      - de même que la conception, la fabrication, l'entretien et la réparation de l'ordinateur relèvent du métier d'électronicien, et n'ont rien à voir avec la conception, la rédaction, la maintenance et la correction des programmes, qui relèvent du métier d'informaticien,

      - de même l'entretien et les thérapeutiques du corps relèvent de la médecine, mais l'esprit dans son fonctionnement normal ou perturbé relèvent de métiers (psychologue et psychanalyste) qui ne doivent rien à la médecine, sauf par métaphores relevant de fantasmes faciles à mettre en évidence.  Voir,  en attendant un billet publié sur ce site, le passage de ma thèse intitulé "les leurres de l'imaginaire" sur mon autre site, Inconscient et langage.

 

      Rien n'empêche un électronicien d'être également informaticien, mais rien n'oblige un informaticien à connaître l'électronique. La logique des programmes, surtout lorsqu'on programme des instructions d'un langage abstrait destiné à être ensuite traduites pour chaque type de processeur différent, n'a rien à voir avec les lois de l'électricité et de l'électronique en jeu dans les circuits de l'ordinateur.

      Rien n'empêche un médecin d'être également psychanalyste, mais rien n'oblige un psychanalyste à connaître la médecine. La logique des fantasmes et de l'inconscient n'a rien, à voir avec les lois de l'anatomie et de la physiologie mises en jeu dans le fonctionnement normal ou pathologique du corps. C'est en ce sens que Freud a parlé d'analyse profane ou laïque (assimilant avec humour les médecins au clergé ...), mais le message a eu du mal à passer, en particulier en France (§3, Un procès pour exercice illégal de la médecine), avant que des non-médecins (psychologues, philosophes, mathématiciens ... ou plombiers), pourvu qu'ils aient eux-mêmes été plusieurs années en analyse, puissent exercer ce métier.
 

(à développer, ainsi que les limites de cette analogie. Vous pouvez d'ailleurs, en attendant la suite, commencer à mettre ci-dessous en commentaires vos questions ou vos réponses sur ces limites.)
 
     Première limite : dans l'ordinateur sorti d'usine, tous les circuits sont prêts à fonctionner ; chez l'enfant les connexions entre neurones se font en grande partie lors de l'apprentissage.
     Deuxième limite : en l'état actuel des connaissances, les différents types de mémoire d'ordinateur n'ont pas grand chose à voir avec les différents types de mémoire humaine.

Lien intéressant 
 



 

[ page en construction ]

 

[ À suivre ]

 

   ****** N'oubliez pas de visiter le reste de ce site ! ******

 


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Français
L'A.L.S. (Analyse des Logiques Subjectives) est une méthode d’analyse des mots (lexèmes) d’un texte parlé ou écrit, inspirée par la psychanalyse, qui permet, sans recourir au non-verbal (intonations, gestes, mimiques), d’avoir une idée de la personnalité de l’auteur et de ceux qu’il peut espérer persuader ou séduire. C'est une microsémantique du fantasme.

English
A.L.S (Analysis of Subjective Logics) is an analytical method concerned with the words (lexical items) of a spoken or written text. Drawing on psychoanalysis, it allows one, without resorting to the non-verbal (intonations, gestures, mimics, etc.), to get an idea of the personality of the author as well as of those one expects to persuade or to entice.

Deutsch
Die A.L.S (Analyse der Subjektiven Logiken) ist eine Untersuchungsmethode der Wörter (lexikalische Einheiten) eines gesprochenen oder geschriebenen Textes, mit einer Inspiration der Psychoanalyse, der erlaubt, ohne sich an das Nichtverbale (Intonationen, Bewegungen, Mimiken, u.s.w.) zu wenden, eine Idee der Personalität des Autors und derjenigen zu bekommen, die er zu überreden oder zu bezaubern hofft.

Português
A A.L.S. (Análise das Lógicas Subjetivas) é um método de análise das palavras (unidades lexicais) de um texto falado ou escrito, inspirado pela psicanálise, que permite, sem recorrer ao não-verbal (intonações, gestos, mímicas, etc.), ter uma idéia da personalidade do autor e daqueles que ele pode esperar persuadir ou seduzir.

Español
El A.L.S. (Análisis de las Lógicas Subjectivas) es un método de análisis de las palabras (lexemas) de un texto hablado o escrito, inspirado por la psicoanálisis, que permite, sin recurrir al no verbal (intonaciones, gestos, mímicas), tener una idea de la personalidad del autor y de aquellos a los que puede esperar persuadir o seducir.

Italiano
L'A.L.S. (Analisi delle Logiche Soggettive, è un metodo di analisi delle parole ("lexèmes") di un testo parlato o scritto, ispirata per la psicanalisi, che permette, senza ricorrere al no-verbale (intonazioni, gesti, mimici), di avere un'idea della personalità dell'autore e di quelli che può sperare di persuadere o sedurre.
 


Résumé : Blog de diffusion de textes et de discussions autour de l'Analyse des Logiques Subjectives, méthode linguistique originale d'analyse de discours partant des métaphores courantes et de la psychanalyse.

Abstract : Blog about "Analysis of Subjective Logics ", an original linguistic approach in discourse analysis.


Mots-clé : analyscience, linguistique, analyse de discours, microsémantique du fantasme, métaphore, psychanalyse, Lacan, psychologie, psychologie sociale, psychose, paranoïa, schizophrénie, rhétorique, argumentation, épistémologie, poésie, littérature, Baudelaire, traduction, malentendu, expressions figées, Jean-Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Georges Bataille, Michel Leiris, Parménide, Montaigne, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, hystérie, obsession, phobie, angoisse, inconscient, fantasme, rêve, rébus, subjiciel, machina subjectiva, cognisème, subjisème

Keywords : analyscience, linguistics, "discourse analysis", metaphor, psychoanalysis, Lacan, psychology, social psychology, psychosis, paranoia, schizophrenia, rhetorics, argumentation, epistemology, poetry, litterature, Baudelaire, translation, misunderstanding, frozen expressions, Jean-Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Georges Bataille, Michel Leiris, Parménide, Montaigne, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, hysteria, fixed idea, phobia, anxiety, the unconscious, dream, rebus, subjiciel, machina subjectiva

Schlüsselwörter : Analyscience, Linguistik, Redeanalyse, Metapher, Psychoanalyse, Lacan, Psychologie, soziale Psychologie, Psychose, Paranoia, Schizophrenie, Rhetorik, Argumentation, Epistemologie, Poesie, Literatur, Baudelaire, Übersetzung, Mißverständnis, starre Ausdrücke, Jean- Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Georges Bataille, Michel Leiris, Parménide, Montaigne, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, Hysterie, Zwangsvorstellung, Phobie, Angst, Unbewusstes, Traum, Rebus, subjiciel, machina subjectiva

Palavras-chaves : analyscience, linguística, análise de discursos, metáfora, psicanálise, Lacan, psicologia, psicologia social, psicose, paranóia, esquizofrenia, retórica, argumentação, epistemologia, poesia, literatura, Baudelaire, tradução, equívoco, expressões bloqueadas, Jean- Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Georges Bataille, Michel Leiris, Parménide, Montaigne, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, histeria, idéia fixada, fobia, inquietude, o inconsciente, sonho, rébus, subjiciel, machina subjectiva

Palabras-clave : analyscience, lingüistica, análisis de discurso, metáfora, psicoanálisis, Lacan, psicología, psicología social, psicosis, paranoïa, esquizofrenia, retórica, argumentación, epistemología, poesía, literatura, Baudelaire, traducción, malentendido, expresiones cuajadas, Jean-Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Georges Bataille, Michel Leiris, Parménide, Montaigne, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, histerismo, obsesión, fobia, angustia, inconsciente, sueño, jeroglífico, subjiciel, machina subjectiva

Parola-chiave : analyscience, linguistica, analisi di discorso, metafora, psicanalisi, Lacan, psicologia, psicologia sociale, psicosi, paranoia, schizofrenia, retorica, argomentazione, epistemologia, poesia, letteratura, Baudelaire, traduzione, malinteso, espressioni idiomatiche, Jean-Claude Milner. , Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Georges Bataille, Michel Leiris, Parménide, Montaigne, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, isterismo, ossessione, fobia, angoscia, inconscio, sogno, rebus, subjiciel, machina subjectiva

 

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19 décembre 2009 6 19 /12 /décembre /2009 00:00

 

( Mise à jour du 19/4/2010)

 

La triade "Réel, Symbolique, Imaginaire" proposée par Lacan pose parfois problème, entre autres pour les trois raisons qui suivent :


  • Variations dans la définition des trois termes chez Lacan lui-même
  • Désaccord et confusion chez les disciples sur les définitions
  • La mise en relation chronologique, - en fait hiérarchique -, des trois vocables est sujette à caution.

 

1° Variations au cours du temps dans la définition des trois termes chez Lacan lui-même, mais c'est un phénomène légitime dans l'évolution d'une discipline : la psychanalyse est encore loin d'être une science, si tant est qu'elle ait à le devenir ... En tout cas sa formalisation, à juste titre entreprise par Lacan, se heurte à des difficultés remarquablement exposées par Jean-Claude Milner dans L’Œuvre claire.

 

Désaccord et confusion chez les disciples sur les définitions de ces termes (nous trouverons le temps de les recenser), un peu comme pour la pulsion de mort, terme dont pas moins de vingt-deux acceptions différentes ont été relevées par Jacques Sédat, ce qui rend sa portée explicative proprement illusoire ! !


La mise en relation chronologique, - en fait hiérarchique -, des trois vocables est sujette à caution :

  • Le "Au commencement était le Verbe" est le contresens le plus criant chez certains psychanalystes, qui veulent faire précéder le Réel par le Symbolique. Un titre comme celui de Françoise Dolto : "Tout est langage", manifeste ce type d'interprétation.
  • D'autres, avec des expressions comme "accéder au Symbolique", veulent que ce dernier soit précédé par l'Imaginaire, confondant ainsi l'imaginaire animal (pré-verbal) avec l'Imaginaire humain uniquement permis par le langage, donc post-verbal (lire la Réponse de J.J.P. à la première question de Cédric Detienne). De nombreux passages tirés des textes de Lacan montreront ici que, pour lui, - après la phase "pré-classique" où il les introduit dans l'ordre S, I, R(1) -, le seul ordre logique et chronologique devient et restera R, S, I : Réel, puis Symbolique, puis Imaginaire. Ceci est une pure mise au point sur sa pensée, qui ne préjuge en rien du bien fondé de ses thèses ...                    (1)Remarquons que cet ordre pré-classique se calque sur l'ordre Signifiant, Signifié, Référent de la linguistique structurale. Nous y reviendrons.

 

Pour les raisons précitées, nous proposons une terminologie différente, bien sûr critiquable elle aussi, mais plus intelligible donc plus accessible à la réfutation. Voici la liste des adjectifs qui seront définis prochainement ici (suivre sur le schéma ci-dessous la mise en place progressive des termes proposés) :

 

1) Réel, désigné par la lettre R : il est pour le moment difficile d'éviter l'adjectif substantivé, donc de ne pas dire "le Réel". Lacan donne à ce terme des sens différents et subtils. Pour le moment nous considèrerons qu'il désigne ce qu'étudient les sciences exactes, de la physique des particules jusqu'à la biologie, avec leur formalisation logico-mathématique*.

              *À nouveau en 1974, dans sa conférence à Rome intitulée "Le triomphe de la religion", Lacan réaffirme :

« Le symptôme, ce n'est pas encore vraiment le réel. [...] Mais le réel réel, si je puis dire, le vrai réel, c'est celui auquel nous pouvons accéder par une voie tout à fait précise, qui est la voie scientifique. C'est la voie des petites équations. », et plus loin il évoque : « [...] le réel auquel nous accédons avec des petites formules, le vrai réel » (souligné par nous).


2) Réel parlant, désigné par RP : quelque chose "dans le Réel" se met à parler, de façon impersonnelle, involontaire et inconsciente. L'humain traversé de ce Réel parlant, le "parlêtre", n'en est ni l'auteur ni le maître. RP correspond à ce que Lacan nomme Symbolique. Lacan signale cette filiation en disant "Il y a du signifiant à déchiffrer dans le réel", ou encore "Le signifiant, c'est de la matière qui se transcende en langage", mais ce n'est pas une mince affaire que d'expliquer comment le Réel devient parlant. Nous nous y essaierons prudemment ...


3) Réel non parlant, RNP : désigne ce qui "dans le Réel" continue à ne pas parler, et qui - comme le Réel qu'il prolonge - deviendra l'objet des "sciences exactes". La prolongation de R par RNP correspond à une partie seulement de ce que Lacan nomme Réel.


4) Réel Parlant Unifiant, RPU :  quelque chose "dans le Réel Parlant" se met à fonctionner de telle sorte que la fiction de l'Un apparaît ("être", "totalité", "unité", "indivisibilité", "identité à soi-même", etc., ce "Un-de-sens" ne devant pas être confondu avec le "Un comptable"). C'est l'Imaginaire de Lacan. L'être parlant ("parlêtre") traversé de ce Réel Parlant Unifiant se prend pour quelqu'un, qui serait l'auteur et le maître du langage, ce qui est un leurre puisque en fait "ce qui parle sans le savoir me fait je, sujet du verbe" (Lacan). Le RPU, tissu des objets qu'étudient les "sciences humaines", subsiste hélas dans leur discours qui procède par métaphores et entités, ce qui est épistémologiquement problématique (voir sur ce blog l'article : "Métaphore et connaissance"). On verra que le RPU subsiste également dans le discours psychanalytique.

 (Léonard de Vinci avait pressenti le lien de l'Imaginaire, de l'idée, et du sens : "L'idée, c'est-à-dire l’imaginaire, est le gouvernail et le frein des sens, car l’acte d’imaginer donne du sens" ...)

 

Une flèche portant les mots "prématuration néoténie" indique sur le schéma ci-dessous que c'est cette caractéristique, venue du Réel Non Parlant (biologie humaine), qui favorise l'apparition du RPU.

 

Deux rejetons à ce RPU : l'inconscient (a-grammatical dans les rébus, calembours, contrepèteries, anagrammes, où il brise les unités lexicales, "les mots", cf ici), et le fantasme (grammatical, car, consistant en une phrase, il respecte "les mots" et leur séquence temporelle).

 

De cette énumération il ressort qu'à travers ses diverses différenciations, il n'y a que du Réel. Pourrait-il en être autrement ?

 

Une fois rebaptisés les termes de Lacan, il est possible de leur ajouter des termes nommant d'autres aspects du Réel Parlant (= "Symbolique" de Lacan) qui jouent un rôle épistémologique particulier :


5) Réel Parlant Non Unifiant,
RPNU : c'est ce qui "dans le Réel Parlant" dément les énoncés unifiants quand à la description du Réel, et qui amorce - chemin en dents de scie à travers la connaissance antique et l'épistèmè grecque - le mouvement vers l'écriture logico-mathématique des "sciences exactes" (la science galiléenne combine empiricité et formalisation, cf Résumé du livre de J.-C. Milner : L’Œuvre claire, chapitre II, $3 intitulé La stylistique historiciste).


6) Le discours analytique,
branché en dérivation sur le RPNU version science moderne : c'est celle-ci en effet qui, dans la version historisante du Doctrinal de science que décrit Milner (ibidem), permet l'apparition de ce discours. Il n'est qu'à moitié du RPNU (Réel Parlant Non Unifiant) car, comme la science le fait pour le Réel, il dément certes les énoncés unifiants quand à la description du psychisme humain (subjectivité). Mais Imaginaire, inconscient et fantasme continuent de l'imprégner, comme le montre entre autres l'A.L.S., d'où les flèches pointillées à double sens. La psychanalyse, permise par la science, est une discipline désimaginarisante, mais ce n'est pas une science.

 

7) Les analysciences (voir Glossaire) permettent le dialogue entre la science moderne (dotée de méthode, mais s'aveuglant "volontairement" quant à la subjectivité) et la psychanalyse (voyante quant à la subjectivité, mais paralytique quant à la méthode ! voir ici la fable). L'A.L.S. figure parmi  ces analysciences, bénéficiant d'une démarche logiciste (galiléisme étendu, in § 2. Le paradigme de la structure, Milner), et trouvant ses applications (flèches pointillées à sens unique cette fois) tant dans la description des aspects subjectifs de la découverte en science que dans la description méthodique de la subjectivité (surtout pour le fantasme, en partie pour l'Imaginaire, mais la description de l'inconscient pose problème pour le moment ...).

 

      
RSI photo-copie-1

[ Article ébauché, à suivre ]

 

 D'autres billets sur des thèmes voisins :

Résumé du livre de J.-C. Milner : L’Œuvre claire, introduction et chapitre I

Analogie de l'ordinateur ; Subjectivité Artificielle ; Machina subjectiva

Conférence du 24/09/2009 sur la psychothérapie des psychoses 

Groupe, individu, sujet 

Métaphore et connaissance 

Rien n'est tout ! 

La métaphore du cycle de l'eau 

Glossaire de l'A.L.S. 

 


 


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Français

L'A.L.S. (Analyse des Logiques Subjectives) est une méthode d’analyse des mots (lexèmes) d’un texte parlé ou écrit, inspirée par la psychanalyse, qui permet, sans recourir au non-verbal (intonations, gestes, mimiques), d’avoir une idée de la personnalité de l’auteur et de ceux qu’il peut espérer persuader ou séduire. C'est une microsémantique du fantasme.

English
A.L.S (Analysis of Subjective Logics) is an analytical method concerned with the words (lexical items) of a spoken or written text. Drawing on psychoanalysis, it allows one, without resorting to the non-verbal (intonations, gestures, mimics, etc.), to get an idea of the personality of the author as well as of those one expects to persuade or to entice.

Deutsch
Die A.L.S (Analyse der Subjektiven Logiken) ist eine Untersuchungsmethode der Wörter (lexikalische Einheiten) eines gesprochenen oder geschriebenen Textes, mit einer Inspiration der Psychoanalyse, der erlaubt, ohne sich an das Nichtverbale (Intonationen, Bewegungen, Mimiken, u.s.w.) zu wenden, eine Idee der Personalität des Autors und derjenigen zu bekommen, die er zu überreden oder zu bezaubern hofft.

Português
A A.L.S. (Análise das Lógicas Subjetivas) é um método de análise das palavras (unidades lexicais) de um texto falado ou escrito, inspirado pela psicanálise, que permite, sem recorrer ao não-verbal (intonações, gestos, mímicas, etc.), ter uma idéia da personalidade do autor e daqueles que ele pode esperar persuadir ou seduzir.

Español
El A.L.S. (Análisis de las Lógicas Subjectivas) es un método de análisis de las palabras (lexemas) de un texto hablado o escrito, inspirado por la psicoanálisis, que permite, sin recurrir al no verbal (intonaciones, gestos, mímicas), tener una idea de la personalidad del autor y de aquellos a los que puede esperar persuadir o seducir.

Italiano
L'A.L.S. (Analisi delle Logiche Soggettive, è un metodo di analisi delle parole ("lexèmes") di un testo parlato o scritto, ispirata per la psicanalisi, che permette, senza ricorrere al no-verbale (intonazioni, gesti, mimici), di avere un'idea della personalità dell'autore e di quelli che può sperare di persuadere o sedurre.



Résumé : Blog de diffusion de textes et de discussions autour de l'Analyse des Logiques Subjectives, méthode linguistique originale d'analyse de discours partant des métaphores courantes et de la psychanalyse.

Abstract : Blog about "Analysis of Subjective Logics ", an original linguistic approach in discourse analysis.


Mots-clé : analyscience, linguistique, analyse de discours, sémantique, microsémantique, microsémantique du fantasme, logique de la déraison, lexicologie, subjilecte, métaphore, paradiastole, isotopie subjective, homonyme, homonymie, pseudosynonyme, pseudosynonymie, psychanalyse, Lacan, Réel Symbolique Imaginaire, psychologie, psychologie sociale, psychose, paranoïa, schizophrénie, rhétorique, argumentation, épistémologie, logique, logique libre, poésie, littérature, surréalisme, antiphilosophie, Charles Baudelaire, traduction, malentendu, dialogue de sourds, expressions figées, Jean-Jacques Pinto, Jean-Claude Milner, L’Œuvre claire, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Georges Bataille, Michel Leiris, Parménide, Montaigne, hystérie, obsession, phobie, angoisse, inconscient, formations de l'inconscient, rêve, rébus, lapsus, oubli, acte manqué, mot d'esprit, interprétation, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, subjiciel, points de vue, la subjectivité comme artifice, prothèse psychique,homéopsychie, subjectivité artificielle, machina subjectiva, argot, Luce Irigaray, Hélène Cixous, Gilles Deleuze, Félix Guattari, Jean-François Lyotard, propagande, propagande et psychanalyse, psychanalyse et propagande, neurosciences, neurosciences et psychanalyse, psychanalyse et neurosciences, approche logiciste, Jean-Claude Gardin, cognisème, subjisème, galiléisme, galiléisme étendu, science galiléenne, identification cognitive, identification subjective

 


Keywords : analyscience, linguistics, "discourse analysis", metaphor, semantics, microsemantics, microsemantics of phantasy, logics of irrationality, lexicology, subjilecte, metaphor, paradiastole, subjective isotopy, homonym, homonymy, pseudo synonym, psychoanalysis, Lacan, Real Symbolic Imaginary, psychology, social psychology, psychosis, paranoia, schizophrenia, rhetorics, argumentation, epistemology, logics, free logics, poetry, litterature, surrealism, antiphilosophy, Baudelaire, translation, misunderstanding, frozen expressions, Jean-Jacques Pinto, Jean-Claude Milner, L’Œuvre claire, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Georges Bataille, Michel Leiris, Parménide, Montaigne, hysteria, fixed idea, phobia, anxiety, unconscious, dream, rebus, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, subjiciel, machina subjectiva, Luce Irigaray, Hélène Cixous, Gilles Deleuze, Félix Guattari, Jean-François Lyotard, propaganda, propaganda and psychoanalysis, psychoanalysis and propaganda, neurosciences, neurosciences and psychoanalysispsychoanalysis and neurosciences, logicist approach, Jean-Claude Gardin, cogniseme, subjiseme, galileism, extended galileism, extended galileanism, galilean science, cognitive identificationsubjective identification


Schlüsselwörter : Analyscience, Linguistik, Redeanalyse, Metapher, Psychoanalyse, Lacan, Psychologie, soziale Psychologie, Psychose, Paranoia, Schizophrenie, Rhetorik, Argumentation, Epistemologie, Poesie, Literatur, Baudelaire, Übersetzung, Mißverständnis, starre Ausdrücke, Jean- Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Georges Bataille, Michel Leiris, Parménide, Montaigne, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, Hysterie, Zwangsvorstellung, Phobie, Angst, Unbewusstes, Traum, Rebus, subjiciel, machina subjectiva

Palavras-chaves : analyscience, linguística, análise de discursos, metáfora, psicanálise, Lacan, psicologia, psicologia social, psicose, paranóia, esquizofrenia, retórica, argumentação, epistemologia, poesia, literatura, Baudelaire, tradução, equívoco, expressões bloqueadas, Jean- Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Georges Bataille, Michel Leiris, Parménide, Montaigne, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, histeria, idéia fixada, fobia, inquietude, o inconsciente, sonho, rébus, subjiciel, machina subjectiva

Palabras-clave : analyscience, lingüistica, análisis de discurso, metáfora, psicoanálisis, Lacan, psicología, psicología social, psicosis, paranoïa, esquizofrenia, retórica, argumentación, epistemología, poesía, literatura, Baudelaire, traducción, malentendido, expresiones cuajadas, Jean-Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Georges Bataille, Michel Leiris, Parménide, Montaigne, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, histerismo, obsesión, fobia, angustia, inconsciente, sueño, jeroglífico, subjiciel, machina subjectiva

Parola-chiave : analyscience, linguistica, analisi di discorso, metafora, psicanalisi, Lacan, psicologia, psicologia sociale, psicosi, paranoia, schizofrenia, retorica, argomentazione, epistemologia, poesia, letteratura, Baudelaire, traduzione, malinteso, espressioni idiomatiche, Jean-Claude Milner. , Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Georges Bataille, Michel Leiris, Parménide, Montaigne, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, isterismo, ossessione, fobia, angoscia, inconscio, sogno, rebus, subjiciel, machina subjectiva

 

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11 décembre 2009 5 11 /12 /décembre /2009 16:32

 
    Le psychanalyste Jacques Sédat,  lors d'un colloque tenu à Aix-en-Provence, disait qu'il avait recensé dans les écrits psychanalytiques vingt-huit positions différentes et totalement contradictoires entre elles sur la "théorie" de la pulsion de mort.

     Or cette notion, introduite par Freud, notion fort contestable et contestée, est avancée par ces analystes comme explication aux phénomènes individuels ou sociaux les plus divers, notamment lorsque ceux-ci mettent en jeu la violence. Une telle invocation (au sens religieux du terme !!) ne résout évidemment rien, et ne fait pas progresser d'un pouce notre compréhension. Elle semble juste poser une affirmation d'appartenance : "je suis de ceux qui recourent au vocabulaire de Freud, fût-il obscur, pour expliquer tout et n'importe quoi. On pourra dire que j'ai tort, mais pas que je suis infidèle au Maître".

     Il y a plus de deux siècles quelqu'un s'exclamait dans des circonstances comparables :

     « Quelle étrange explication ! L'homme est inconcevable sans un mystère inconcevable. C'est bien assez de ne rien entendre à notre origine sans l'expliquer par une chose qu'on n'entend pas [ou] par un système inintelligible. Ne vaut-il pas mieux dire : je ne sais rien ? Un mystère ne fut jamais une explication. »

     Il s'agissait de Voltaire, s'exprimant contre Blaise Pascal et son explication de la condition humaine par le péché originel ...





 


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Français

L'A.L.S. (Analyse des Logiques Subjectives) est une méthode d’analyse des mots (lexèmes) d’un texte parlé ou écrit, inspirée par la psychanalyse, qui permet, sans recourir au non-verbal (intonations, gestes, mimiques), d’avoir une idée de la personnalité de l’auteur et de ceux qu’il peut espérer persuader ou séduire. C'est une microsémantique du fantasme.

English
A.L.S (Analysis of Subjective Logics) is an analytical method concerned with the words (lexical items) of a spoken or written text. Drawing on psychoanalysis, it allows one, without resorting to the non-verbal (intonations, gestures, mimics, etc.), to get an idea of the personality of the author as well as of those one expects to persuade or to entice.

Deutsch
Die A.L.S (Analyse der Subjektiven Logiken) ist eine Untersuchungsmethode der Wörter (lexikalische Einheiten) eines gesprochenen oder geschriebenen Textes, mit einer Inspiration der Psychoanalyse, der erlaubt, ohne sich an das Nichtverbale (Intonationen, Bewegungen, Mimiken, u.s.w.) zu wenden, eine Idee der Personalität des Autors und derjenigen zu bekommen, die er zu überreden oder zu bezaubern hofft.

Português
A A.L.S. (Análise das Lógicas Subjetivas) é um método de análise das palavras (unidades lexicais) de um texto falado ou escrito, inspirado pela psicanálise, que permite, sem recorrer ao não-verbal (intonações, gestos, mímicas, etc.), ter uma idéia da personalidade do autor e daqueles que ele pode esperar persuadir ou seduzir.

Español
El A.L.S. (Análisis de las Lógicas Subjectivas) es un método de análisis de las palabras (lexemas) de un texto hablado o escrito, inspirado por la psicoanálisis, que permite, sin recurrir al no verbal (intonaciones, gestos, mímicas), tener una idea de la personalidad del autor y de aquellos a los que puede esperar persuadir o seducir.

Italiano
L'A.L.S. (Analisi delle Logiche Soggettive, è un metodo di analisi delle parole ("lexèmes") di un testo parlato o scritto, ispirata per la psicanalisi, che permette, senza ricorrere al no-verbale (intonazioni, gesti, mimici), di avere un'idea della personalità dell'autore e di quelli che può sperare di persuadere o sedurre.



Résumé : Blog de diffusion de textes et de discussions autour de l'Analyse des Logiques Subjectives, méthode linguistique originale d'analyse de discours partant des métaphores courantes et de la psychanalyse.

Abstract : Blog about "Analysis of Subjective Logics ", an original linguistic approach in discourse analysis.


Mots-clé : analyscience, linguistique, analyse de discours, microsémantique du fantasme, métaphore, psychanalyse, Lacan, psychologie, psychologie sociale, psychose, paranoïa, schizophrénie, rhétorique, argumentation, épistémologie, poésie, littérature, Baudelaire, traduction, malentendu, expressions figées, Jean-Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Georges Bataille, Michel Leiris, Parménide, Montaigne, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, hystérie, obsession, phobie, angoisse, inconscient, fantasme, rêve, rébus, subjiciel, machina subjectiva, cognisème, subjisème

Keywords : analyscience, linguistics, "discourse analysis", metaphor, psychoanalysis, Lacan, psychology, social psychology, psychosis, paranoia, schizophrenia, rhetorics, argumentation, epistemology, poetry, litterature, Baudelaire, translation, misunderstanding, frozen expressions, Jean-Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Georges Bataille, Michel Leiris, Parménide, Montaigne, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, hysteria, fixed idea, phobia, anxiety, the unconscious, dream, rebus, subjiciel, machina subjectiva

Schlüsselwörter : Analyscience, Linguistik, Redeanalyse, Metapher, Psychoanalyse, Lacan, Psychologie, soziale Psychologie, Psychose, Paranoia, Schizophrenie, Rhetorik, Argumentation, Epistemologie, Poesie, Literatur, Baudelaire, Übersetzung, Mißverständnis, starre Ausdrücke, Jean- Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Georges Bataille, Michel Leiris, Parménide, Montaigne, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, Hysterie, Zwangsvorstellung, Phobie, Angst, Unbewusstes, Traum, Rebus, subjiciel, machina subjectiva

Palavras-chaves : analyscience, linguística, análise de discursos, metáfora, psicanálise, Lacan, psicologia, psicologia social, psicose, paranóia, esquizofrenia, retórica, argumentação, epistemologia, poesia, literatura, Baudelaire, tradução, equívoco, expressões bloqueadas, Jean- Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Georges Bataille, Michel Leiris, Parménide, Montaigne, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, histeria, idéia fixada, fobia, inquietude, o inconsciente, sonho, rébus, subjiciel, machina subjectiva

Palabras-clave : analyscience, lingüistica, análisis de discurso, metáfora, psicoanálisis, Lacan, psicología, psicología social, psicosis, paranoïa, esquizofrenia, retórica, argumentación, epistemología, poesía, literatura, Baudelaire, traducción, malentendido, expresiones cuajadas, Jean-Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Georges Bataille, Michel Leiris, Parménide, Montaigne, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, histerismo, obsesión, fobia, angustia, inconsciente, sueño, jeroglífico, subjiciel, machina subjectiva

Parola-chiave : analyscience, linguistica, analisi di discorso, metafora, psicanalisi, Lacan, psicologia, psicologia sociale, psicosi, paranoia, schizofrenia, retorica, argomentazione, epistemologia, poesia, letteratura, Baudelaire, traduzione, malinteso, espressioni idiomatiche, Jean-Claude Milner. , Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Georges Bataille, Michel Leiris, Parménide, Montaigne, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, isterismo, ossessione, fobia, angoscia, inconscio, sogno, rebus, subjiciel, machina subjectiva

 

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6 octobre 2009 2 06 /10 /octobre /2009 16:24


    Je vous invite à prendre connaissance, sur mon autre site, du résumé/plan et du texte intégral de la conférence que j'ai faite à l'hôpital de jour d'Aubagne le 24 septembre 2009 sur la psychothérapie des psychoses :


 

 

 


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Français

L'A.L.S. (Analyse des Logiques Subjectives) est une méthode d’analyse des mots (lexèmes) d’un texte parlé ou écrit, inspirée par la psychanalyse, qui permet, sans recourir au non-verbal (intonations, gestes, mimiques), d’avoir une idée de la personnalité de l’auteur et de ceux qu’il peut espérer persuader ou séduire. C'est une microsémantique du fantasme.

English
A.L.S (Analysis of Subjective Logics) is an analytical method concerned with the words (lexical items) of a spoken or written text. Drawing on psychoanalysis, it allows one, without resorting to the non-verbal (intonations, gestures, mimics, etc.), to get an idea of the personality of the author as well as of those one expects to persuade or to entice.

Deutsch
Die A.L.S (Analyse der Subjektiven Logiken) ist eine Untersuchungsmethode der Wörter (lexikalische Einheiten) eines gesprochenen oder geschriebenen Textes, mit einer Inspiration der Psychoanalyse, der erlaubt, ohne sich an das Nichtverbale (Intonationen, Bewegungen, Mimiken, u.s.w.) zu wenden, eine Idee der Personalität des Autors und derjenigen zu bekommen, die er zu überreden oder zu bezaubern hofft.

Português
A A.L.S. (Análise das Lógicas Subjetivas) é um método de análise das palavras (unidades lexicais) de um texto falado ou escrito, inspirado pela psicanálise, que permite, sem recorrer ao não-verbal (intonações, gestos, mímicas, etc.), ter uma idéia da personalidade do autor e daqueles que ele pode esperar persuadir ou seduzir.

Español
El A.L.S. (Análisis de las Lógicas Subjectivas) es un método de análisis de las palabras (lexemas) de un texto hablado o escrito, inspirado por la psicoanálisis, que permite, sin recurrir al no verbal (intonaciones, gestos, mímicas), tener una idea de la personalidad del autor y de aquellos a los que puede esperar persuadir o seducir.

Italiano
L'A.L.S. (Analisi delle Logiche Soggettive, è un metodo di analisi delle parole ("lexèmes") di un testo parlato o scritto, ispirata per la psicanalisi, che permette, senza ricorrere al no-verbale (intonazioni, gesti, mimici), di avere un'idea della personalità dell'autore e di quelli che può sperare di persuadere o sedurre.



Résumé : Blog de diffusion de textes et de discussions autour de l'Analyse des Logiques Subjectives, méthode linguistique originale d'analyse de discours partant des métaphores courantes et de la psychanalyse.

Abstract : Blog about "Analysis of Subjective Logics ", an original linguistic approach in discourse analysis.


Mots-clé : analyscience, linguistique, analyse de discours, microsémantique du fantasme, métaphore, psychanalyse, Lacan, psychologie, psychologie sociale, psychose, paranoïa, schizophrénie, rhétorique, argumentation, épistémologie, poésie, littérature, Baudelaire, traduction, malentendu, expressions figées, Jean-Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Georges Bataille, Michel Leiris, Parménide, Montaigne, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, hystérie, obsession, phobie, angoisse, inconscient, fantasme, rêve, rébus, subjiciel, machina subjectiva, cognisème, subjisème

Keywords : analyscience, linguistics, "discourse analysis", metaphor, psychoanalysis, Lacan, psychology, social psychology, psychosis, paranoia, schizophrenia, rhetorics, argumentation, epistemology, poetry, litterature, Baudelaire, translation, misunderstanding, frozen expressions, Jean-Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Georges Bataille, Michel Leiris, Parménide, Montaigne, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, hysteria, fixed idea, phobia, anxiety, the unconscious, dream, rebus, subjiciel, machina subjectiva

Schlüsselwörter : Analyscience, Linguistik, Redeanalyse, Metapher, Psychoanalyse, Lacan, Psychologie, soziale Psychologie, Psychose, Paranoia, Schizophrenie, Rhetorik, Argumentation, Epistemologie, Poesie, Literatur, Baudelaire, Übersetzung, Mißverständnis, starre Ausdrücke, Jean- Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Georges Bataille, Michel Leiris, Parménide, Montaigne, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, Hysterie, Zwangsvorstellung, Phobie, Angst, Unbewusstes, Traum, Rebus, subjiciel, machina subjectiva

Palavras-chaves : analyscience, linguística, análise de discursos, metáfora, psicanálise, Lacan, psicologia, psicologia social, psicose, paranóia, esquizofrenia, retórica, argumentação, epistemologia, poesia, literatura, Baudelaire, tradução, equívoco, expressões bloqueadas, Jean- Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Georges Bataille, Michel Leiris, Parménide, Montaigne, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, histeria, idéia fixada, fobia, inquietude, o inconsciente, sonho, rébus, subjiciel, machina subjectiva

Palabras-clave : analyscience, lingüistica, análisis de discurso, metáfora, psicoanálisis, Lacan, psicología, psicología social, psicosis, paranoïa, esquizofrenia, retórica, argumentación, epistemología, poesía, literatura, Baudelaire, traducción, malentendido, expresiones cuajadas, Jean-Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Georges Bataille, Michel Leiris, Parménide, Montaigne, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, histerismo, obsesión, fobia, angustia, inconsciente, sueño, jeroglífico, subjiciel, machina subjectiva

Parola-chiave : analyscience, linguistica, analisi di discorso, metafora, psicanalisi, Lacan, psicologia, psicologia sociale, psicosi, paranoia, schizofrenia, retorica, argomentazione, epistemologia, poesia, letteratura, Baudelaire, traduzione, malinteso, espressioni idiomatiche, Jean-Claude Milner. , Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Georges Bataille, Michel Leiris, Parménide, Montaigne, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, isterismo, ossessione, fobia, angoscia, inconscio, sogno, rebus, subjiciel, machina subjectiva

 

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28 juillet 2009 2 28 /07 /juillet /2009 22:44


[ Le début du résumé se trouve ici  ]

Référence : Jean-Claude Milner : L’Œuvre claire (Paris : Seuil. 1995)


CHAPITRE V : La déconstruction


Le mathème pourtant connaîtra son propre achèvement. Sa doctrine était liée à une institution : l'École freudienne, "école" et "freudienne", parce que fondée sur la triple hypothèse :
  • que quelque chose se transmet intégralement à partir de Freud,
  • que le lieu d'une transmission intégrale est une école
  • et que le moyen d'une transmission intégrale est le mathème en un tel lieu ;

Elle agissait vers l'extérieur par la revue Scilicet (« tu peux savoir ce qu'en pense l'École freudienne », « grâce au mathème »), modelée sur Bourbaki : la mathématique est le modèle de la transmission littérale et Bourbaki le modèle de la mathématique littérale. Or, l'école a été dissoute, et la revue Scilicet a disparu. Parallèlement, le bourbakisme est désormais en mathématique une figure close.

Les accidents historiques ne suffisent pas à expliquer ces corrélations. Le vouloir institutionnel chez Lacan est toujours le symptôme d'un événement doctrinal ; il était sur ce point proche de Mallarmé, qui croyait qu'il est permis à un sujet de créer des institutions. Mais Valéry, le plus affectionné des disciples, s'empressa de professer qu'en matière d'institutions il n'est pas, pour les poètes, d'alternative au conformisme.

Le Séminaire, lui, n'était pas conforme. Il était une création institutionnelle, non moins robuste et plus audacieuse que l'École freudienne. On retrouve ici Mallarmé, et aussi Freud, qui a cru possible de créer une profession nouvelle et  l'Internationale de psychanalyse, alors qu'en matière de métiers et d'institutions scientifiques, la création est difficile, rarement réussie, et résiste rarement à la mort de ses fondateurs.

La volonté institutionnelle de Lacan ne se légitime cependant pour lui que liée à une assurance doctrinale. Créer des institutions dans l'ordre du savoir est permis à un sujet à la condition qu'il puisse être supposé à quelque savoir. Les turbulences institutionnelles relèvent du savoir lacanien lui-même.

L'École freudienne trouvait son support doctrinal dans la doctrine du mathème. Que l'école ait été dissoute un instant signifie donc que le mathème a été dissous. L'école recomposée après dissolution n'est pas la même, le mathème réaffirmé n'est pas le même.

Avec le séminaire XX, la référence mathématique se trouve absorbée par la théorie du nœud borroméen,
qui fait toucher du doigt ce qu'il en est de la lettre mathématique. Éclairer les lois du borroméanisme, c'est éclairer les fondements du mathème, le principe de son efficace. Si ne parler que du nœud est parler de l'unique nécessaire, alors il faut s'en tenir là.

D'emblée pourtant, une chose frappe : Lacan ne retient pas l'abord mathématisant des nœuds. Il ne s'intéresse au nœud que par ce qu'il a de réfractaire à une mathématisation intégrale : « il n'y a aucune théorie des nœuds. Aux nœuds ne s'applique jusqu'à ce jour aucune formalisation mathématique... ».

Contrairement aux divers objets topologiques – bande de Mœbius, cross-cap – utilisés précédemment, et dont la théorie mathématique est faite, permettant de ne pas quitter l'horizon de la mathématique comme théorie générale du mathème, pour le nœud la question est tout autre. Il vient de la mathématique, mais à titre de curiosité ; il s'épuise dans sa monstration inlassablement variée et ne requiert pas, pour légitimer son efficace, d'être intégralement écrit. Certes les mathématiciens s'emploient à le mathématiser. Certains l'ont tenté et peut-être réussi. Mais le nœud n'avait pas attendu leur effort pour fonctionner dans le discours.

Il y a des précédents. Paradoxe du doctrinal de science, il a fallu, après Galilée et Descartes, admettre :
  • que l'univers est intégralement passible d'une science mathématisés,
  • qu'il est infini
  • et que l'infini n'est pas, au début, un objet mathématiquement clair.
Mais assez vite l'infini a donné lieu à un calcul et à des écritures mathématiques. On pourrait reconnaître dans son émergence la victoire du littéral, plutôt que sa défaite.

Le nœud, lui, est antinomique à la lettre, donc au mathème. Une faille s'est ouverte : il peut supporter des lettres (par exemple, R, S, I), il montre ce qu'est le littéral, mais il n'est pas lui-même intégralement littéralisé. C'est à un objet non littéral que revient la tâche de montrer ce qu'il en est
du littéral. La lettre ne trouve pas en elle-même de quoi se littéraliser suffisamment.

Les thèmes de l'incomplétude radicale, récurrents chez Lacan, avaient perdu en intensité dramatique, tant qu'on s'en tenait à une mathématisation dispersée, non déductive, locale. Le nœud signale le retour des drames ; on pourrait modifier quelques logia anciens ; il n'y avait pas d'Autre de l'Autre, ni de métalangage ; il n'y a pas de mathème du mathème, ni de lettre de la lettre ; il n'y a que le nœud, qui demeure rebelle à une littéralisation intégrale.

Au temps d'Encore on peut penser que la mathématique intégrera
un jour la propriété borroméenne. Mais, à mesure que le travail mathématique avance au fil des séminaires, on voit que la réussite se dérobe, et que si elle survenait, la propriété aurait perdu ce qui faisait son prix. Non seulement le nœud n'est pas mathématisé, mais il ne fonctionne qu'à ne pas l'être.

Si la mathématique était demeurée ce qu'elle paraissait ... Mais la rumeur se faisait insistante : et si Bourbaki était mort ? La mathématique aurait un avenir où la littéralité serait subalterne. L'hyperbourbakisme aussi serait frappé. Lacan le soupçonna-t-il ? Supposons-le : le nœud, support de la lettre, ne supporterait plus rien d'essentiel, puisque la lettre n'est plus essentielle à la mathématique. Ramené à sa propre absence de littéralité, il ne serait plus que la figure du deuil de la lettre mathématique et de sa puissance. Il ne dit quelque chose de la lettre que parce qu'il s'en excepte ; la lettre s'y rencontre dans la dimension de sa propre défaillance ; la mathématique n'est pas littérale. Après Encore, on a la conviction que tout se déploie ainsi.

Comme le bâton se transforme en serpent devant Pharaon, le nœud, de soutien pour l'imagination, se fait animal destructeur de la lettre. Si lettre il doit y avoir, Lacan doit désormais la chercher ailleurs. À la mathématique succèdent Joyce, le poème, les Lettres. Ce mouvement s'amorce dès Encore. Mais là, le mathème est à son acmé et le poème n'apparaît que pour le confirmer. Saussure et Jakobson reviennent dans la position nouvelle de sujets linguistes, capables d'assurer une transitivité entre lettres mathématiques et poématiques. Encore pose, à propos de Parménide, une équivalence entre le mathème et le poème : « Heureusement que Parménide a écrit en réalité des poèmes. N'emploie-t-il pas des appareils de langage qui ressemblent beaucoup à l'articulation mathématique, alternance après succession, encadrement après alternance ? ». La lettre venue des Lettres et la lettre venue des Nombres se répondent harmonieusement. Souverain des symétries, Jakobson témoigne une fois de plus : « on change de discours » répète Lacan en sa présence.


Après Encore, la symétrie se rompt. Le poème console ; il pourrait, si le nœud se dérobe, proposer un support plus robuste à la littéralité. Mais aussi il inquiète, car il prolifère. S'il est ce qu'en dit le linguiste, il surgit à chaque scintillement que provoquerait, sur le cristal de langue, le jeu de quelque facette appariée à quelque autre. Les calembours homonymiques, à partir des années 70, ne sont pas des traits d'esprit ; ils constituent, un par un, une cellule littérale, un atome de calcul poématique. Pensables au début comme homomorphes à la lettre mathématique, ils sont comme des mathèmes donnés par lalangue même, répondant aux mathèmes construits par un discours.

Mais si la mathématique n'est plus indubitablement littérale, l'analogie se corrompt. Les homophones deviennent la seule marque qui demeure de la littéralité, tenants-lieu d'un mathème exténué. Leur multiplication contrebalance la monstration silencieuse des nœuds. Mais, en retour, elle la confirme et la répète.

Chacun de ces jeux dévore l'autre, chacun se dévore lui-même. Le poème, polymérisé à l'infini de lalangue, explose sur l'abîme. D'un côté les nœuds taciturnes, de l'autre, omni-présent, le poème, attesté et aboli par son propre foisonnement. Chacun des jeux d'homophonie, dans les titres de séminaires, dans les écrits, dans le retour incessant à Joyce, renferme la possibilité d'une lettre venue de la seule langue, tout autre que celle de la mathématique, et pourtant chargée des mêmes fonctions. Mais l'opacité risque incessamment de l'emporter.

Simultanément, la main se ferme sur la matérialité des ficelles. Jusqu'à ce que le dernier acte d'un enseignement poursuivi durant tant d'années, le dernier mot de tant de concepts, d'analyses, d'écritures, d'inventions, devienne un maniement muet, indistinguable de la manie solitaire.

Il s'en distinguerait si pouvait être assurée la transmission de ce qu'est le littéral. Mais s'il réussissait, le nœud prouverait qu'il est un cas où la transmission ne passe pas par le mathème. S'il échouait,  rien ne se transmettrait de ce qui fait que la lettre transmette. Resterait seulement le cristal de la langue, matérialisé dans le poème indéfiniment multiplié en calembours, mais alors la transmission sera-t-elle intégrale ? Aura-t-elle jamais commencé ?

A la fin du parcours, le nœud est devenu un détournement de la lettre, une antimathématique, après l'antilinguistique que recèle la doctrine du signifiant, après l'antipolitique qu'induit la théorie des discours, après l'antiphilosophie des deux classicismes. L'anachorèse discursive est consommée.

Le nœud était donc mortel.


Le séminaire XX, qui l'introduit, tient une place d'exception dans l'œuvre de Lacan :
  • Par sa portée : le second classicisme lacanien s'y accomplit.
  • Par sa forme : ésotérique et exotérique ; la forme d'œuvre y rejoint l'efficacité protreptique.
  • Par son retournement enfin : dans sa perfection même, il contient en germe le facteur létal  par quoi Le Séminaire sera défait, depuis le premier livre jusqu'au dernier.
La conclusion est forte. Les témoins des derniers séminaires devraient pourtant en être les moins éloignés. Le Lacan de ce temps fait songer au Wittgenstein de la fin du Tractatus : il faut se taire sur ce qui ne se laisse pas dire; il faut montrer ce sur quoi on ne peut que se taire. Or, Lacan se tait et Lacan montre.

Il montre en silence ce sans quoi la transmission de la psychanalyse ne saurait s'accomplir intégralement.  Si le mathème est aboli, on ne peut plus dire, seulement montrer ; or Lacan en vient à ne plus faire que montrer, donc le mathème a été aboli, et avec lui le galiléisme en psychanalyse : « le truc analytique ne sera pas mathématique. C'est bien pourquoi le discours de l'analyse se distingue du discours scientifique ».

Lacan retrouve des formulations antigaliléennes du type « la Nature a horreur du nœud ». Un tel logion entraîne une conséquence radicale : si le nœud est une lettre mathématique, alors la Nature et quelque lettre mathématique pourraient être incompatibles, ce qui s'oppose à l'axiome fondateur de la science moderne.

Donc :
  • ou bien la science mathématisée est supposée abolie, et le doctrinal de science tombe, entraînant avec lui le second classicisme lacanien, en ce qu'il a de commun avec le premier ;
  • ou bien le nœud n'est pas une lettre, donc pas un mathème, et alors, le second classicisme est aboli, en ce qu'il a de distinct du premier. On perd à tout coup.

Le second classicisme a passé, à l'instant où il paraissait s'accomplir. Lacan y a mis un terme. Encore, qui en est le sommet, déclenche sa dé[con]struction. Tout est déjà en pièces lorsque Lacan choisit vers 1980 de se taire. Le nœud d'un côté, le poème de l'autre, la ficelle et la lettre, le silence et le calembour. C'est  l'Éthiopie.

Ceci n'est pas loin de Wittgenstein. Lacan l'a lu et en a tiré peu de conclusions explicites. D'aucuns s'empresseront de lire l'un par l'autre : quelques ailes nouvelles seront ainsi ajoutées au "Château des brouillards".

Donnons-nous le "problème de Wittgenstein". Supposons qu'il y ait antinomie, frontière réelle et infranchissable, entre dire et montrer. Ce qui ne se dit pas se montre et il faut s'en taire ; ce qui se montre se montre par des tableaux. Au rang de ce qui ne se dit pas, il y a la vérité de ce qui se dit, d'où les tables de vérité.

Lacan, dans ses écrits, a considéré que le problème de Wittgenstein était réel et traitable, et ne conduisait pas au devoir de silence. Il a fort tôt rencontré le silence, dans sa relation à la vérité, et s'en est écarté. Refermer la main sur les vérités, c'est un fantasme, s'y prêter est un abandon. Il faut donc ouvrir la main, c'est-à-dire parler et dire la vérité. D'autant que le silence est impossible : « Moi la vérité, je parle » ; à quoi bon refermer la main sur la vérité, si elle parle. Wittgenstein aurait raison si ce dont on ne peut pas parler consentait à se taire. Mais il n'y consent pas. L'inconscient, c'est justement cela. De ce qui ne se tait pas, comment consentir à ne pas parler ? Et s'agit-il de consentir, quand le silence est impossible au sujet ?

Impossible de parler, impossible de ne pas parler. De là, les stratégies de l'entre-deux, du mi-dire, du pas-tout. « La vérité ne se dit pas toute » ne signifie pas que la vérité ne se dise pas. Se disant, si même pas toute, elle n'a pas à être montrée. Il n'y a pas de tables de vérité. Dire, c'est assembler ce qui est radicalement étranger à soi-même.

Déjà, le signifiant, dans le premier classicisme, émergeait à l'entrechoc du voilement et du dévoilement. Comme si le signifiant, et lui seul, permettait de franchir les Colonnes d'Hercule, entre dire et ne pas dire.

Au temps du second classicisme, l'éthique du bien dire se pose en symétrique inverse de la dernière thèse du Tractatus : « Sur ce dont on ne peut pas parler, il faut garder silence », Qu'il existe des x tels qu'on n'en peut parler, qu'il faille s'en taire, soit ; cependant le devoir est de bien dire. Or, bien dire, c'est conjoindre ce qui ne peut pas être conjoint.

Cette hétérologie parcourt l'œuvre. On a rencontré, à propos du mathème, la référence à l'orthé doxa platonicienne, au cross-cap, aux écritures russelliennes et antirusselliennes. Ce sont là des dispositifs antiwittgensteiniens, situés de part et d'autre d'une frontière donnée pour réelle et infranchissable ; c'est ce que Wittgenstein a toujours écarté : « pour tracer une frontière à l'acte de penser, nous devrions pouvoir penser les deux côtés de cette frontière (nous devrions donc pouvoir penser ce qui ne se laisse pas penser) ».

Mais, l'inconscient est précisément une frontière à l'acte de penser, dont la psychanalyse, dès Freud, se propose de penser à la fois les deux côtés. Dans l'objet freudien réside ce battement réel dont le mi-dire lacanien est le fidèle répondant. La Spaltung qui refend le sujet comme pensant (l' inconscient), l'hétérologie qui scinde et recoud les dits, sont solidaires, si la psychanalyse est vraie. Renoncer à l'une, c'est renoncer à l'autre. Or le nœud a entravé le mi-dire comme moyen du bien dire, ce qui est une abolition de l'inconscient. Si non seulement le silence est requis, mais aussi possible, c'est que la vérité ne parle pas et que l'inconscient n'existe pas. Si Wittgenstein l'emporte, si le nœud l'emporte sur l'écrit, Lacan n'est pas seul détruit.

L'abolition et le silence ont-ils établi leur empire ? Le Wittgenstein du Tractatus serait-il donc le Maître absolu ? le Signorelli de la pensée? Gorgias, contre Socrate, aurait-il triomphé (« il n'est rien ; d'ailleurs si c'est, c'est inconnaissable ; d'ailleurs si c'est et si c'est connaissable, ce n'est pas montrable aux autres ») ? Ou le scepticisme antique ?

Milner ne conclut pourtant pas cela, mais seulement à un dépérissement du second classicisme. La cause en est l'émergence du nœud, qui désamarre l'instance de la lettre ; celle-ci, bateau ivre, foisonne indéfiniment – sous le fanion de Joyce. Le programme, alors, est clair; après la fin du second classicisme, un seul problème demeure : quels rapports entretiennent (incompatibilité, équivalence ?), le « c'est montré » et le « c'est écrit » ?

La solution n'a pas été développée. Le problème n'est ici articulé que par un lecteur parmi d'autres. Au dessaisissement du second classicisme, il n'a pas été mis fin. L'aiguille s'est arrêtée entre deux positions. L'œuvre de Lacan est inachevée. Comparable aux grandes œuvres matérialistes.

De ce qui pouvait relever le second classicisme, nul ne doit rien assurer. Mais on peut assurer que le second classicisme était achevé et qu'il n'était pas le dernier mot.




[ Fin du résumé. Les commentaires suivront bientôt ... ]




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Français

L'A.L.S. (Analyse des Logiques Subjectives) est une méthode d’analyse des mots (lexèmes) d’un texte parlé ou écrit, inspirée par la psychanalyse, qui permet, sans recourir au non-verbal (intonations, gestes, mimiques), d’avoir une idée de la personnalité de l’auteur et de ceux qu’il peut espérer persuader ou séduire.

English
A.L.S (Analysis of Subjective Logics) is an analytical method concerned with the words (lexical items) of a spoken or written text. Drawing on psychoanalysis, it allows one, without resorting to the non-verbal (intonations, gestures, mimics, etc.), to get an idea of the personality of the author as well as of those one expects to persuade or to entice.

Deutsch
Die A.L.S (Analyse der Subjektiven Logiken) ist eine Untersuchungsmethode der Wörter (lexikalische Einheiten) eines gesprochenen oder geschriebenen Textes, mit einer Inspiration der Psychoanalyse, der erlaubt, ohne sich an das Nichtverbale (Intonationen, Bewegungen, Mimiken, u.s.w.) zu wenden, eine Idee der Personalität des Autors und derjenigen zu bekommen, die er zu überreden oder zu bezaubern hofft.

Português
A A.L.S. (Análise das Lógicas Subjetivas) é um método de análise das palavras (unidades lexicais) de um texto falado ou escrito, inspirado pela psicanálise, que permite, sem recorrer ao não-verbal (intonações, gestos, mímicas, etc.), ter uma idéia da personalidade do autor e daqueles que ele pode esperar persuadir ou seduzir.

Español
El A.L.S. (Análisis de las Lógicas Subjectivas) es un método de análisis de las palabras (lexemas) de un texto hablado o escrito, inspirado por la psicoanálisis, que permite, sin recurrir al no verbal (intonaciones, gestos, mímicas), tener una idea de la personalidad del autor y de aquellos a los que puede esperar persuadir o seducir.

Italiano
L'A.L.S. (Analisi delle Logiche Soggettive, è un metodo di analisi delle parole ("lexèmes") di un testo parlato o scritto, ispirata per la psicanalisi, che permette, senza ricorrere al no-verbale (intonazioni, gesti, mimici), di avere un'idea della personalità dell'autore e di quelli che può sperare di persuadere o sedurre.



Résumé : Blog de diffusion de textes et de discussions autour de l'Analyse des Logiques Subjectives, méthode linguistique originale d'analyse de discours partant des métaphores courantes et de la psychanalyse.

Abstract : Blog about "Analysis of Subjective Logics ", an original linguistic approach in discourse analysis.


Mots-clé : analyscience, linguistique, analyse de discours, métaphore, psychanalyse, Lacan, psychologie, psychologie sociale, psychose, paranoïa, schizophrénie, rhétorique, argumentation, épistémologie, poésie, littérature, Baudelaire, traduction, malentendu, expressions figées, Jean-Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, hystérie, obsession, phobie, angoisse, inconscient, rêve, rébus, subjiciel, machina subjectiva

Keywords : linguistics, "discourse analysis", metaphor, psychoanalysis, Lacan, psychology, social psychology, psychosis, paranoia, schizophrenia, rhetorics, argumentation, epistemology, poetry, litterature, Baudelaire, translation, misunderstanding, frozen expressions, Jean-Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, hysteria, fixed idea, phobia, anxiety, the unconscious, dream, rebus, subjiciel, machina subjectiva

Schlüsselwörter : Linguistik, Redeanalyse, Metapher, Psychoanalyse, Lacan, Psychologie, soziale Psychologie, Psychose, Paranoia, Schizophrenie, Rhetorik, Argumentation, Epistemologie, Poesie, Literatur, Baudelaire, Übersetzung, Mißverständnis, starre Ausdrücke, Jean- Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, Hysterie, Zwangsvorstellung, Phobie, Angst, Unbewusstes, Traum, Rebus, subjiciel, machina subjectiva

Palavras-chaves : linguística, análise de discursos, metáfora, psicanálise, Lacan, psicologia, psicologia social, psicose, paranóia, esquizofrenia, retórica, argumentação, epistemologia, poesia, literatura, Baudelaire, tradução, equívoco, expressões bloqueadas, Jean- Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, histeria, idéia fixada, fobia, inquietude, o inconsciente, sonho, rébus, subjiciel, machina subjectiva

Palabras-clave : lingüistica, análisis de discurso, metáfora, psicoanálisis, Lacan, psicología, psicología social, psicosis, paranoïa, esquizofrenia, retórica, argumentación, epistemología, poesía, literatura, Baudelaire, traducción, malentendido, expresiones cuajadas, Jean-Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, histerismo, obsesión, fobia, angustia, inconsciente, sueño, jeroglífico, subjiciel, machina subjectiva

Parola-chiave : linguistica, analisi di discorso, metafora, psicanalisi, Lacan, psicologia, psicologia sociale, psicosi, paranoia, schizofrenia, retorica, argomentazione, epistemologia, poesia, letteratura, Baudelaire, traduzione, malinteso, espressioni idiomatiche, Jean-Claude Milner. , Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, isterismo, ossessione, fobia, angoscia, inconscio, sogno, rebus, subjiciel, machina subjectiva
analyscience,
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28 juillet 2009 2 28 /07 /juillet /2009 22:00


[ Le début du résumé se trouve ici  ]

Référence : Jean-Claude Milner : L’Œuvre claire (Paris : Seuil. 1995)


CHAPITRE IV. Le second classicisme lacanien


1. Les instabilités du premier classicisme

Il est instable par la version qu'il donne du doctrinal de science :

– Instabilité due à l'historicisme : dans sa logique interne, le doctrinal de science n'est pas historisant, témoin la théorie du sujet. Mais en 1966 la version des Écrits recourt au vocabulaire de l'émergence inaugurale, elle est historienne, même s'il s'agit d'une stylistique historisants et que rien de substantiel n'en dépend. Le premier classicisme n'est pas synchrone de soi : la théorie de la coupure et la théorie du sujet ne se répondent pas.

– Instabilité due à la notion de mathématisation. Cette dernière doit être entendue comme littéralisation non quantitative. Ce qui le permet, c'est l'évolution de la mathématique : nommément, le bourbakisme. Or, il n'est qu'une des formes d'un mouvement plus général, reconstruisant la mathématique sur des fondements logiques assurés.

Le bourbakisme affirme trois choses, touchant la mathématique :

  • (1) elle est autonome à l'égard de la science galiléenne ;
  • (2) l'essence n'en est pas la quantité ; elle peut donc s'étendre à des objets non quantitatifs ;
  • (3) il y a une logique mathématique.

Or, Koyré suppose exactement le contraire :

  • (1') la mathématique est considérée seulement comme la servante de la mathématisation ;
  • (2') elle est à entendre au sens étroit qui seul, pour Koyré, intéresse la science moderne : la quantité ;
  • (3') il n'y a pas de logique mathématique (cf. Epiménide le Menteur).


L'affirmation (3') peut être jugée idiosyncratique et superflue aux thèses sur la physique. Mais même en admettant la légitimité de la logique mathématique, pour un koyréen conséquent sa mathématicité n'importe pas à la mathématisation en science. Le doctrinal de science ne saurait accorder d'importance à la logique mathématique en particulier et à l'axiomatisation de la mathématique en général.

Or, c'est là une position que le premier classicisme lacanien ne peut tenir :
   .
À cause du galiléisme étendu : la mathématique doit être littérale et non quantitative, or seule l'axiomatisation le permet.
   .
À cause de la théorie de la structure quelconque : la logique mathématique est supposée y jouer un rôle déterminant.

Le premier classicisme a besoin de la logique mathématique en général et de certaines de ses propositions particulières (le théorème de Gôdel). Il a aussi besoin du doctrinal de science. Or, les deux voies divergent.


– Instabilité due à la contradiction entre la science idéale du structuralisme, issue de l'epistèmè grecque, et l'idéal de la science du doctrinal de science, qui rejette l'epistèmè. Si ce doctrinal est interprété de manière non historisante, la synonymie du discriminant de Koyré et du discriminant de Popper devient décisive. Or, ce dernier est opposé à l'axiomatique antique et à toute forme de l'axiomatique du minimum. Paradoxe : la lecture non historisante est justement induite par le structuralisme.

– Instabilité due à l'imprécision de la notion de lettre, constitutive du galiléisme étendu, qui seule permet de passer de la mathématique aux sciences de la culture, puis à la psychanalyse : sa théorie n'est pas autonome relativement à celle du signifiant. L'Instance de la lettre énonce les deux théories en distinction, mais aussi en corrélation réciproque. Les propositions formulées en termes de lettre semblent pouvoir être formulées en termes de signifiant, et réciproquement. Cette équivalence devrait rendre redondante l'une des deux théories (minimalisme). Ou, s'il n'y a pas redondance, la réciprocité de la corrélation doit pouvoir être prise en défaut. Nul défaut n'étant mis au jour, les notions de lettre et de signifiant s'obscurcissent mutuellement ; ni le caractère signifiant ni le caractère littéral de la mathématique n'ayant de statut déterminé, affirmer que la mathématisation est une littéralisation n'est ni clair ni distinct.

– Instabilité due à l'évolution de la linguistique. Au temps de Rome, elle paraît science achevée, à la fois accomplie et stérile. Lacan la considère comme méthodologiquement exemplaire, mais comme ne pouvant rien lui apprendre de neuf. Cette double croyance est caractéristique du premier classicisme : la linguistique joue le rôle de garant, mais il n'y a rien à en attendre désormais.

Or, deux événements se produiront :
. La découverte des anagrammes de Saussure et sa conséquence pour Jakobson, qui s'autorisa à fonder, en termes de linguistique, une poétique entièrement nouvelle.
. L'émergence de Chomsky, qui prouvait que la linguistique structurale n'était pasaccomplie ; qu'il est d'autres voies pour le galiléisme en matière de langues; que du nouveau était possible dans la science du langage.

Tout est alors bouleversé : les anagrammes et la poétique importeront à la psychanalyse, mais recèlent quelque chose d'étranger au galiléisme, serait-il étendu. Chomsky se réclame du galiléisme non étendu, qui conduit à renaturaliser le langage (thème de l'organe). Dans sa méthode rien ne concerne plus le signifiant, ni la chaîne, ni la structure quelconque, dans sa nouveauté elle n'ajoute rien au baconisme, et dans ce qu'elle dit du langage rien n'est compatible avec la psychanalyse.

Le galiléisme étendu ne résistera pas à ces instabilités. Vers 1970 une seconde phase commence, "le second classicisme lacanien".

Le programme n'en a jamais été exposé complètement. En partant du premier classicisme, on peut déceler des déplacements, des suppressions et des adjonctions qui dessinent la configuration nouvelle.

Le doctrinal de science doit, en l'absence de galiléisme étendu, être reformulé. Par un paradoxe "dialectique", la fin du structuralisme a permis l'explicitation de l'antihistoricisme auquel il conduisait aux temps de sa force. En 1953 les prémices du structuralisme pouvaient passer pour l'émergence d'une figure nouvelle de la science moderne. En 1968, le structuralisme n'est déjà plus ; l'émergence était une fausse émergence. Lacan avait conclu des barricades que l'Histoire n'existait pas (ou plus). De là un scepticisme à l'égard des lectures historisantes du moderne.

Le doctrinal, épuré de l'historicisme et dépouillé du galiléisme étendu, n'a plus qu'un fondement : la littéralisation. Une théorie autonome de la lettre se fait indispensable. Elle affectera la théorie de la mathématique. Bourbaki avait établi la synonymie de la littéralisation à la mathématisation; cela permettait d'éclairer la première par la seconde ;  la seconde peut à son tour être éclairée par la première.

La conjecture hyperstructurale, maintenue, ne pourra paradoxalement plus s'appuyer sur un mouvement structuraliste. Lacan doit compter sur ses propres forces pour développer la théorie de la structure quelconque et celle de la différence pure. Ces deux théories ne sauraient plus toucher au transcendantal ; le structuralisme disparu, qui autorisait l'homonymie, le minimalisme de l'objet et des propriétés n'émettra nulle créance sur la métaphysique. La lecture synonymique de l'axiome du sujet perdra de sa fécondité ; l'axiome lui-même perdra de son importance. Le second classicisme peut, lui, s'autoriser la désinvolture à l'égard de la philosophie.

La linguistique, elle aussi, cessera d'importer. Demeurent quelques praticiens d'élection. que Lacan traitera en témoins précieux d'un art, et qui rencontrent les failles du sujet. Quant à Jakobson, le linguiste en lui le cédera au poéticien. Le théorème de Staline sera cantonné à l'adventice. Maïakovski plutôt que Staline, Joyce plutôt qu'aucun autre. La révolution ne change jamais la langue, avaient dit politiques et savants ; quelque sujet parfois change la langue, dira Lacan.

Les Scripta postérieurs à 68 relèvent de ce programme, moyennant quelques écrits de transition rétrospective (Radiophonie) ou prospective (dernières leçons du séminaire XX).


2. Le mathème

Notion-pivot du second classicisme, elle seule permet d'articuler les propositions touchant le doctrinal de science, la lettre, la mathématique et la philosophie. Elle a été développée par Lacan à partir de 1972 (L'Étourdit et le séminaire XX).

Citations : « ... ce langage de pur mathème, j'entends par là ce qui est seul à pouvoir s'enseigner... » ; « Le mathème se profère du seul réel d'abord reconnu dans le langage : à savoir le nombre » ; « La formalisation mathématique est notre but, notre idéal. Pourquoi ? – parce que seule elle est mathème, c'est-à-dire capable de se transmettre intégralement ».

D'emblée deux questions : la question particulière du mathème, de sa fonction et de sa forme ; la question générale de la mathématique et de son statut. La notion de mathème repose sur une thèse concernant la mathématique, et chaque mathème consiste en un prélèvement opéré sur l'ensemble des écritures mathématiques. Mais la distinction demeure : il y a chez Lacan des références à la mathématique qui ne relèvent pas de la doctrine du mathème, pour des raisons chronologiques (les Écrits précèdent L'Étourdit de six ans) et des différences structurales. Le surgissement du mathème a modifié la relation que Lacan entretenait à la mathématique, donc à la mathématisation. Le doctrinal de science est concerné en son principe.

2. 1. La fonction et la forme du mathème

Elles se trouvent déterminées par deux affirmations :

a) le mathème assure la transmissibilité intégrale d'un savoir ;

b) le mathème se conforme au paradigme mathématique.

La proposition (b) implique que le mathème sera à la mathématique ce que le phonème est à la phonématique : un atome de savoir, comme l'autre est un atome de phonie. Réciproquement, la mathématique sera au mathème ce que la phonématique est au phonème : une théorie des conditions générales de bonne formation d'un mathème, comme l'autre d'un phonème. Cela suppose que la phonématique sache définir ce qu'est la phonématicité, et la mathématique ce qu'est la mathématicité.

Pour la proposition (a), il faut mesurer que la transmissibilité intégrale comporte un enjeu, qui ramène au doctrinal de science.

Longtemps on a supposé nécessaire à la transmission intégrale du savoir l'intervention d'un sujet insubstituable – "un maître", dispensant à ses disciples par sa Parole et sa Présence le plus-de-savoir. Sans ce dernier ("la sagesse") qui doit inspirer une forme d'amour, et sans le maître qui en est le support, nulle transmission ne saurait s'accomplir intégralement. C'est le dispositif antique, lié à l'epistèmè.

Voilà justement ce qu'exclut la doctrine du mathème. Affirmer (a), c'est affirmer  :

  • 'il n'y a pas de maîtres', ou :
  • 'il n'y a pas de disciples', ou :
  • 'il n'y a pas de sagesse', ou :
  • 'il n'y a ni Parole ni Présence', ou :
  • 'il n'y a pas de sagesse au-delà du savoir'.

Ces exclusions sont le propre de l'univers moderne. Si l'on combine (a) et (b), on obtient la thèse sous-jacente :

  • 'la mathématique est le paradigme de la transmissibilité intégrale'.

Si la transmission de la science moderne ne requiert pas de maîtres (seulement des professeurs), c'est parce qu'elle se confie aux fonctionnements littéraux de la mathématique. Réciproquement, si la science moderne se confie entièrement aux fonctionnements littéraux de la mathématique, alors elle n'est pas une sagesse, et, dans l'univers de la science, il n'y a pas de maître, "maître" désigne seulement une position.

En vertu du théorème de Staline, les langues ne changent pas quand l'infrastructure change ; du monde antique à l'univers moderne, "maître" subsiste, au prix d'une homonymie. Le maître antique l'était en tant que terme insubstituable et le demeurait hors de toute position dans le lien social ; ses propriétés de terme étaient essentielles à le qualifier positivement. Le maître moderne ne l'est que parce qu'il occupe une position, où il est infiniment substituable, et ses propriétés de terme sont inessentielles et négatives ; il suffit qu'elles ne le disqualifient pas.

De là certains traits "anecdotiques" de la science "normale" :

. Statut précaire des noms propres, qui n'y sont admis qu'au titre de sténogrammes des propositions qu'on leur attribue
. Absorption inéluctable de la science par l'université : tout savant est substituable à un autre, mais par là il est homomorphe au professeur.

. Montée en puissance du professeur, commis à la transmission (littéralisée quand il s'agit de la science) ; moyen de cette transmission, s'il assure correctement sa fonction, on ne lui comptera pour vertus aucun de ses caractères personnels ; il est donc aisément remplaçable. Tout est affaire de position, non de sujet (dans la science qui se fait, dans la science des ruptures et des révolutions, il en va évidemment autrement).

Chez Lacan, la doctrine du mathème s'articule à une doctrine du maître comme pure position, seule compatible avec le doctrinal de science, et exposée dans la théorie des quatre discours (distinction entre termes et positions). L'absence de toute figure antique du maître était déjà implicite dans le retour à Freud : si, pour ressaisir le véritable objet de la psychanalyse, il convient de faire retour à Freud, alors quelque chose de la psychanalyse est immune à la différence de l'allemand au français. On peut traduire Freud mieux qu'il ne l'est, mais, moyennant commentaire et interprétation, on peut se dispenser d'une traduction qui ferait foi. Par ailleurs, l'on tient que l'objet de la psychanalyse est de part en part traversé par le langage, et par les langues ; cela n'empêche pas qu'il y ait de l'allemand de Freud au français de Lacan une possibilité de transmission intégrale.

La lutte contre l'Internationale de Londres et son establishment familial élargit la proposition : puisque Freud n'est pas un maître, la participation à sa Présence et à sa Parole ne constitue pas un titre. Mélanie Klein peut l'emporter sur Anna Freud. Lacan, qui n'a jamais rencontré Freud, peut l'emporter sur Marie Bonaparte. Quand, mathème, la lettre est devenue nécessaire et suffisante à la transmission, il n'est plus de couple maître-disciple, avec ses fidélités et trahisons ; les seuls appariements sont littéraux : « Marx et Lénine, Freud et Lacan ne sont pas couplés dans l'être. C'est par la lettre qu'ils ont trouvée dans l'Autre que comme êtres de savoir, ils procèdent deux par deux... ».

Au mathème et à la détermination positionnelle du maître s'articule le statut de l'École freudienne. Elle n'est que le corrélat institutionnel du mathème, et sa fonction consiste à assurer une transmission intégrale. Elle aura pour expression un recueil de mathèmes, intitulé Scilicet ('tu peux savoir grâce au mathème'), doté du modèle rhétorique de Bourbaki : anonymat des textes, à l'exception de Bourbaki dans un cas, de Lacan dans l'autre, témoignant d'un « intellectuel collectif », dont un nom unique sténographie le principe de rassemblement ;  l'imitation de Bourbaki scelle la prise de la mathématique sur la transmission du savoir. Ce formatage manifeste un projet : récrire «mathématiquement» la psychanalyse, de même que Bourbaki entendait récrire «mathématiquement» la mathématique. Que le nom d'École ait été préféré au nom de Société ou d'Institut tient donc à un élément non trivial de la doctrine.


'Je ne suis pas un maître, j'en occupe la position', voilà la conclusion que Lacan a tiré pour lui-même au moment où se déploya le dispositif de sa mathématisation.

2. 2. La lettre


Pourquoi la mathématique est-elle le paradigme de la transmissibilité ? À cause de la lettre.

Or, la lettre n'est pas le signifiant. Leur distinction, brouillée dans le premier classicisme, s'accentue et se parfait au cours du second :

– Le signifiant n'est que relation : il représente pour et il est ce pour quoi ça représente ; la lettre entretient des relations aux autres lettres, mais n'est pas que relations.

– N'étant que relation de différence, le signifiant est sans positivité ; la lettre est positive dans son ordre.

– La différence signifiante étant antérieure à toute qualité, le signifiant est sans qualités ; la lettre est qualifiée (elle a une physionomie, un support sensible, un référent, etc.).

– Le signifiant n'est pas identique à soi ; la lettre, dans le discours où elle prend place, est identique à elle- même.

– Le signifiant étant défini par sa place systémique, il est impossible de le déplacer ; il est possible de déplacer une lettre ; l'opération littérale par excellence relève de la permutation (ex : les quatre discours).

– Le signifiant ne peut être détruit : tout au plus peut-il « manquer à sa place » ; la lettre, avec ses qualités et son identité, peut être raturée, effacée, abolie.

– Nul ne peut refermer la main sur un signifiant, puisqu'il n'est que par un autre signifiant; mais la lettre est maniable, sinon empoignable.

– La lettre est transmissible; elle transmet ce dont elle est, au sein d'un discours, le support ; un signifiant ne se transmet pas et il ne transmet rien : il représente le sujet pour un autre signifiant.

– Le signifiant n'est pas d'institution; qu'on le dise arbitraire (Saussure) ou contingent (Lacan), il n'a pas de raison d'être comme il est, parce qu'il n'a pas d'identité à soi. La lettre relève toujours d'une déclaration ; elle a toujours une raison d'être ce qu'elle est, même par pure et simple décision ; elle ressortit toujours à un discours (« La lettre radicalement est effet de discours ») ; elle n'est rien sans ses règles de maniement, mais ces règles étant données, chaque lettre est ce qu'elle est ; elle a un soi.

– Les règles du maniement peuvent se dire ; celui qui les dit occupe, le temps qu'il les dise, la position d'un maître du jeu de lettres. Il n'y a pas de maître des signifiants ; il n'en est pas d'inventeur.

– Le signifiant relève de la seule instance S ; mais la lettre noue R, S et I, qui sont hétérogènes.

– Tout ce qui concerne le signifiant se dit dans un vocabulaire de la chaîne et de l'altérité : S1 (un signifiant), S2 (un autre signifiant) ; $ (le sujet barré par le battement de SI à S2); a (ce qui tombe par l'effet de barre). Tout ce qui concerne la lettre se dit dans un vocabulaire de la rencontre, du coinçage, du contact, de l'entre-deux : la géométrie de la ligne, la topologie, la logique des quantificateurs, qui ont servi à articuler la doctrine du mathème, en tant que le mathème ressortit à la lettre.

 Signifiant Lettre
 n'est que relation  n'est pas que relation
sans positivité
positive 
sans qualités
qualifiée
non identique à soi
identique à soi
 impossible à déplacer déplaçable : permutation
 ne peut être détruit

peut être détruit

 non empoignable empoignable
 intransmissible ; il ne transmet rien
transmissible ; elle transmet
n'est pas d'institution
relève d'une déclaration
pas de maître des signifiants 
maître du jeu de lettres
 relève de la seule instance S
 noue R, S et I, hétérogènes
vocabulaire de la chaîne et de l'altérité
vocabulaire du coinçage, de l'entre-deux

[Jean-Jacques Pinto : Ce tableau, que j'ai établi par commodité à partir du texte, ne figure pas dans l'ouvrage original]

On comprend ainsi que Lacan le définisse une orthè doxa, si l'on ramène ce concept à sa source platonicienne. Il s'agissait là de tracer sur une ligne un segment intermédiaire entre deux hétérogènes : agnosia et epistèmè.

Une version topologique de la géométrie linéaire de Platon est le cross-cap de L'Étourdit : coudre l'un à l'autre deux hétérogènes, un lambeau sphérique sur un lambeau asphérique, une rondelle sur une bande de Mœbius.


Version logique : les paradoxes du Tout, où s'écrit la doctrine de la sexuation. Deux lignes s'y heurtent ;

– l'une note, dans une symbolique russellienne, la structure du Tout comme limité en combinant deux propositions : on ne peut dire « pour tout x, Φx » que si l'on peut dire aussi « il est un x tel que non-Φx » ;

– l'autre note, dans une symbolique antirussellienne , la structure de l'illimité à quoi ne convient pas le nom de Tout : si l'on doit dire « il n'est pas de x tel que non-Φx », alors la marque du tout doit être barrée : « pour pas-tout x, Φx ».

Le mathème ne consiste en aucune des propositions ni paires prise isolément, mais dans la confrontation des deux paires irréconciliables.

C'est le type le plus général du mathème : nécessité de l'hétéroclite dans le calcul sexuel, possibilité et nécessité du mathème venant de ce que l'être parlant est sexué.

Dans la référence à l'orthè doxa, il y a plus à déchiffrer
. Platon l'oppose à l'epistèmè par le lien : « c'est par cela que la science a plus de valeur que l'opinion droite : c'est par le lien qu'elle s'en distingue »

Les mathèmes de la psychanalyse ne se lient pas entre eux. Chacun d'eux coud ensemble des hétérogènes, chacun est hétéromorphe à chaque autre. Il n'est pas de passage littéral de l'un à l'autre : impossible de calculer un mathème à partir d'un autre. La permutation dans les quatre discours est interne à un mathème unique. Aucune des quatre lignes du mathème sexuel ne s'obtient par transformation à partir d'une autre. Les mathèmes ne se somment pas en un corps de science.

Conclusion : dans le mathème, Lacan reprend tout du paradigme mathématique sauf la déduction. Le mathème est un calcul local ; on peut en tirer toutes les propositions qu'il autorise, mais seulement celles-là. Comme d'un mathème on ne peut
en tirer aucun autre, ces propositions nouvelles sont non mathématiques et purement descriptives : un mathème lacanien fonctionne comme une matrice de production de propositions empiriques.

Le mathème dit la prise formelle de la mathématique sur la psychanalyse, mais n'en retient que la littéralité, disjointe de la chaîne des raisons. Le calcul local par la lettre n'est permis que par le suspens qu'elle impose aux chaînes de raisons.


3. La mathématique

Le mathème repose sur une caractéristique commune à tout ce que Lacan emprunte aux lettres mathématiques. Il retient dans ces lettres ce qu'elles articulent de suspensif, c'est-à-dire d'impossible : l'infini comme inaccessible, la théorie du nombre comme traversée de la faille du zéro, la topologie comme théorie arrachant la géométrie à toute esthétique transcendantale.

Par cette réduction, on obtient la définition de la mathématique comme science du réel, en tant que le réel dénomme la fonction de l'impossible. Le théorème de Gôdel sera souvent cité à cet égard, mais Lacan se borne à y lire la démonstration qu'il existe des propositions indécidables en arithmétique.

Plus structurale, la référence à l'intuitionnisme (n'admettre en mathématique que ce qui se laisse intuitionner comme produit d'une construction positive). Lacan retient le rejet de toute démonstration apagogique [raisonnement par l'absurde]. Les philosophes de la mathématique ont pu soutenir que la légitimité de celle-ci touchait à l'essence de la déduction mathématique. Mais pour Lacan l'apagogique repose sur l'enchaînement des raisons, qui est le propre de l'imaginaire.

La mathématique sans la déduction ni l'apagogique, réduite à ses seules lettres, fonctionne dans les références dispersées et multiples à la mathématique; voilà ce qui constitue pour Lacan la pertinence de la mathématique à l'égard de la science moderne.

Le second classicisme n'a pas renoncé à Galilée. Il réaffirme le doctrinal de science. Mais désormais la mathématisation est épurée d'Euclide et du more geometrico. Elle est devenue non grecque. Elle importe non par les chaînes de raison, mais par le calcul (zones circonscrites de littéralité).

Le mathème permet à Lacan de réaffirmer le geste de la mathématisation, et éclaire les fondements du doctrinal de science, tels qu'ils doivent être pour que la psychanalyse en relève. Le mathème de la psychanalyse fragmenté, local, refermé sur quelques lettres restreintes, ne s'excepte pas de la mathématisation requise depuis Galilée, mais la met crument au jour.

La science moderne convoque la mathématique, mais en retire ce qui constituait son essence : le more geometrico, la démonstration et toute espèce de lien. La mesure n'est qu'un résidu. Seul fonctionne le calcul.

On retrouve autrement la ligne de partage entre l'epistémé et la science.

Dans la première, le lien est d'autant plus déterminant (cf Platon) qu'il est moins localisé, et seul un raisonnement général lui permet d'échapper à la dépendance topique. Ine science particulière (dialectique ou logique) doit en établir les formes générales Les mœurs euclidiennes en offrent l'illustration. « Longues chaînes de raisons », vaste étendue des espaces de propositions, continuité des liens qui les unissent.

Dans la seconde, le lien n'importe pas, ni la démonstration, mais le calcul, qui est local. Il opère sur des lettres, fixées par un discours et combinées suivant des règles explicitables, pour produire une combinaison littérale nouvelle ; mais ces règles valent pour un type de calcul donné. Dans la mathématisation lacanienne de la psychanalyse, le calcul littéral est si  peu déductif, si local que son efficace se limite au seul lambeau d'écriture où il se donne à lire.

N'est-ce pas là un néant de mathématique ? Les mathématiciens et la tradition philosophique répondraient oui ; mais Lacan affirme que sa mathématique est licite et propre à autoriser une mathématisation, mais de plus que cet usage met au jour l'essence de la mathématicité. Avec le mathème, il en propose une définition nouvelle et scandaleuse, qui repose sur une localité intrinsèque découlant de la lettre.

Il se pense conforté dans sa doctrine par la pointe du projet bourbakiste, importanc rhétoriquement dans le formatage de Scilicet. Le mathème ne se soutient que si l'on admet l'interprétation intégralement littéralisante que donne Lacan de ce programme : une mathématique fondée sur le calcul, en tant qu'il n'est pas une déduction, et sur la lettre, en tant qu'elle n'est pas un signe : « Mettons ensemble des objets [ ... ] hétéroclites, et donnons-nous le droit de désigner cet assemblage par une lettre. C'est ainsi que s'exprime à son début la théorie des ensembles. [ ... ] [les auteurs] prennent bien soin de dire que les lettres désignent des assemblages. C'est là qu'est leur timidité et leur erreur – les lettres font les assemblages, les lettres sont, et non pas désignent, ces assemblages [ ... ] »).

Pour Lacan, Bourbaki n'est pas encore assez bourbakiste, car il use de la déduction comme de l'apagogique, il affirme la continuité depuis les Grecs de la démonstration mathématique. Sans doute en propose-t-il une version littéralisée à l'extrême, mais Lacan refuse cette continuité. Il installe, en lieu et place de Bourbaki, une figure autre, "l'hyperbourbakisme"., comme il avait au structuralisme adjoint une hypothèse hyperstructurale.

Là où la mathématique s'autorisait de la cohérence rationnelle des Grecs, Bourbaki s'autorise de la seule consistance littérale, mais la répute homogène à la précédente. Lacan, s'appuyant sur l'hyperbourbakisme, ajoute : s'il y avait consistance littérale, elle serait imaginaire, car toute consistance est variante du lien; mais il n'y a pas de consistance littérale, parce que la littéralité n'est pas de l'ordre de la consistance.

La fonction spécifique de la mathématique pour le mathème, telle que Bourbaki l'articule et telle que Lacan, hyperbourbakiste, la désarticule, est de proposer un trésor de matériaux pour une théorie non imaginaire et non qualitative de la pensée.

Le problème général de la psychanalyse est qu'il y ait de la pensée qui ne réponde pas aux critères imaginaires et qualitatifs de la pensée (cohérence, tiers exclu, etc. : Aristote). Seulement alors on peut soutenir l'équation des sujets et  l'identité du sujet du Cogito et du sujet freudien. La psychanalyse doit construire une théorie de la pensée qui intègre, non comme une extension, mais comme constitutive, la pensée disjointe des régulations imaginaires. Chez Freud, cette théorie est  négative; le positif sur ce point n'est pas théorie, mais modèle énergétique ou biologique. Lacan a l'ambition d'une théorie positive, qui, par-delà l'imaginaire de la pensée, touche à son réel.

La mathématique et toutes les disciplines formelles sont convoquées à accomplir ce programme, mais leur extension a varié.

Dans le premier classicisme, y figurent les disciplines majeures du galiléisme étendu. La linguistique est censée mettre au jour les mécanismes d'une pensée non réflexive, non consciente, non aristotélicienne. La mathématique bourbakiste, la logique russellienne et postrussellienne, l'anthropologie lévi-straussienne concourent au même dessein. L'homogénéité de leurs formalisations est une hypothèse du discours de Rome.

Dans le second classicisme, l'homogénéité est rompue. Seule demeure la mathématique dans sa lecture hyperbourbakiste. Tel est l'axe majeur d'une théorie de la pensée non imaginaire. Le mathème met en lumière son statut décisif. Rien n'aurait été possible sans le galiléisme étendu. Celui-ci n'aurait pas été possible sans Bourbaki, qui seul a poursuivi le dessein par quoi la mathématique est disjointe de la quantité. Supposition nécessaire à ce que les structuralismes, dont la linguistique, soient mathématiques sans comporter ni mesure ni déduction logico-mathématique. Mais quelque chose change du rapport de Rome à L'Étourdit.

1) Lacan a disjoint du symbolique généralisé l'instance spécifique de la lettre ; le symbolique encore humaniste de Rome se ramèné à son écorché : la lettre S dans RSI.

2) il a thématisé explicitement le littéralisme dans la mathématique qui, encore tissue à Rome de rationalité, devient un amas inconsistant d'écritures dispersées.

3) il a restreint la mathématisation dans la science moderne, supposée piquer au vol dans les amas d'écritures ce qui permet, au coup par coup, de translittérer quelque ligne de l'univers ; si la physique mathématisée était unifiée, la mathématique de sa mathématisation n'aurait pas à l'être, parce que la mathématique en elle-même ne l'est pas.

4) en matière de lettres de science, il n'accepte plus que la mathématique stricte, pure, relue par l'hyperbourbakisme. Non seulement la logique mathématique y est incluse, mais elle en donne le type le plus épuré : par elle l'euclidisme n'est rien et le nerf réel des "démonstrations" est un calcul sur des lettres. Cette logique est à bon droit "mathématique", non parce qu'elle a la mathématique comme branche (logicisme), non parce qu'elle parle de la mathématique et la légitime (métamathématique), mais parce qu'elle exhibe ce qui définit la mathématicité. Il n'y a pas contradiction à dire que la science du réel soit la mathématique ou la logique : dàns l'une et l'autre expression, il est question de la même propriété – la littéralité.

Loin de l'hostilité de Koyré pour la logique, la logique mathématique devient le schibboleth de la science; non par ses méthodes et ses résultats, mais parce qu'elle porte au jour l'essence de la mathématicité. Ainsi se réduit l'une des instabilités graves du premier classicisme.

Mais ce succès se paie par un changement de discours. Dans L'Étourdit, la mathématique n'est que lettres, les lettres de science ne sont plus que calcul. La linguistique, Lévi-Strauss, le structuralisme ne tiennent plus en face de la moindre écriture mathématique. Le mathème est l'indice, l'effet et le nom de ce changement. Il devient licite et nécessaire, car le champ mathématique n'est plus que littéralisation et qu'il n'y a plus de littéralisation de science hors du champ mathématique.

De la mathématique hors champ, référée au symbolique, Jakobson avait été le héraut. Le séminaire XX est un adieu à cette figure ancienne. C'est ce que signale le thème de la « linguisterie ». Les linguistes reconnus ne sont plus, comme jadis, des mathématiciens, mais pourraient se révéler des sujets en exil.

Le rapport de Rome songeait à une mathématique si consistante qu'elle pouvait étendre son empire. De la théorie des ensembles on concluait sans solution de continuité à Freud, en passant par Jakobson ou Lévi-Strauss. Encore conclut à une fermeture du portail ; "Bourbaki", après avoir résumé tous les sésames, se transforme en son contraire et appose définitivement les scellés.

L'ensemble des Écrits était soumis au programme de la mathématique étendue. A présent rien de ce qui y est mathématisé n'est directement conforme au mathème, qui détermine une configuration radicalement exclusive de ce qui s'annoncait en 1953 et demeurait vivace en 1966.

A strictement parler, il n'y a mathème qu'avec et après L'Étourdit. Même la théorie des discours ne répondrait pas entièrement aux conditions. La traiter en mathème relèverait d'un forçage rétroactif, pratiqué pour les lettres du premier classicisme, tantôt rectifiant, tantôt confirmant. Le second classicisme peut se saisir du premier et le reconvertir en mathèmes dérivés. Il n'y aurait dans la psychanalyse qu'un mathème primaire : les écritures sexuelles, dans le droit fil de Freud : la psychanalyse ne dit qu'une seule chose, qu'il y a quelque sexe. Ainsi Lacan se plait-il à parler du mathème au singulier autant qu'au pluriel. Dans le second classicisme, la mathématisation est plus que jamais requise, si elle est supposée possible, c'est par une mathématique refermée sur sa propre fragmentation ; si elle est accomplie, c'est par un pur coup de lettres.





4. La visibilité du littéral

Or, il existe le nœud borroméen, ainsi défini : de trois ronds noués ensemble, il suffit qu'un ne tienne pas et tous les autres se dispersent. Mais c'est là le propre du littéral, plus précisément du littéral mathématique.

Peu après L'Étourdit, qui introduit le mathème, peu après la lecture hyperbourbakiste de la mathématique, le nœud est dit « le meilleur support que nous puissions donner de ce par quoi procède le langage mathématique ».  Trois propositions sont  avancées :

1) le mathématique du mathème est détaché de la déductivité, réputée à la fois acquise et sans portée ; on se trouve ici au c
œur du second classicisme.

2) ce mathématique consiste en un littéral pur : le maniement des lettres, et non le commentaire parlé (les chaînes de raisons).

3) c'est le borroméanisme qui en est le support, puisqu'il suffit qu'un rond ne tienne pas pour que les autres se dispersent, propriété jugée le meilleur et le seul analogue de la propriété définitoire du littéral.

D'autre part le nœud borroméen se révèle propre à mathématiser le ternaire du réel, du symbolique et de l'imaginaire, dans lequel se trouve résumé le noyau dur du programme de Rome (premier classicisme). Jusque-là, la doctrine pouvait déterminer ce qu'elle entendait par ces termes, sans rien articuler de robuste sur leur mode de coexistence. Désormais, le nœud borroméen  offre la solution la plus claire et la plus féconde.

Auparavant, les majuscules R, S, I étaient de simples abréviations, initiales commodes. Devenues labels de ronds noués, elles sont prises dans une loi réelle qui les contraint. Elles permettent de calculer des catégories classiques de l'expérience (inhibition, symptôme, angoisse, jouissance). Elles sont devenues des lettres. Le substrat commun aux deux classicismes se laisse inscrire dans le dispositif borroméen ; la doctrine se laisse décliner à partir d'une matrice infiniment féconde.

L'équation des sujets trouve enfin son élucidation complète. De ses trois affirmations, la première n'avait jamais reçu de statut précis : que la psychanalyse opère sur un sujet. Tout est par ailleurs établi : que ce sujet soit le sujet cartésien déterminé par la science, qu'il soit représenté par un signifiant pour un autre signifiant. Mais l'affirmation elle-même, que signifie-t-elle ?

Grâce au nœud, Lacan la déclare une hypothèse, l'hypothèse de Lacan :

  • « [...] l'individu qui est affecté de l'inconscient est le même qui fait ce que j'appelle le sujet d'un signifiant »).
L'équation des sujets identifiait le sujet de la science et le sujet sur quoi opère la psychanalyse, parce qu'ils ne faisaient qu'un avec le sujet du signifiant ; par l'hypothèse de Lacan l'expression « sujet sur quoi opère la psychanalyse » est à dédoubler :

  • il y a l'individu affecté d'un inconscient, que rencontre la pratique analytique ;
  • et il y a le sujet tel que la théorie de la structure quelconque le définit : c'est le sujet d'un signifiant.

Il n'y a pas deux sujets qui ne font qu'un, mais un seul sujet et un individu qui, radicalement distinct du sujet, coïncide avec lui. La distinction est irréductible et être le même signifie être l'Autre.

On voit la doctrine :

–    Prémisse 1 : 'le sujet de la science est le sujet d'un signifiant' (hypothèse du sujet du signifiant, premier puis second classicisme).

–    Prémisse 2: `'le sujet d'un signifiant coïncide avec un individu affecté d'un inconscient' (hypothèse de Lacan, second classicisme).

–    Prémisse 3 : 'la psychanalyse opère sur un individu affecté d'un inconscient' (hypothèse de Freud).

–    Conclusion : 'la psychanalyse dans sa pratique rencontre par coïncidence un sujet'.

Élucidation, ou plutôt d'une suppression (Aufhebung) : l'équation des sujets se défait à l'instant même où elle trouve son statut. Le pivot en est conservé, mais ce qui s'énonçait en termes équatifs s'énonce en termes de coïncidence et de rencontre.

Le nœud éclaire ces termes : il s'agit du nouage borroméen d'une détermination réelle (le sujet), d'une détermination imaginaire (l'individu), d'une détermination symbolique (le signifiant).

La définition du signifiant éclaire ce qu'est un sujet, et elle y suffit : rien de plus n'est nécessaire et notamment pas le sujet métaphysique.

L'axiome du sujet n'a plus ni statut ni utilité, puisque le sujet est d'emblée inclus dans le signifiant comme tel.

Il ne s'agit pas d'un renversement. L'axiome et l'équation distinguaient individu et sujet ; la théorie du nœud permet d'articuler qu'ils se superposent, mais dans la logique borroméenne, donc dans la stricte mesure où ils sont absolument hétérogènes. L'hypothèse de Lacan redit dans le langage de la rencontre ce que dit l'axiome du sujet dans le langage de la distinction, mais rend cet axiome superflu.


Au déclin de l'axiome répond la non-pertinence du sujet métaphysique. La référence à la pensée perd de son urgence : « l'inconscient, ce n'est pas que l'être pense » ; en effet « l'homme pense avec son âme, c'est-à-dire [ ... ] avec la pensée d'Aristote ». Il n'est de pensée qu'imaginarisée et qualifiée, dont l'inconscient n'a rien à faire. À relier à la proposition « le signifiant est bête », d'où l'on pourrait tirer 'le signifiant ne pense pas' ; on n'admet plus que le signifiant articule la pensée sans qualités, parce qu'elle n'existe pas.

Réciproquement, le « sans qualités » requis par la science ne s'appelle plus pensée. Lacan, revient à Freud, mais aussi à Marx : l'inconscient comme « savoir qui ne pense pas, ni ne calcule, ni ne juge, ce qui ne l'empêche pas de travailler ». La définition de l'inconscient comme un « ça pense » est déplacée avec violence.

Si n'existe que la pensée d'Aristote, le sans-qualités doit changer de nom. Le travail de l'inconscient, du signifiant, c'est le travail indifférencié et sans phrases dont Le Capital de Marx a produit la théorie, le travail sans qualités. Le sujet supposé au savoir inconscient – sujet sans qualités – peut être dit « le travailleur idéal ».
.
Si le signifiant est disjoint de la pensée (désormais inséparable des qualités), le sujet sans qualités est sujet du signifiant, non de la pensée ; il s'abolit en individu imaginaire dès qu'il pense quoi que ce soit, notamment « je suis ». Le Cogito, contrairement au premier classicisme, n'est pas émergence, mais immersion du sujet. Au logion 'ça pense où je ne suis pas' est substitué le quasi-logion 'Là où ça parle, ça jouit et ça sait rien'. Le ça parle et "lalangue", forme substantivée du ça parle, absorbent le ça pense.

Lacan donne congé au cartésianisme radical et aux échappées transcendantales. Une fin de non-recevoir est définitivement opposée aux Cahiers pour l'Analyse.

Grâce au nœud, le second classicisme paraît intégrer le premier. Le nœud absorbe la mathématique en sa littéralité. Les difficultés liées au doctrinal de science sont tenues pour réglées : la psychanalyse est en droit mathématisée et sait épeler ce que veut dire mathématisation. Le galiléisme étendu est inutile. La théorie de la structure quelconque devient la théorie régionale du seul rond S. L'équation des sujets, où elle rencontrait le doctrinal de science, est éclairée et défaite.

Mouvement idéal que célèbre l'histoire des sciences : les instabilités d'un premier modèle amènent l'émergence d'un second, où elles sont résolues. Le nœud borroméen donne au mathème force et confirmation, et ouvre la voie royale de la psychanalyse dans son rapport à la science moderne.



5. L'antiphilosophie

La psychanalyse est discours du sujet, mais n'a plus besoin de la philosophie pour faire entendre ce qu'est un sujet. La philosophie lui est inutile, et même nocive. C'est le moment de l'antiphilosophie.

Le mot a surpris. Là où Freud était plus disposé à s'appuyer des lettres et des arts, Lacan faisait constamment  référence aux philosophes. Avait-il décidé de se démentir lui-même ?

Le thème naît avec la réorganisation, en 1975, du département de psychanalyse de Paris-VIII. Il resurgit en 1980 dans une polémique engagée par L. Althusser. Mais rien des circonstances d'anecdote ne légitime un mot aussi violent. Les causes sont à rechercher dans le second classicisme, dans le mathème.

Longtemps Lacan hésita à s'inscrire dans l'Université. Après 1970, il accepta qu'un département se réclamât directement de lui. Changement de causes multiples.  Lacan semblait interpréter le bouleversement de l'institution universitaire française en 1968 comme une décadence, et en conclut qu'il ne coûterait plus grand-chose d'utiliser les moyens encore disponibles au sein d'une institution obsolescente.

De plus, l'institution universitaire repose sur un acte de transmission ; la légitimité d'un département universitaire se soutient donc d'une doctrine assurée de la transmissibilité de la psychanalyse. L
'Université a pu devenir un lieu approprié à l'enseignement de Lacan parce que la doctrine du mathème était désormais complète. L'activation de la voie universitaire requiert le second classicisme comme sa condition nécessaire.

Or, la réorganisation du département se résume sous le chef de l'antiphilosophie, qui est donc seulement un autre nom du mathème.

La thèse est :

  • `il y a mutuelle exclusion entre la philosophie et le mathème de la psychanalyse'.

L'argument  prend à la lettre ce que tant de philosophes disent : qu'ils dépendent de la philosophie grecque. Or celle-ci est nouée au monde de l'epistèmè, qui n'est entièrement autorisée que par la philosophie. En retour, le philosophe ne peut être indifférent à l'epistèmè (qu'il nie ou affirme sa possibilité), à ce savoir qui requiert l'âme et la convoque.

Le mot "philosophie" touche aux fondements d'un tel monde. Le nécessaire, la ressemblance, l'âme, voilà ce que la philosophie et l'epistèmè déploient ; le nom qui les résume est "sophia", cette sagesse qu'il faut aimer comme soi-même (philein). La science moderne renonce à celà. La psychanalyse déploie cette renonciation. Elle est donc l'inverse de la philosophie.

Conclusion :

'il n'y a pas de philosophie qui soit intégralement synchrone de la science moderne, en serait-elle contemporaine'.

La philosophie contemporaine de la science moderne témoigne de dispositifs qui lui sont étrangers ; d'où son apparentement à la mathématique, pour peu qu'elle ne soit pas définie en termes langagiers.

Mais la psychanalyse est synchrone de la science moderne, donc d'un autre temps que la philosophie. Pour dire sa propre synchronie, elle ne disposait plus, après Freud, que du langage adultéré de la science idéale. Dans le premier classicisme, Lacan use de la philosophie pour insérer un coin entre la psychanalyse et la science idéale de Freud. En témoignent l'axiome du sujet et son homonymie métaphysique.

Le recours de Freud à la culture humaniste – littérature, histoire, archéologie – n'avait pas suffi, surtout après l'effondrement des contrées où l'humanisme classique avait longtemps survécu. La science idéale avait gagné en puissance depuis 45. La victoire de la démocratie libérale des ingénieurs et des marchands était aussi celle de la plus obtuse des sciences.


Pour le retour à Freud et contre le scientisme dévoyé de l'Internationale, les armes de la philosophie étaient désormais plus fortes que celles de la culture. Pour montrer son appartenance à l'univers de la science, Lacan dissout la fausse appartenance construite par la psychanalyse anglophone. À cette fin, la philosophie seule se présente, dans l'ordre de la systématicité et de la démonstration, comme Autre que la science.

L'usage alors répété de la philosophie par Lacan ne contredit pas la mutuelle exclusion avec la psychanalyse, mais la suppose. L'usage de la philosophie est le revers exact de l'antiphilosophie, qui en est l'avers.

Un retournement s'est produit, avec la création du mot, de la pile à la face. Lacan a sans doute jugé gagnée sa première bataille contre la science idéale des WASP. Grâce peut-être à des causes externes : 68, qui aurait mis un point d'arrêt à son expansion. Peut-être aussi le LEM alunissant, irruption du réel réussie par la science, qui la délivre de ses lestages imaginaires pour la convoquer à sa seule mathématisation.

Il s'y s'adjoint une cause interne : l'émergence du mathème, consolidé par l'apparition du nœud. Au temps du premier classicisme, le nom d'antiphilosophie, qui concerne spécifiquement la transmission, n'a pas à être proféré parce que la transmissibilité intégrale de la psychanalyse n'a pas été abordée de front. Durant cette période, Lacan maintient haut la relation de la psychanalyse à la science moderne et use incessamment d'objets mathématiques, mais ne dit pas que la seule transmission possible s'opère par la lettre mathématique, parce qu'il n'a pas entièrement autonomisé la doctrine de la lettre et qu'il ne définit pas la mathématique par la lettre.

Dès que sont proférées les thèses touchant la lettre, la mathématique et la transmission, le retournement peut s'accomplir : « Pour être le langage le plus propice au discours scientifique, la mathématique est la science sans conscience dont fait promesse notre bon Rabelais, celle à laquelle un philosophe ne peut que rester bouché » ; « L'avènement du réel, l'alunissage s'est produit [ ... ] sans que le philosophe qu'il y a en chacun par la voie du journal s'en émeuve... »  ; « Je m'insurge, si je puis dire, contre la philosophie. Ce qui est sûr, c'est que c'est une chose finie. »

Alors, après avoir fréquenté les textes philosophiques, lu Hegel, traduit Heidegger, commenté Platon et Descartes, cité Aristote et saint Thomas d'Aquin, Lacan invente un mot que les philosophes ont pris pour une injure.

Il en va de la philosophie comme de la politique  : « La métaphysique n'a jamais rien été et ne saurait se prolonger qu'à s'occuper de boucher le trou de la politique. ». Car la politique aussi se révèle désynchronisée de l'univers moderne.

Parlant d'État, de démocratie, de domination, de liberté, elle parle grec et latin. Par cette fondamentale dyschronie, elle appelle de la part de la psychanalyse une indifférence de principe. Elles n'appartiennent ni au même monde ni au même univers.

De même que la science et la politique n'ont rien à faire ensemble – sinon commettre des crimes, de même la psychanalyse n'a rien à faire avec la politique – sinon dire des bêtises. Telle était la position de Freud : « agnosticisme politique », « indifférence ». Antipolitique parallèle à l'antiphilosophie.

L'indifférence ne conduit pas nécessairement à se taire sur ce dont la politique parle. Lacan n'est pas demeuré toujours muet à cet égard : la théorie des quatre discours est une intervention dans le champ empirique des objets dont la politique s'occupe. Elle ne corrige en rien la radicale indifférence de Freud, puisque les propos politiques les plus opposés peuvent y apparaître comme les valeurs différentes d'une même variable.

Il y a de même une radicale indifférence philosophique de la psychanalyse. Tel est le ressort des surabondantes références au corpus philosophique. Il faut être profondément indifférent en philosophie pour user avec autant de liberté, d'autant de concepts et d'allusions, et considérer que la philosophie forme une constellation de textes étincelants, mais pas une pensée. On retrouve l'antiphilosophie, sous la forme de la culture philosophique la plus étendue.

Comme pour l'indifférence politique, l'antiphilosophie ne doit pas empêcher de parler de ce dont parle la philosophie. La psychanalyse a non seulement le droit, mais le devoir de parler de ce dont parle la philosophie, parce qu'elle a exactement les mêmes objets.

Son point d'intervention est le passage de l'instant antérieur où l'être parlant pourrait être autre qu'il n'est, à l'instant ultérieur où du fait de sa contingence même, il est devenu pareil à une nécessité éternelle. La psychanalyse ne parle que de la conversion de chaque singularité subjective en une loi aussi nécessaire que les lois de la nature, aussi contingente qu'elles et aussi absolue.

Or, la philosophie n'a cessé de traiter cet instant, elle l'a proprement inventé; mais le décrit par les voies du hors-univers. Or, la psychanalyse maintient qu'il n'y a pas de hors-univers. Là seulement réside ce qu'il y a de structural et de non chronologique dans sa relation à la science moderne.

Donc la philosophie et la psychanalyse parlent de la même chose en termes d'autant plus identiques qu'ils visent un effet opposé. Le mot "antiphilosophie" est construit comme le nom d'Antéchrist – tel qu'avant Nietzsche le présentait saint Jean : « Ils sont sortis du milieu de nous, mais ils n'étaient pas des nôtres ».

Ainsi pourraient parler des lacaniens les philosophes : l'Antéchrist doit parler exactement comme le Christ. Son discours requiert le discours dont il n'a que faire, il lui ressemble absolument, il parle des mêmes choses, en usant des mêmes termes, et cela parce qu'il n'a aucun rapport avec lui.

La différence avec saint Jean, c'est que les modernes ne croient pas à la finitude, donc au Jugement dernier. Si l'Antéchrist et le Christ poursuivent la disparition l'un de l'autre, c'est parce que les Temps sont proches. Pour l'antiphilosophie et la philosophie, en revanche, les temps sont ouverts, infiniment. Dans cette infinité, leur mutuelle exclusion se convertit en un enveloppement réciproque.



[ À suivre ici ]



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Français

L'A.L.S. (Analyse des Logiques Subjectives) est une méthode d’analyse des mots (lexèmes) d’un texte parlé ou écrit, inspirée par la psychanalyse, qui permet, sans recourir au non-verbal (intonations, gestes, mimiques), d’avoir une idée de la personnalité de l’auteur et de ceux qu’il peut espérer persuader ou séduire.

English
A.L.S (Analysis of Subjective Logics) is an analytical method concerned with the words (lexical items) of a spoken or written text. Drawing on psychoanalysis, it allows one, without resorting to the non-verbal (intonations, gestures, mimics, etc.), to get an idea of the personality of the author as well as of those one expects to persuade or to entice.

Deutsch
Die A.L.S (Analyse der Subjektiven Logiken) ist eine Untersuchungsmethode der Wörter (lexikalische Einheiten) eines gesprochenen oder geschriebenen Textes, mit einer Inspiration der Psychoanalyse, der erlaubt, ohne sich an das Nichtverbale (Intonationen, Bewegungen, Mimiken, u.s.w.) zu wenden, eine Idee der Personalität des Autors und derjenigen zu bekommen, die er zu überreden oder zu bezaubern hofft.

Português
A A.L.S. (Análise das Lógicas Subjetivas) é um método de análise das palavras (unidades lexicais) de um texto falado ou escrito, inspirado pela psicanálise, que permite, sem recorrer ao não-verbal (intonações, gestos, mímicas, etc.), ter uma idéia da personalidade do autor e daqueles que ele pode esperar persuadir ou seduzir.

Español
El A.L.S. (Análisis de las Lógicas Subjectivas) es un método de análisis de las palabras (lexemas) de un texto hablado o escrito, inspirado por la psicoanálisis, que permite, sin rec
urrir al no verbal (intonaciones, gestos, mímicas), tener una idea de la personalidad del autor y de aquellos a los que puede esperar persuadir o seducir.

Italiano
L'A.L.S. (Analisi delle Logiche Soggettive, è un metodo di analisi delle parole ("lexèmes") di un testo parlato o scritto, ispirata per la psicanalisi, che permette, senza ricorrere al no-verbale (intonazioni, gesti, mimici), di avere un'idea della personalità dell'autore e di quelli che può sperare di persuadere o sedurre.




Résumé : Blog de diffusion de textes et de discussions autour de l'Analyse des Logiques Subjectives, méthode linguistique originale d'analyse de discours partant des métaphores courantes et de la psychanalyse.

Abstract : Blog about "Analysis of Subjective Logics ", an original linguistic approach in discourse analysis.


Mots-clé : analyscience, linguistique, analyse de discours, métaphore, psychanalyse, Lacan, psychologie, psychologie sociale, psychose, paranoïa, schizophrénie, rhétorique, argumentation, épistémologie, poésie, littérature, Baudelaire, traduction, malentendu, expressions figées, Jean-Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, hystérie, obsession, phobie, angoisse, inconscient, rêve, rébus, subjiciel, machina subjectiva

Keywords : linguistics, "discourse analysis", metaphor, psychoanalysis, Lacan, psychology, social psychology, psychosis, paranoia, schizophrenia, rhetorics, argumentation, epistemology, poetry, litterature, Baudelaire, translation, misunderstanding, frozen expressions, Jean-Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, hysteria, fixed idea, phobia, anxiety, the unconscious, dream, rebus, subjiciel, machina subjectiva

Schlüsselwörter : Linguistik, Redeanalyse, Metapher, Psychoanalyse, Lacan, Psychologie, soziale Psychologie, Psychose, Paranoia, Schizophrenie, Rhetorik, Argumentation, Epistemologie, Poesie, Literatur, Baudelaire, Übersetzung, Mißverständnis, starre Ausdrücke, Jean- Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, Hysterie, Zwangsvorstellung, Phobie, Angst, Unbewusstes, Traum, Rebus, subjiciel, machina subjectiva

Palavras-chaves : linguística, análise de discursos, metáfora, psicanálise, Lacan, psicologia, psicologia social, psicose, paranóia, esquizofrenia, retórica, argumentação, epistemologia, poesia, literatura, Baudelaire, tradução, equívoco, expressões bloqueadas, Jean- Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, histeria, idéia fixada, fobia, inquietude, o inconsciente, sonho, rébus, subjiciel, machina subjectiva

Palabras-clave : lingüistica, análisis de discurso, metáfora, psicoanálisis, Lacan, psicología, psicología social, psicosis, paranoïa, esquizofrenia, retórica, argumentación, epistemología, poesía, literatura, Baudelaire, traducción, malentendido, expresiones cuajadas, Jean-Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, histerismo, obsesión, fobia, angustia, inconsciente, sueño, jeroglífico, subjiciel, machina subjectiva

Parola-chiave : linguistica, analisi di discorso, metafora, psicanalisi, Lacan, psicologia, psicologia sociale, psicosi, paranoia, schizofrenia, retorica, argomentazione, epistemologia, poesia, letteratura, Baudelaire, traduzione, malinteso, espressioni idiomatiche, Jean-Claude Milner. , Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, isterismo, ossessione, fobia, angoscia, inconscio, sogno, rebus, subjiciel, machina subjectiva

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28 juillet 2009 2 28 /07 /juillet /2009 21:43


[ Le début du résumé se trouve ici  ]

Référence : Jean-Claude Milner : L’Œuvre claire (Paris : Seuil. 1995)


 
CHAPITRE III : Le premier classicisme lacanien

1. Le langage de la coupure

Le doctrinal de science, avec ses théorèmes, ses hypothèses et ses lemmes permet de baliser l'espace des propositions doctrinales lacaniennes. Il pourrait constituer un analyseur de la pensée des années soixante, qui s'accordait sur une thèse axiomatique : 'il y a des coupures'. Elle l'entendait en style historisant. Le doctrinal, plus tard, l'entendra autrement. Dans les années soixante, il partageait l'interprétation commune.

L'axiome d'existence des coupures et sa lecture chronologique n'ont rien de nouveau. Ils se retrouvent chez de nombreux auteurs. Les lettrés de langue française ont commenté ainsi l'avant et l'après de la Révolution. L'axiome des coupures devenait le poinçon de la politique ; pour certains l'affirmer valait  engagement.



Dans Le Degré zéro de l' écriture, Barthes énonce la thèse : `la Littérature est intrinsèquement moderne', modernité datable de l'avènement de la bourgeoisie comme classe dominante. Selon lui, la coupure dont la Littérature est le nom s'articule à d'autres : coupures politiques et sociales des XVIe siècle et XVIIIe siècle ; rien n'exclurait pour lui la coupure koyréenne.

L. Althusser pose les termes qui permettraient de construire la mise en relation. Son hypothèse :

  • 'l'univers de la science moderne est coextensif au marché mondial'.


Elucider les fondements matériels du second, c'est éclairer les fondements de légitimité du premier – et réciproquement. Or, la notion d'univers et la notion de science se coappartiennent (théorie de l'univers = science ; objet de la science = univers). Parallèlement, une théorie complète du marché mondial, ce serait une théorie du capitalisme. Cette théorie et la doctrine de la science moderne ont partie liée, pas seulement parce que Marx, écrivant Le Capital, s'inscrit dans le mouvement de la science. La relation touche pour son œuvre aux fondements de son programme de recherche et à la définition de son objet.

Ainsi se dispose, par l'intermédiaire de Marx, une constellation de thèses connexes. Le propre des années soixante n'est pas l'affirmation des coupures, mais la fonction discursive qu'on reconnaît à cette affirmation. Les coupures sont pensées comme l'analogue, dans l'univers des pensées, des césures historiques du marxisme. On conserve une relation formelle au marxisme, sans y demeurer assujetti.


Sans reprendre la mécanique discursive qui a fait passer du progressisme politique (Sartre) à des propositions disjoignant choix politiques et choix intellectuels, il suffit d'établir en quoi le doctrinal de science exhibe en consistance et en complétude des logiques retrouvées ailleurs sous forme historisante.

Il convient de passer par Foucault qui, seul dans la conjoncture pertinente, a opéré une variation significative. Mieux que tout autre, il avait compris les apparentements que pointe Milner, mais a-t-il accepté le doctrinal de science ?

Il a accepté l'axiome d'existence des coupures, mais pour le dissoudre en une famille de problèmes : qu'est-ce qu'une coupure, à quoi la reconnaît-on, y en a-t-il de plusieurs espèces, etc. ? Le programme de Foucault construit une typologie générale de toute coupure discursive possible : une topologie du concept.

Foucault ne se donne pas l'Histoire. Même s'il maintient une sériation chronologique, les pivots en sont fragilisés ; les noms d'Antiquité, de Moyen Age, de Temps modernes apparaissent frappés d'une suspicion de principe. Maintenant la chronologie, Foucault conserve le nom d'histoire, mais banalisé (histoire de la folie, histoire des corps, histoire de la sexualité), comme une insolence adressée aux emplois absolus (« penser l'Histoire », « faire l'Histoire ».
À sa méthode, il préfère donner le nom d'archéologie.

La théorie générale de Foucault n'est pas suffisante au doctrinal de science, donc à autoriser le discours de Lacan. Elle ne contient pas tous les axiomes dont Lacan a besoin. Pour Foucault, Lacan contient des axiomes en excès, en ce qui concerne les coupures comme telles.

En effet, Foucault est radicalement sceptique à à l'égard non de leur existence mais de leurs types possibles ; sont rejetées les thèses de Kojève et Koyré : on ne suppose que ce que suppose l'affirmation 'il y a des coupures' ; le reste est affaire empirique.

Cette affirmation, selon Foucault, pose seulement :

  • (1) qu'il existe des hétérogénéités entre discours
  • (2) que ces hétérogénéités laissent des traces repérables et datables dans la chronologie,

mais ne suppose pas que ces traces se regroupent en simultanéités générales. La césure d'hétérogénéité qui affecte tel discours A peut ne pas affecter en même temps tel discours B, pourtant compossible avec A.

Or, la combinaison des propositions de Koyré et de Kojève semble affirmer qu'une coupure peut affecter non seulement deux discours, mais tous les discours compossibles (usage de termes totalisants, « le monde de l'à-peu-près », « l'univers de la précision »). Appelons majeure une telle coupure. Le doctrinal de science se reformulera ainsi :

  • 'la coupure entre épistémé et science moderne est une coupure majeure'.


Cette lecture qu'en donne Lacan s'impose si le doctrinal doit inclure une théorie du sujet moderne (hypothèse du sujet de la science), et encore plus s'il doit s'adjoindre l'hypothèse d'Althusser (Lacan ne s'est pas intéressé directement à Barthes).

Autrement dit : selon Lacan, le mot « moderne » sténographie une coupure majeure.

Si on suppose cette coupure, on suppose qu'elle affecte tous les discours compossibles : aucun n'en est "immune" [indemne], en tant qu'il est moderne. Ni l'économie matérielle (Althusser), ni les lettres (Barthes), ni les philosophies politiques (L. Strauss ou C. Schmitt), ni les images (Panofsky), ni la philosophie spéculative (Heidegger). Ni enfin la conscience : la psychanalyse atteste que la vie intérieure même n'est pas immune à la coupure ; il y a un sujet moderne, et de son instauration la psychanalyse est à la fois la preuve et l'effet.

Le dispositif du doctrinal de science repose sur un axiome d'existence supplémentaire :

  • 'non seulement il y a des coupures, mais il y a des coupures majeures'.


Or, Foucault suppose apparemment le contraire. Tout son propos repose sur la possible non-coïncidence et non-homologie des coupures, sur des décrochages constants, des contretemps, des effets de turbulence.

Ainsi le galiléisme du début du XVIe siècle peut constituer une coupure dans la science de la nature, mais pas dans les discours qui touchent au parler, au classement, à l'échange, marqués d'une autre coupure, datant de la fin du XVIIIe siècle et indifférente à la physique mathématisés. Chacune de ces coupures retire à chacune des autres les propriétés d'une coupure majeure. Des coupures (presque) contemporaines l'une de l'autre – ex : le galiléisme et le grand Renfermement – ne sont pas nécessairement articulées l'une à l'autre. C'est l'illusion caractéristique du discours « psy » que de croire à cette articulation entre théorie de l'intime et théorie des processus publics.


Un discours peut toujours être immune aux coupures réputées majeures : christianisme, capitalisme, science moderne. Les coupures peuvent être désynchronisées les unes des autres même quand elles seraient simultanées. On pourrait déceler chez Foucault une suspicion politique : la coupure majeure revêt les traits de la « Révolution ». De même que la science moderne est supposée née d'une révolution scientifique, de même le discours politique moderne a construit le type de la Révolution et y mesure tout objet politique. Or, selon Foucault, la Révolution n'existe pas ; y croire conduit à la catastrophe. Parallèlement, la figure discursive de la coupure majeure, pour moins coupable qu'elle soit, n'est pas moins trompeuse.

Aussi la coupure est-elle le multiple même. Souvent innommée, elle se loge au cœur des nominations, dont elle articule le système. Foucault, le premier, avait rapporté le discours au seul régime des noms, et travaillé à le baliser de leurs seules compatibilités et incompatibilités. Pourtant, il n'avait pas cédé à la tentation qu'en dernière instance il n'y ait qu'un seul discours, car tout nom en vaut un autre. Jamais, il ne céda sur l'hétérogénéité des noms, c'est-à-dire sur leur inégalité. La coupure ne désigne rien d'autre.

Elle est ce qui dit non à la synonymie foisonnante. Ceci éclaire l'aphorisme de René Char, mis au dos de L'Histoire de la sexualité : « l'histoire des hommes est la longue succession des synonymes d'un même vocable. Y contredire est un devoir ». Les coupures sont des rébellions discursives ; leur surgissement est aussi dispersé que le sont les désordres ; l'axiome d'existence le cède à un commandement éthique et politique :

  • 'on a toujours raison de se révolter contre les synonymes'.


Pas de coupures majeures, mais des systèmes de coupures indépendants les uns des autres et non synchrones.  Moyennant une méthodologie intelligente, chaque discours peut donc tour à tour servir à quelque autre de solide de référence. Nul besoin d'un Repère absolu qui soit hors coupure, puisque les dysharmonies et les turbulences se repèrent mutuellement.

À
moins que certain effet de passion constitue, l'espace d'un instant, une configuration empirique en Repère. Ainsi Foucault a souvent assumé une fonction d'intervention par les voies du Journal. Elle dépend de son axiomatique ('il n'y a pas de coupures majeures') en la corrigeant d'une proposition pratique : 'il y a telles circonstances qui, l'instant d'une passion, font effet de coupure majeure et de Repère'.

À cet effet, Foucault a donné un nom. Il a développé le concept d'« enquête-intolérance » : mettre au jour par les voies de l'enquête la plus rigoureuse un objet empirique, tel qu'il éveille chez ceux qui en prenaient connaissance le point d'intolérance – le jugement que cela ne se laisse pas tolérer. L'intellectuel n'a pas d'autre maxime éthique que de faire naître ce jugement chez ceux qui ne profèrent rien. De ce point d'intolérance, suscité à l'intérieur des limites de l'enquête, revenir comme si l'on revenait d'un point extérieur, situé par-delà une coupure majeure (virtuelle), sur l'intégrale des discours (non constructible) et la juger ( jugement qui ne s'autorise que de sa profération éphémère).

Mais si Lacan a raison, s'il existe des coupures majeures, alors il faut un solide de référence, immune aux coupures, qui doit permettre de traiter les homonymies et les suspens de synonymie à quoi les coupures se ramènent. La question du lieu d'immunité n'est traitée ni par Koyré, ni par Kojève, ni par Lacan.

Dans une lecture historisants, elle appelle pourtant une première réponse : il y a un ensemble de réalités immunes aux coupures, ce sont les langues. Relativement aux discours et à leurs déplacements, seule une langue donnée est le lieu où les homonymies se laissent saisir.

Supposer qu'il y a des coupures majeures, c'est aussi supposer qu'elles n'affectent pas la langue, ce que Staline avait cherché à établir. Dans sa scolastique marxiste, il y était parvenu, et on est en droit de parler d'un véritable théorème de Staline :

  • 'il y a des changements de l'infrastructure qui n'entraînent pas de changements dans la langue'
  • 'il y a des changements dans la langue qui ne dépendent pas de changements dans l'infrastructure' ;


mais tout changement dans l'infrastructure affecte chacune des instances superstructurelles ; tout changement de l'infrastructure est une coupure majeure. En retour, le marxisme classique suppose que seul un changement de l'infrastructure peut produire une coupure majeure. On peut donc reformuler le théorème de Staline :

  • 'la langue est immune aux coupures majeures' (ou, dans un langage politique : `la langue est immune aux révolutions').


Ce théorème n'est vrai que de la langue comme forme. Staline suppose donc que la langue comme forme existe (opposable à la langue comme substance). C'est ce que la linguistique appelait la structure. Jakobson se reconnut dans le théorème et l'avalisa.

Se référant à la structure (« l'inconscient est structuré comme un langage »), Lacan se prononce sur la question du Repère, apparemment sur le même mode que Staline.

D'où la relation que Lacan croit pouvoir construire : si ce que Lacan dit de la langue est vrai, alors le marxisme peut être vrai, mais pas nécessairement ; si ce que le marxisme – c'est-à-dire Staline – dit de la langue est vrai, alors Lacan est nécessairement vrai.

La relation est plus étroite encore pour le doctrinal de science, qui dans sa lecture historisante requiert le théorème de Staline
ainsi que le lemme de Staline :

  • 'la langue, en tant que forme, est le repère qui permet de constater les coupures majeures',


et ce dans la mesure où il dépend du théorème de Kojève.

En allant au-delà des textes eux-mêmes on peut déceler, dans le théorème de Staline, de quoi résoudre une difficulté du doctrinal.

Le statut de la mathématique et celui de la logique y sont problématiques. La mathématique est-elle soumise à la coupure galiléenne ? On répond en général non. Il n'y a pas de rupture absolue entre la mathématique grecque et la mathématique cartésienne ou cantorienne, seulement des différences. Ainsi la mathématique est en position de fonctionner comme un repère à l'égard de la coupure majeure.

La mathématique n'est pas une science galiléenne, une science popperienne ; le contingent ne la concerne pas. Ceci explique que l'immunité de la mathématique à l'égard de la coupure majeure est au principe de la coupure elle-même.

La mathématique a strictement le statut d'une langue. Sa définition langagière est devenue prévalente chez les modernes. Elle est déjà présente dans Galilée : faire de la mathématique l'alphabet de l'univers, c'est lui conférer un statut qui sera assez généralement accepté. Que la mathématique soit une langue se noue de manière élégante au doctrinal de science et résout le paradoxe par quoi l'on ne peut reconnaître une coupure que par ce qui s'en excepte.

Interpréter le doctrinal de science en termes historisants, attribuer aux mathématiques une continuité immune aux coupures majeures, leur reconnaître une implication constituante dans la coupure majeure de l'univers moderne, les définir comme une langue, être stalinien en matière de langue, cela constitue cinq décisions solidaires.

La théorie foucaldienne est tout autre ; elle peut intégrer l'hypothèse que les langues n'échappent pas aux coupures disjointes et turbulentes. Antistalinien en politique, Foucault s'abstient, sur les langues, de prononcer aucun jugement : impossible de déterminer chez lui si elles sont ou non des superstructures.

Foucault n'a jamais usé qu'avec prudence de raisonnements fréquents chez ses confrères : conclure de l'apparition ou de la disparition des mots à celles des choses. Certains de ses travaux majeurs reposent sur l'hypothèse inverse : le même mot « folie » et le même mot « prison » apparaissent de part et d'autre de la coupure qui affecte les discours où ces mots apparaissent.

La langue n'importe pas à Foucault, ni le langage. La linguistique ne lui avait fourni que des analogies, autorisées par la conjoncture des années 60. Les mots et les phrases constituent la cause matérielle des discours. Mais ceux-ci ont leur propre loi, qui ne doit rien à celles gouvernant les mots et les phrases. La loi des discours se ramène à une seule :

  • 'il y a des discontinuités', ou 'l'on doit dire non aux synonymies'.


Voilà le seul objet qu'on puisse traiter, par une physique des tourbillons, où rien n'existe qui mérite d'être tenu pour absolu.

Par contraste, chez Lacan, il y a non seulement des discontinuités, mais des discontinuités telles qu'elles affectent tous les discours. Il y a des mouvements absolus, donc quelque chose comme un repère absolu.

Sous le nom de Jakobson, il convient de déchiffrer celui de Staline : l'affirmation que le repère absolu, indépendant de l'infrastructure et des superstructures, est la structure des langues naturelles, intégrables à un concept formel unique : le langage. Or, avec Staline on en reste à l'Histoire. Mais Lacan ne croit pas à l'Histoire.

Si la coupure majeure est interprétée en termes historisants, alors Staline est nécessaire ; il n'est évitable que si une interprétation non historisants est construite. C'est pourquoi Lacan tient à ne pas s'arrêter au langage. Le repère absolu n'est pas le langage ni les langues, mais ce dont le langage, ramené à son réel, est le tenant-lieu. C'est-à-dire le sujet.

On retrouve la théorie des quatre discours, qui :

  • non seulement propose une théorie non chronologique des discontinuités,
  • non seulement propose une théorie des propriétés absolues de tels ou tels discours,
  • non seulement admet le mouvement absolu (« le quart de tour »),
  • mais détermine et nomme le repère absolu sur quoi elle repose.

Le doctrinal de science, requérant des coupures majeures, suppose ce repère absolu, mais se combine à la théorie des discours, donc affirme que les coupures majeures ne sont pas chronologiques. Le repère absolu n'a donc pas pour propriété distinctive d'échapper à du chronologique. La théorie non chronologique des coupures reposant sur une théorie des places, la propriété du repère réside dans sa capacité à occuper quelque place que ce soit où il lui advient d'insister. Le seul réel qui présente cette propriété d'atopie et d'insistance est le sujet du signifiant. Les théorèmes de Koyré et de Kojève ne sont fondés que si l'on admet conjointement l'hypothèse du sujet de la science et la définition du sujet comme sujet d'un signifiant : la science moderne détermine bien un mode de constitution du sujet.

Cette hypothèse elle-même doit être déshistorisée, par la théorie du discours psychanalytique. Soutenir qu'il y a des coupures majeures, c'est soutenir que, du point du sujet, il y a des suspens de synonymies. La doctrine de l'interprétation trouve ainsi sa légitimité. Une interprétation, c'est proférer le mot qui fera qu'entre l'avant et l'après rien ne sera plus synonyme. Un mot n'accomplit cela que s'il touche au sujet. Mais ce point du sujet est cela même que requiert une doctrine générale des coupures comme suspens des synonymies. Le doctrinal de science est lié au noyau le plus intime de la pratique freudienne, dont la théorie des discours expose la matrice, sous le chef du discours psychanalytique. L'équation des sujets se reformule :

  • 'la praxis de la psychanalyse est interprétation ;
  • 'le sujet que requiert la psychanalyse – en tant qu'elle interprète – est le sujet que requiert la science en tant qu'elle se constitue par une coupure majeure' ;
  • 'toute coupure majeure a la structure d'une interprétation'.


Par là seulement la puissance de Staline est surmontée, c'est-à-dire celle de Marx.



2. Le paradigme de la structure

Chez Lacan, le repère des langues ou du langage (Staline et Jakobson) n'est que le tenant-lieu du sujet. On passe des langues au sujet par la doctrine de l'inconscient structuré comme un langage. Ainsi se comprend la relation au structuralisme.

Lacan est une figure du structuralisme. L'éclairer suppose qu'on explique comment Lacan s'insérait dans le programme structuraliste, et ce qu'était ce programme.

Le structuralisme a constitué, par-delà la mode, une figure de la science, quand on a pensé que la juridiction de la science pouvait s'étendre au-delà des limites jadis reconnues.

Soit l'idéal de la science, comme science mathématisée de l'univers. Pour représenter la science idéale, on ne pouvait, de la mathématisation, proposer qu'une seule preuve saisissable, la mesure quantitative exacte ; un discours empirique sera tenu pour mathématisé si et seulement si ses propositions comportent des mesures ou des repères chiffrés.

Depuis Galilée, les sciences de la nature sont devenues conformes à cette définition ; quand il s'agit d'objets sociaux ou humains, des adaptations sont requises. Soit conserver l'idéal de la mesure (en usant des statistiques), soit le remplacer par une autre figure idéale, soit renoncer à toute figure idéale, etc.

Le structuralisme  se réclame de l'idéal de la science, mais propose une figure nouvelle quant à la science idéale, avec deux modifications ; l'une porte sur les objets empiriques : le structuralisme s'attachant à des objets humains, l'opposition de la nature et de la culture lui est principielle.

L'autre porte sur la mathématisation, entendue désormais en un sens nouveau : il ne s'agit plus de la mesure, mais d'une littéralisation et d'une dissolution non quantitative du qualitatif. C'est une réinterprétation du théorème (iii) de Koyré.

La science moderne poursuit le dessein tenace d'éliminer de la science les qualités. Non seulement les qualités pratiques – bien, mal, utile, plaisant, etc. –, mais surtout les qualités sensibles : rapide, lourd, coloré, chaud, etc. Ce premier geste ne suffit pas à une mathématisation, mais est nécessaire à ce que les propositions mathématiquement littéralisées puissent devenir premières. Les qualités ne sauraient plus apparaître, sinon au titre de sténogrammes seconds, issus de la langue usuelle.

La physique ne dit rien sur le chaud et le froid, mais sur des mouvements de molécules associables à la propriété sensible "chaud", rien sur le clair et l'obscur, mais sur la lumière et les configurations associables aux propriétés sensibles "clair" et "obscur", rien sur les couleurs, mais sur ce qui les suscite pour un être voyant.

À sa manière, le structuralisme en linguistique est lui aussi une méthode de réduction des qualités sensibles. Les langues naturelles ne touchent à la matière sensible que dans un domaine : la forme phonique. Mais dans ce domaine, la méthode a des effets évidents.

Exemple fameux : le traitement des finales occlusives en allemand. Certains linguistes disent « le /d/ en allemand devient sourd en finale de mot ». Cette proposition est inexacte et imprécise : l'occlusive finale, matériellement sourde, ne l'est pas du point de vue de la science. Les propriétés linguistiques ne subsistent que dans une relation d'opposition distinctive. Une entité phonique n'est pas sourde (ou sonore, etc.) par elle-même, mais par la différence avec une autre entité. Ici la finale est une entité, l'archiphonème, sans valeur oppositive, et notée /T/. On compte pour rien la donnée sensible, enregistrable par les appareils. Si l'élément phonique final est « objectivement » sourd pour l'oreille, les phonologistes structuraux ne s'en tiennent pas à cette qualité.

On retrouve ici le geste de la physique mathématisée. La qualité n'est pas ramenée à la quantité, mais n'en est pas moins dissipée, elle n'est pas réduite en figures géométriques, mais s'insère dans un tableau, elle n'est pas exprimée par un calcul numérique, mais n'en est pas moins captée par une littéralisation : écrire l'archiphonème par une majuscule /T/ est une décision qui relève d'une notation aussi rigoureuse qu'une notation algébrique.

On peut parler ici d'une mathématisation étendue, rigoureuse et contrainte, mais aussi autonome relativement à l'appareil mathématique. La linguistique des années 20 s'y employa, et devint dans les années 50 une discipline aussi littérale que l'algèbre ou la logique, mais indépendante d'elles, avec des succès empiriques pour l'ensemble des langues naturelles Elle se comportait strictement en science galiléenne. Galiléisme étendu fondé sur une mathématique étendue, et étendu à des objets inédits.

Cet objet était le langage, qui sépare l'espèce humaine du règne de la nature. De même, l'anthropologie lévi-straussienne obtenait, avec des méthodes comparables
appliquées à des objets non naturels – les systèmes de parenté –, une présentation exhaustive, exacte et démonstrative des fonctionnements. L'appui que Lévi-Strauss trouvait dans la linguistique résidait dans une analogie des procédures et surtout des points de vue constituants.

Sur ce fondement, linguistique et anthropologie, s'est déployé un mouvement de pensée dont l'unité méthodologique et l'
importance épistémologique ne font aucun doute. Que Lacan, dont le rapport au galiléisme est principiel, et qui saisit son objet plus du côté de la culture que de la nature, ait été compté au rang des structuralistes, cela est éminemment explicable.

Le discours de Rome peut être considéré comme un manifeste. On y entend les accents de la lettre de Rabelais : « Les Goths avaient mis à destruction toute bonne littérature. Mais la lumière et dignité a été rendue ès lettres. Maintenant toutes disciplines sont restituées, les langues instaurées... » (Pantagruel). Rabelais ne saurait être galiléen ; mais il est érasmien, porteur de l'idéal de précision littérale. D'Érasme à Galilée, la transition est bonne.

Par les vertus du structuralisme linguistique, on pourrait croire qu'ils se rejoignaient. Jamais l'idéal de précision dans les langues et l'idéal de précision dans la Nature ne s'étaient à ce point rapprochés. A un second Pantagruel est annoncée la naissance d'un galiléisme nouveau, plus extensif que l'ancien (il inclut la culture), fondé comme lui sur les « caractères mathématiques » de Galilée. Ces lettres ne sont pas celles de la mesure, mais celles d'un calcul. Entre-temps la mathématique elle-même s'est présentée pour un symbolisme contraint, disjoint de la quantité.

Du littéralisme explicite de Bourbaki à la littéralisation des linguistes et anthropologues, l'apparentement est, admis par Lacan. Non que la mathématique s'« applique » à des objets non mesurables ou que sont possibles, en linguistique ou en anthropologie, des formalisations autres que mathématiques. La mathématique étend son empire, sans rien céder de son essence. C'est un galiléisme étendu, plus rigoureux, puisqu'il s'autorise d'une mathématique enfin menée à son littéralisme absolu. La linguistique ne compte que pour autant qu'elle propose une mathématique. Le Lacan linguiste est de fait un Lacan mathématicien.

Seule la linguistique structurale a intéressé Lacan. Après Chomsky la linguistique a de moins en moins compté pour lui. Par-delà les relations d'amitié avec Jakobson, et les relations d'estime avec Benveniste, il faut discerner un apparentement à la linguistique structurale. Doivent être considérées des thèses spécifiques, caractérisant la linguistique structurale par opposition à d'autres linguistiques – éventuellement plus récentes – qui pourraient elles aussi être candidates à représenter un galiléisme de la langue.

 
La linguistique structurale repose sur trois thèses minimalistes :

  1. un minimalisme de la théorie : une théorie se rapprochera d'autant plus de l'idéal de la science qu'elle s'imposera, pour une puissance descriptive maximale, d'user d'un nombre minimal d'axiomes et de concepts initiaux ;
  2. un minimalisme de l'objet : on ne connaîtra une langue qu'en s'imposant d'y considérer seulement les propriétés minimales qui en font un système, décomposable en éléments eux-mêmes minimaux ;
  3. un minimalisme des propriétés : un élément d'un système a pour seules propriétés celles qui sont déterminées par le Système.


La thèse (1) est la résurgence de l'axiomatique antique. Que les théoriciens de la linguistique – dont Saussure – n'en aient pas eu conscience semble assuré ; elle leur paraissait aller de soi. Il n'en est rien. Elle a été rejetée par les doctrinaires de la science moderne (Koyré, Popper).

En sorte que la linguistique dont Lacan fait usage, censément porteuse d'une forme neuve de galiléisme, s'appuie paradoxalement sur une figure prégaliléenne de la science. Là réside un élément d'instabilité dont le galiléisme étendu sera affecté. Lacan, au début, n'y semble pas avoir été sensible.

La thèse (2) demeure vide si rien n'est dit sur ce qui fait un système. La réponse remonte à Saussure : il y a système si et seulement s'il y a différence ; rien n'aura à être pris en compte pour connaître une langue, sinon la différence. Un nom du système ramené à sa relation minimale est celui de structure ; le nom de structuralisme en désigne la théorie.

Un système ainsi défini en termes minimaux n'a rien de spécifique aux langues. Le structuralisme est extensible à l'ensemble des objets de la culture, qu'on ne connaîtra adéquatement qu'en s'imposant d'y considérer seulement les propriétés qui s'analysent en relations de différence.

Il s'agit d'un système minimal (propriétés ramenées à un type unique) et aussi d'un système quelconque(objets matériellement variés phonèmes, biens, femmes).

La thèse (3) est beaucoup plus forte que la thèse (2). Combinée à la thèse (2), elle signifie ceci : quant à l'existence, un élément du système ne subsiste que comme terme dans une relation de différence ; quant aux propriétés de l'élément , il n'aura que celles qui concourent à une relation de différence.

Les linguistes structuralistes tiennent à tort ces propositions pour triviales. Elles renversent l'ordre reçu entre propriétés et relations. D'ordinaire, à un existant donné sont attribuées des propriétés ; sur ce fondement on pourra à l'égard d'un autre existant, analysé de manière parallèle et indépendante, conclure qu'ils entretiennent une relation de ressemblance ou de différence.

Ici, la différence est donnée d'abord, et c'est elle qui autorise les propriétés. Il y a une relation de différence qui est antérieure aux propriétés des termes. Le linguiste structuraliste conséquent conclut : il y a des objets linguistiques qualitativement semblables et qui comptent pour deux (le principe leibnizien des indiscernables est rejeté) ; il y a des objets linguistiques qualitativement dissemblables et qui comptent pour un. Benveniste maintient que deux mots grecs domos, homophones et de même signifié ("maison") étaient linguistiquement deux entités séparées ; à l'inverse, le raisonnement par variation libre pose que deux entités phoniquement dissemblables n'en font qu'une du point de vue linguistique (r roulé et r non roulé en français ; plus technique, le raisonnement par distribution complémentaire : ainsi le Ich-Laut et le Ach-Laut de l'allemand comptent pour un seul phonème, précisément parce qu'ils dissemblent l'un de l'autre et ne se rencontrent jamais dans le même contexte. Le /b/ n'est sonore que parce qu'il est différent du /p/ : l'affirmation de la différence précède l'attribution de la propriété « sonore ». Comme il n'y a de propriétés qu'attribuées sur la base de la différence, cela veut dire que la différence elle-même est disjointe de toute propriété.

Elle est même disjointe de l'existence positive, puisque « la langue peut se contenter de l'opposition de quelque chose avec rien » (Saussure). Un néant de matière sonore peut être terme dans une relation de différence et, recevoir des propriétés. C'est la théorie du signe zéro, dont tous les structuralistes ont fait usage, mais dont seuls les linguistes ont posé les éléments. Saussure avait ainsi balayé d'un revers de main un axiome indispensable pour la métaphysique classique : « le néant n'a pas de propriétés ». Le contraire est essentiel à la notion générale de structure ; Lacan s'en souviendra dans la théorie du sujet et du désir ("manque" sténographie une rupture discursive due à la seule structure).

La linguistique structurale use ainsi de la différence pure (qui ne saurait être le dual de la ressemblance). Elle ne connaît pas la relation de ressemblance et n'a rien à en faire ; elle dispose seulement d'une relation de différence, homonyme de la « différence » usuelle, mais qui en est disjointe, puisqu'elle n'a pas d'opposé.




3. Le sérieux de la structure

Sur le minimalisme de la méthode, Lacan ne s'est pas prononcé. La question sera donc laissée de côté.

Lacan a cru au minimalisme de l'objet : comprendre l'inconscient en considérant le fonctionnement d'un système auquel on suppose le moins de propriétés possible. Moyennant des termes initiaux strictement différentiels et des opérations extrêmement peu spécifiées, on peut faire apparaître des régularités – une sorte de paysage matériel et structuré.

Un système quelconque et ramené à ses propriétés minimales prend le nom de chaîne ; ni concaténation (opération formelle) ni l'unidimensionnel comme tel ; ce nom n'est là que pour évoquer, par le caractère minimal de sa dimension unique, le minimalisme du système.

Si la structure est le nom du système quelconque, la chaîne est le nom de la structure minimale. Le structuralisme en linguistique peut s'exprimer ainsi :

'on connaîtra le langage (une langue naturelle donnée) en s'imposant de le considérer uniquement comme une chaîne'.

Une théorie méthodologiquement pure de la chaîne est à la fois possible et féconde.

Ne considérer un élément quelconque que sous l'angle des propriétés minimales que lui attribue un système lui-même ramené à ses propriétés minimales, ne considérer un système quelconque que du point de vue de ses éléments minimaux, c'est ce que sténographie le nom de signifiant : ce nom repris de Saussure s'en écarte, puisqu'il est arraché au couplage symétrique signifiant/signifié où Saussure l'insérait. Il énonce donc deux propositions divergentes :

(i) que la linguistique est réinterprétée,
(ii) que, moyennant cette réinterprétation, il est prouvé qu'à partir de la linguistique une analyse structuraliste est légitime pour d'autres objets que la langue.

Il y a de la part de Lacan un forçage médité. Les linguistes structuralistes complètent généralement la chaîne par une organisation en strates, dont chacune est certes une chaîne, mais il en faut plusieurs pour saisir l'empiricité des langues. Chez Lacan au contraire, les strates n'existent pas. La linguistique ne fait preuve qu'une fois déplacée. On parle comme elle, mais pour dire autre chose.

Dans la notion de chaîne signifiante, tout se coappartient : il n'y a de signifiant que dans une chaîne et pour qu'un système forme une chaîne, il faut qu'il soit constitué de signifiants.

Lacan a aussi cru explicitement au minimalisme des propriétés. Toute propriété est seulement effet de la structure, donc la structure est cause. L'élément de toute structure étant le signifiant, cela veut dire qu'il n'a pas de propriétés, mais les fait : il est action.

La différence pure, antérieure aux propriétés, et les fondant, Lacan la résume sous le nom de l'Autre, un autre qui n'est pas le dual du même. Cet Autre, sans opposé, ne repose pas sur des différences de propriétés (à son registre nulle n'est encore attribuable). Il autorise qu'on puisse poser un signifiant et un autre, alors qu'ils sont hors du semblable et du dissemblable. L'Autre est garant, mais il n'est pas Dieu ; sa garantie se réduit à ceci : s'il y avait pas de l'Autre, ça ne parlerait pas. Or, ça parle.

Les minimalismes de l'objet et des propriétés combinés font que le logion « l'inconscient, structuré comme un langage » est tautologique. Par hypothèse, un langage n'a que des propriétés de structure, qui sont nécessairement minimales. Alors tout ce qui est structuré les présentera, donc est nécessairement structuré comme un langage.


Le logion est aussi contradictoire, car l'article un suppose plusieurs langages distinguables ; mais si un langage n'a que des propriétés minimales, aucun ne peut se distinguer structuralement d'un autre. Le logion dit donc seulement que l'inconscient est structuré.

De deux choses l'une : ou bien l'on répète qu'on adopte la thèse structuraliste et qu'on s'en tiendra à sa méthode, mais alors le logion n'a qu'un contenu social (adhésion au structuralisme); ou bien l'on exhibe une propriété structurale qui sera vraie de la structure quelconque, qui distinguera toute structure de ce qui n'en est pas une, mais qui n'en distinguera aucune d'aucune autre.

Seul peut-être, Lacan a choisi la seconde voie, et en a saisi la nécessité. C'est la "conjecture hyperstructurale" :

`la structure quelconque a des propriétés non quelconques'.

Jamais explicitée formellement, cette conjecture touche au noyau dur de la doctrine lacanienne et se trouve au fondement de ses parties les plus importantes. Elle fait apparaître qu'un des objets fondamentaux de la doctrine consiste à élaborer une théorie de la structure quelconque.

Un des théorèmes en est que, parmi les propriétés non quelconques d'une structure quelconque, considérée uniquement comme structure et ramenée à ses propriétés minimales, il y a l'émergence du sujet. Réciproquement, il est nécessaire et suffisant pour construire une théorie du sujet d'énumérer les propriétés que lui confère la structure quelconque.

Soit un théorème provisoire :

`la structure minimale quelconque contient en inclusion externe un certain existant distingué, qu'on appellera le sujet'.

Comme le signifiant n'est rien d'autre que l'élément minimal de la structure quelconque, sa définition du signifiant doit inclure cette émergence. De là le logion : « le signifiant représente le sujet pour un autre signifiant » ; il s'analyse en quatre thèses définitoires :

(i) un signifiant ne représente que pour;
(ii) ce pour quoi il représente, ne peut être qu'un signifiant;
(iii) un signifiant ne peut représenter que le sujet;
(iv) le sujet est seulement ce qu'un signifiant représente pour un autre signifiant.


Les thèses (i)-(iii), prises ensemble, ne sont qu'une définition de la chaîne, tout entière contenue dans la relation « X représente Y pour Z ». Relation ternaire, se distinguant de la relation classique de représentation, binaire, et de la définition saussurienne du signifiant où la relation de représentation ne joue aucun rôle. Le sujet devient une propriété intrinsèque de la chaîne (thèse (iv)) : toute chaîne signifiante inclut le sujet; mais le sujet lui-même n'a d'autre définition que d'être le terme Y dans une relation ternaire où X et Y sont deux signifiants. Le sujet est second par rapport au signifiant.

De la conjecture hyperstructurale et de la théorie de la structure quelconque suit une thèse, "l'hypothèse du sujet du signifiant" :

`il n'y a de sujet que d'un signifiant'.

Avec l'hypothèse du sujet de la science, l'équation des sujets est une conséquence automatique :

`le sujet de la science, le sujet cartésien, le sujet freudien ne peuvent être que le sujet d'un signifiant ; ils ne font et ne peuvent faire qu'un'.

Conclusion :

Le sujet cartésien peut et doit être institué comme sujet d'un signifiant : pour cela que le Cogito sera récrit comme une chaîne : je pense « donc je suis » .

Le sujet freudien, capable d'inconscient, peut et doit être institué comme sujet d'un signifiant : pour cela l'inconscient sera pensé comme une chaîne (llogion 'l'inconscient, structuré comme un langage').

Le sujet de la science mathématisés peut et doit être institué comme sujet d'un signifiant : pour cela la mathématique sera pensée comme la forme éminente du signifiant, disjoint de tout signifié, ce que permet le galiléisme étendu : le logion « la mathématique du signifiant » caractérise toute science, réversiblement – le signifiant est intrinsèquement mathématique, la mathématique est intrinsèquement du signifiant.

Pour que sujet cartésien et sujet freudien soient mis en équation, il faut qu'il y ait sujet là où ça pense, alors même qu'il est impossible que le sujet en articule « donc je suis » ; pour cela le sujet ne sera rien d'autre que ce qui incessamment émerge et disparaît dans une chaîne signifiante. Or c'est aussi le sujet sans qualités que la science requiert ; la pensée sans qualités dont il est le corrélat consiste dans les lois non quelconques du signifiant – lois sans qualités, mais aussi hors quantité.

Initialement, l'identité de constitution entre sujet cartésien et sujet freudien n'était que partiellement démontrée. Était laissée dans l'ombre la constitution propre du sujet de la science à quoi l'un et l'autre étaient, séparément, identifiés; on l'affirmait seulement dépouillé de toute qualité, hormis une pensée elle-même sans qualité.

Désormais, la théorie de la structure quelconque permet d'articuler une thèse positive, non historique ; l'équation des sujets ne dépend plus d'un régime de successivité, ni de la supposition que l'avènement du Cogito permette l'émergence de l'inconscient. La corrélation est de structure.


4. Vers une lecture transcendantale

Dans ces conditions, on peut dégager deux propositions :

(i) la chaîne signifiante est la définition la plus générale possible de la pensée, ramenée à ses propriétés minimales ; autrement dit, le signifiant est la pensée sans qualités ;

(ii) ramené à ses propriétés structurales et dépouillé des qualités qui lui sont étrangères (elles relèvent de l'âme), tout sujet métaphysique se laisse déchiffrer comme le sujet d'un signifiant.

La conjecture hyperstructurale émet donc une créance sur la métaphysique. Elle se laisse lire de manière homonyme comme une philosophie transcendantale.


[ Ce chapitre est le plus abstrait de tout le livre, pratiquement impossible à résumer, et la lecture transcendantale (homonymique) est réfutée par la suite. C'est pourquoi notre résumé passe directement au CHAPITRE IV ]




[ À suivre ici ]




Merci de bien vouloir laisser un commentaire ci-dessous




Français

L'A.L.S. (Analyse des Logiques Subjectives) est une méthode d’analyse des mots (lexèmes) d’un texte parlé ou écrit, inspirée par la psychanalyse, qui permet, sans recourir au non-verbal (intonations, gestes, mimiques), d’avoir une idée de la personnalité de l’auteur et de ceux qu’il peut espérer persuader ou séduire.

English
A.L.S (Analysis of Subjective Logics) is an analytical method concerned with the words (lexical items) of a spoken or written text. Drawing on psychoanalysis, it allows one, without resorting to the non-verbal (intonations, gestures, mimics, etc.), to get an idea of the personality of the author as well as of those one expects to persuade or to entice.

Deutsch
Die A.L.S (Analyse der Subjektiven Logiken) ist eine Untersuchungsmethode der Wörter (lexikalische Einheiten) eines gesprochenen oder geschriebenen Textes, mit einer Inspiration der Psychoanalyse, der erlaubt, ohne sich an das Nichtverbale (Intonationen, Bewegungen, Mimiken, u.s.w.) zu wenden, eine Idee der Personalität des Autors und derjenigen zu bekommen, die er zu überreden oder zu bezaubern hofft.

Português
A A.L.S. (Análise das Lógicas Subjetivas) é um método de análise das palavras (unidades lexicais) de um texto falado ou escrito, inspirado pela psicanálise, que permite, sem recorrer ao não-verbal (intonações, gestos, mímicas, etc.), ter uma idéia da personalidade do autor e daqueles que ele pode esperar persuadir ou seduzir.

Español
El A.L.S. (Análisis de las Lógicas Subjectivas) es un método de análisis de las palabras (lexemas) de un texto hablado o escrito, inspirado por la psicoanálisis, que permite, sin recurrir al no verbal (intonaciones, gestos, mímicas), tener una idea de la personalidad del autor y de aquellos a los que puede esperar persuadir o seducir.

Italiano
L'A.L.S. (Analisi delle Logiche Soggettive, è un metodo di analisi delle parole ("lexèmes") di un testo parlato o scritto, ispirata per la psicanalisi, che permette, senza ricorrere al no-verbale (intonazioni, gesti, mimici), di avere un'idea della personalità dell'autore e di quelli che può sperare di persuadere o sedurre.




Résumé : Blog de diffusion de textes et de discussions autour de l'Analyse des Logiques Subjectives, méthode linguistique originale d'analyse de discours partant des métaphores courantes et de la psychanalyse.

Abstract : Blog about "Analysis of Subjective Logics ", an original linguistic approach in discourse analysis.


Mots-clé : analyscience, linguistique, analyse de discours, métaphore, psychanalyse, Lacan, psychologie, psychologie sociale, psychose, paranoïa, schizophrénie, rhétorique, argumentation, épistémologie, poésie, littérature, Baudelaire, traduction, malentendu, expressions figées, Jean-Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, hystérie, obsession, phobie, angoisse, inconscient, rêve, rébus, subjiciel, machina subjectiva

Keywords : linguistics, "discourse analysis", metaphor, psychoanalysis, Lacan, psychology, social psychology, psychosis, paranoia, schizophrenia, rhetorics, argumentation, epistemology, poetry, litterature, Baudelaire, translation, misunderstanding, frozen expressions, Jean-Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, hysteria, fixed idea, phobia, anxiety, the unconscious, dream, rebus, subjiciel, machina subjectiva

Schlüsselwörter : Linguistik, Redeanalyse, Metapher, Psychoanalyse, Lacan, Psychologie, soziale Psychologie, Psychose, Paranoia, Schizophrenie, Rhetorik, Argumentation, Epistemologie, Poesie, Literatur, Baudelaire, Übersetzung, Mißverständnis, starre Ausdrücke, Jean- Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, Hysterie, Zwangsvorstellung, Phobie, Angst, Unbewusstes, Traum, Rebus, subjiciel, machina subjectiva

Palavras-chaves : linguística, análise de discursos, metáfora, psicanálise, Lacan, psicologia, psicologia social, psicose, paranóia, esquizofrenia, retórica, argumentação, epistemologia, poesia, literatura, Baudelaire, tradução, equívoco, expressões bloqueadas, Jean- Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, histeria, idéia fixada, fobia, inquietude, o inconsciente, sonho, rébus, subjiciel, machina subjectiva

Palabras-clave : lingüistica, análisis de discurso, metáfora, psicoanálisis, Lacan, psicología, psicología social, psicosis, paranoïa, esquizofrenia, retórica, argumentación, epistemología, poesía, literatura, Baudelaire, traducción, malentendido, expresiones cuajadas, Jean-Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, histerismo, obsesión, fobia, angustia, inconsciente, sueño, jeroglífico, subjiciel, machina subjectiva

Parola-chiave : linguistica, analisi di discorso, metafora, psicanalisi, Lacan, psicologia, psicologia sociale, psicosi, paranoia, schizofrenia, retorica, argomentazione, epistemologia, poesia, letteratura, Baudelaire, traduzione, malinteso, espressioni idiomatiche, Jean-Claude Milner. , Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, isterismo, ossessione, fobia, angoscia, inconscio, sogno, rebus, subjiciel, machina subjectiva


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20 juillet 2009 1 20 /07 /juillet /2009 21:19

[ Le début du résumé se trouve ici  ]
 
Référence : Jean-Claude Milner : L’Œuvre claire (Paris : Seuil. 1995)


CHAPITRE II : Le doctrinal de science

 


1. L'équation des sujets et la science

Lacan pose une équation : « le sujet sur quoi nous opérons en psychanalyse ne peut, être que le sujet de la science ». Cette équation énonce trois affirmations :

  • (1) que la psychanalyse opère sur un sujet (et non pas par exemple sur un moi) ;
  • (2) qu'il y a un sujet de la science ;
  • (3) que ces deux sujets n'en font qu'un.


Les trois affirmations ont ceci de commun qu'elles parlent du sujet ; ce qu'il faut entendre par là dépend de ce qu'on peut appeler l'axiome du sujet :

  • `il y a quelque sujet, distinct de toute forme d'individualité empirique'.


La troisième affirmation constitue l'équation comme telle.

La première affirmation concerne la pratique analytique ; sa validité lui est conférée par l'autorité d'un énonciateur supposé savoir ce qu'il en est de la psychanalyse.

La deuxième affirmation met en œuvre le concept de « sujet de la science ». La définition de la science qui y est invoquée n'est pas due à Lacan ; seule lui est propre l'affirmation que de cette définition de la science suit une figure particulière du sujet. C'est là une hypothèse. L'équation des sujets dépend de cette hypothèse, l'hypothèse du sujet de la science :

  • 'la science moderne, en tant que science et en tant que moderne, détermine un mode de constitution du sujet'.


D'où la définition du sujet de la science :

  • 'le sujet de la science n'est rien hormis le nom du sujet, en tant que, par hypothèse, la science moderne en détermine un mode de constitution'.


L'équation des sujets ne dit rien de la psychanalyse comme théorie. En particulier, il n'est nullement affirmé que la psychanalyse elle-même soit une science. Lacan est explicite : le fait que « sa praxis n'implique d'autre sujet que celui de la science » est « à distinguer de la question de savoir si la psychanalyse est une science ».

Toutes les propositions de la theoria lacanienne supposent l'équation des sujets, parce qu'elles supposent accompli le mouvement de réflexion sur la praxis. Il importe donc qu'elle ne soit pas vide. Cela suppose que la notion de science fasse l'objet d'une théorie suffisamment déterminée et, cette théorie étant admise, qu'on puisse lui relier une certaine constitution du sujet.

Il y a effectivement une théorie de la science chez Lacan.

Il y a chez Freud aussi une théorie de la science. Elle réside dans le scientisme de Freud, qui n'est qu'un assentiment donné à l'idéal de la science. Cet idéal fonde le vœu que la psychanalyse soit une science.

Ce n'est pas la science idéale, qui « incarne » de manière variable l'idéal de la science : détermination strictement imaginaire, requise afin que des représentations soient possibles.

On ouvre du même coup la voie à un autre scientisme : celui de la science idéale. Freud s'y abandonne, reprenant la physionomie de la science idéale à d'autres. Citons ici Helmholtz, Mach et Boltzmann.

Il s'ajoute, au fil des textes freudiens, une théorie transversale de la science, réponse à la question : 'pourquoi y a-t-il de la science plutôt que pas de science du tout ?'. Cette théorie demeure dispersée.

Sur le pourquoi de la science, Lacan ne fait que reprendre les aphorismes de Freud, qu'il résume ainsi : la science est, à sa naissance, une technique sexuelle. La théorie lacanienne de la science porte sur autre chose.

Fidèle à Freud sur le point précédent, Lacan se sépare de lui sur l'idéal de la science : il n'y croit pas pour la psychanalyse. A l'égard de l'opération analytique, la science ne joue pas le rôle d'un point idéal ; au contraire, elle structure de manière interne la matière même de son objet.

Il n'y a donc pas de sens à demander à quelles conditions la psychanalyse serait une science, ni de sens à présenter quelque science bien constituée comme un modèle pour la psychanalyse.

Puisqu'il n'y a pas d'idéal de la science pour la psychanalyse, il n'y a pas non plus pour elle de science idéale. La psychanalyse trouvera en elle-même les fondements de ses principes et de ses méthodes.

Mieux, elle sera suffisamment assurée pour pouvoir questionner la science. « Qu'est-ce qu'une science qui inclut la psychanalyse ? » demande Lacan. La science elle-même pourrait se révéler la forme la plus consistante d'une activité qu'on nommera l'analyse et qui se retrouve dans toutes les régions du savoir. De cette analyse, la psychanalyse proposerait comme un point idéal, organisateur du champ épistémologique et permettant de s'y orienter. Loin qu'elle consente à l'idéal de la science, il lui revient de construire pour la science un idéal de l'analyse.


2. La théorie du moderne

Première caractéristique de la théorie lacanienne de la science : elle doit faire apparaître cette connexion singulière par quoi la science est essentielle à l'existence de la psychanalyse, donc ne se pose pas en face d'elle comme un idéal. On s'appuie sur Koyré, lu à la lumière de Kojève.

–    Théorèmes de Kojève :

  • (i) 'il y a entre le monde antique et l'univers moderne une coupure' ;
  • (ii) 'cette coupure tient au christianisme'.


–    Théorèmes de Koyré :

  • (i) 'il y a entre l'epistèmè antique et la science moderne une coupure' ;
  • (ii) `la science moderne est la science galiléenne, dont le type est la physique mathématisée';
  • (iii) 'en mathématisant son objet, la science galiléenne le dépouille de ses qualités sensibles'.


–    Hypothèse de Lacan :

  • `les théorèmes de Koyré sont un cas particulier des théorèmes de Kojève'.


–    Lemmes de Lacan :

  • (i) 'la science moderne se constitue par le christianisme, en tant qu'il se distingue du monde antique' ;
  • (ii) 'puisque le point de distinction entre christianisme et monde antique ressortit au judaïsme, la science moderne se constitue par ce qu'il y a de juif dans le christianisme ;
  • (iii) 'tout ce qui est moderne est synchrone de la science galiléenne et il n'y a de moderne que ce qui est synchrone de la science galiléenne'.


Le traitement de l'hypothèse du sujet de la science passe par Descartes, reposant sur la thèse qu'il est le premier philosophe moderne. Il est supposé donner à voir ce que requiert de la pensée la naissance de la science moderne.
L'édifice cartésien reposant sur le Cogito, la pensée de la science a besoin de ce dont le Cogito témoigne. Que
Descartes soit aussi le créateur de la géométrie analytique et l'auteur d'une Dioptrique constitue une preuve de poids. C'est le cartésianisme radical de Lacan :

 

 

  • 'si Descartes est le premier philosophe moderne, c'est par le Cogito',
  • 'Descartes invente le sujet moderne' ;
  • 'Descartes invente le sujet de la science`,
  • 'le sujet freudien, en tant que la psychanalyse freudienne est intrinsèquement moderne, ne saurait être rien d'autre que le sujet cartésien'.


Argumentaire : la physique mathématisée élimine toutes les qualités des existants ; une théorie du sujet qui souhaite répondre à une telle physique devra dépouiller le sujet de toute qualité. Ce sujet est le sujet de la science. Ne lui conviendront :

  • ni les marques qualitatives de l'individualité empirique (psychique ou somatique) ;
  • ni les propriétés qualitatives d'une âme ;
  • ni les propriétés formelles qu'on avait cru longtemps constitutives de la subjectivité comme telle : il n'a ni Soi, ni réflexivité, ni conscience.


L'existant que le Cogito fait émerger, à l'instant où il est énoncé comme certain, est disjoint, par hypothèse, de toute qualité, celles-ci étant alors révocables en doute. La pensée par quoi on le définit est quelconque ; elle est le minimal commun à toute pensée possible, puisque, quelle qu'elle soit, elle peut me donner occasion de conclure que je suis.

Corrélat sans qualités supposé à une pensée sans qualités, cet existant – nommé sujet par Lacan – répond au geste de la science moderne.

Lacan ne se réclame que de la pointe extrême du Cogito et s'emploie à suspendre le passage du premier temps au second. Il enferme le Cogito en son énonciation stricte
bouclée sur elle-même, faisant de la conclusion (« donc, je suis ») le pronuntiatum de la prémisse (« je pense ») : « écrire : je pense : 'donc je suis' » . Est assurée par là l'insistance de la pensée sans qualités, arrêtée juste avant qu'elle ne se polymérise en doute, conception, affirmation, négation, etc.

Or, la pensée sans qualités n'est pas seulement appropriée à la science moderne, mais aussi nécessaire à fonder l'inconscient freudien. Constat
de Freud : il y a de la pensée dans le rêve. Donc la pensée n'est pas un corollaire de la conscience de soi, ce que dit la tradition philosophique. Or, il y a de la pensée dans le rêve ; c'est ce qu'établissent la Traumdeutung et les œuvres ultérieures.

La proposition négative 'la conscience de soi n'est pas une propriété constitutive de la pensée' se sténographie "inconscient". D'où
le théorème :

  • 's'il y a de la pensée dans le rêve, il y a un inconscient'.


On obtient du même coup le lemme :

  • 'le rêve est la voie royale de l'inconscient'


et la définition :

  • 'affirmer qu'il y a de l'inconscient équivaut à affirmer ça pense'.


Lacan ajoute la proposition, tirée de Descartes et étendue à Freud :

  • 's'il y a du penser, il y a quelque sujet'.


Le raisonnement n'est vrai qu'à deux conditions :

  • Il faut qu'il puisse y avoir sujet, alors qu'il n'y a ni conscience ni Soi ;
  • il faut que la pensée qui fait l'étoffe du rêve soit disjointe de toute qualité.


Le freudisme, selon Lacan, repose sur la triple affirmation :

  • qu'il y a de l'inconscient,
  • que celui-ci n'est pas étranger au penser
  • et que, partant, il n'est pas étranger au sujet d'un penser.


S'il l'était, la psychanalyse serait illégitime et impossible en tant que pratique :  un inconscient étranger au sujet qui pense, c'est du somatique, qui n'a donc affaire ni à la vérité ni à la parole ; or, la psychanalyse y a affaire. L'inconscient n'est donc étranger ni au sujet ni à la pensée. En retour, ni le sujet ni la pensée n'exigent la conscience.

Dire que le sujet n'a pas la conscience de soi comme propriété constitutive, c'est rectifier la tradition philosophique. À la lumière de Freud, la conscience de soi devient seulement une marque de l'individualité empirique, que la philosophie avait indûment introduite dans le sujet. La psychanalyse entend donc l'axiome du sujet plus strictement qu'aucune autre doctrine. Avec netteté, elle sépare deux entités :

  • à l'une, la conscience de soi peut sans contradiction être supposée ne pas être essentielle ;
  • à l'autre, la conscience de soi ne peut sans contradiction être supposée ne pas être essentielle.

La première seule répond aux requêtes de la science et tombe dans les limites fixées par l'axiome du sujet ; on l'appellera donc le sujet de la science, aussi bien sujet cartésien et sujet freudien.

Quant à la seconde, le nom de Moi peut lui convenir autant qu'un autre.

L'hypothèse du sujet de la science, l'équation des sujets, l'interprétation qu'elle implique de Freud et l'articulation de l'ensemble sont spécifiques de Lacan. On parlera donc à propos de Lacan non plus d'une théorie de la science ni d'une épistémologie, mais d'un véritable doctrinal de science, conjonction de propositions sur la science et de propositions sur le sujet.

 

3. La stylistique historiciste

Le doctrinal de science semble, si
l'on suit Koyré, fondamentalement historisant. De ses théorèmes, il tire deux discriminants pour distinguer une science galiléenne parmi les discours se présentant comme science :
  1. 'est galiléenne une science qui combine deux traits : l'empiricité et la mathématisation'.
  2. 'étant admis que tout existant empirique est traitable par quelque technique et que la mathématisation constitue le paradigme de toute théorie, la science galiléenne est une théorie de la technique et la technique est une application pratique de la science'.
Du premier discriminant, on peut tirer : la science a pour objet l'ensemble de ce qui existe empiriquement – l'univers – et elle le traite avec autant de précision que les disciplines littérales traitent le leur.

L'aphorisme de Galilée : « [le grand livre de l'univers] est écrit en langue mathématique et les caractères en sont les [...] figures géométriques » ne se comprend que par l'humanisme. "Livre de l'univers" est une ancienne figure de style, mais prend une portée nouvelle quand l'édition imprimée devient un art savant et que l'établissement des textes reçoit des règles contraignantes ; parler de caractères, c'est dire quelque chose de différent, après que la typographie s'est soumise aux formes géométriques
.

La littéralité éclaire la prise de la mathématisation quand il s'agit de la Nature, mais devient de plus une demande de précision. La philologie constitue la science idéale au regard de la précision. Que le physicien soit aussi précis à l'égard de l'univers qu'
Érasme à l'égard du texte des Évangiles est l'injonction recelée dans le mot de livre.

Cela signifie que le passage de la littéralité à la précision ne s'explique que par une histoire, comme le passage de la précision à l'instrumentation. Pour Galilée, la mathématique et la mesure sont les moyens qui permettront à la physique d'égaler ce que, par la grammaire et par la science des documents écrits, la philologie avait dès longtemps accompli. La science moderne, en tant qu'empirique, n'est pas seulement expérimentale ; elle est instrumentale.

Ici intervient le second discriminant. Depuis toujours, la technique a été traitement, par des instruments matériels, de l'empirique matériel ; dès que la science prend l'empirique pour objet, la technique lui fournit ses instruments ; puisque cette science est aussi une science littérale, précise, les instruments fournis par la technique se font ceux de la précision. Or le progrès technique permet désormais cela, grâce aux ingénieurs de la Renaissance : thèse historique une fois encore.

L'univers de la science moderne est un univers de la précision et un univers de la technique. Or la science n'est littéralement précise que si les instruments techniques le lui permettent. Ainsi se configure l'univers moderne : une union entre la science et la technique, si intime et si réciproque qu'on la peut dire une même entité sous deux formes :

 
  • - ou bien une science, tantôt fondamentale tantôt appliquée,

  • - ou bien une technique tantôt théorique tantôt pratique

 


4. L'epistèmè antique

L'historicisme s'accentue avec la pertinence de la référence antique. Si la science devient théorie de la technique et la technique application pratique de la science, on suppose que le couple théorie/pratique recouvre exactement le couple science/technique. Comprendre la portée discriminante de ce recouvrement suppose qu'il ne va pas de soi, qu'il n'a pas toujours été vrai, par variation géographique ou temporelle.

Koyré a choisi la seconde. Dans le monde antique, il découvre le couple theorialpraxis indépendant du couple epistèmèltechnè. Sa doctrine se conclut en hypothèses sur des questions historiennes, touchant le monde antique : l'esclavage, le machinisme, le travail.

Ses théorèmes sont différentiels. Les traits distinctifs qu'ils confèrent à
la science galiléenne ne sont saisis que par opposition et de différence, présentées en langage historique. L'opposition de l'Antiquité aux Temps modernes est le pivot de l'Histoire, et réciproquement parler d'Antiquité et de modernité n'a de sens que si l'on admet l'Histoire. La science galiléenne ne se comprend, pour Koyré, que dans un espace historique.

L'epistèmè est accomplie seulement quand elle a exposé ce par quoi quelque objet ne peut, de toute nécessité et de toute éternité, être autrement qu'il n'est. Ce qu'il y a d'epistèmè en un discours est ce que ce discours saisit d'éternel et de nécessaire en son objet. Un objet se prête d'autant plus à l'epistèmè qu'il laisse se dévoiler ce qui en lui le fait éternel et nécessaire – il n'y a pas de science de ce qui peut être autrement qu'il n'est, et la science la plus accomplie est
celle de l'objet le plus éternel et le plus nécessaire. La science ne peut se supporter que de l'éternel et du nécessaire en l'homme : l'âme. Elle se distingue du corps (le passager et le contingent en l'homme).

La mathématique
héritée des Grecs relève du nécessaire et de l'éternel. Figures et Nombres ne peuvent être autrement qu'ils ne sont, et ne peuvent ni venir à être ni cesser d'être – étant comme ils sont, de toute éternité. La nécessité des démonstrations est connaturelle à la nécessité en soi. Le chemin qui part des principes et des axiomes pour parvenir aux conclusions est pour l'âme la figure la plus adéquate du nécessaire.

À l'inverse, l'empirique dans ce qu'il a de divers ne cesse de venir à être ou de cesser d'être, étant incessamment autre qu'il n'est. Il est rebelle à la mathématique. Si elle peut saisir quoi que ce soit dans ce divers, ce sera l'identique à soi et l'éternel – le Même : certains objets supposés des êtres éternels – ainsi les corps célestes, certains sens émanant de l'âme – ainsi le regard, ou quelque étincelle d'éternité recelée en chaque étant
: l'Idée. Certains Anciens ont pu définir les Idées par les Nombres, voie d'accès au Même, indépendamment des calculs qu'ils permettent.

Plus fondamentale encore que le Nombre, la nécessité dans les démonstrations. L'epistèmè grecque est fondée sur elles ; la mathématicité n'en est que la conséquence. Elles tirent de principes et d'axiomes des conclusions conformes aux règles du raisonnement, tout en respectant les apparences phénoménales. Or, la mathématique propose le type le plus pur d'une démonstration :

  • (a) le principe de l'unicité de l'objet et de l'homogénéité du domaine : toutes les propositions de la science doivent concerner les éléments d'un même domaine et se rapporter à un objet unique ;
  • (b) le principe du minimum et du maximum : les propositions de la science sont soit des théorèmes soit des axiomes ; un nombre maximal de théorèmes doit être déduit d'un nombre minimal d'axiomes, exprimés par un nombre minimal de concepts primitifs ;
  • (c) le principe de l'évidence : tous les axiomes et concepts primitifs doivent être évidents, ce qui dispense de les démontrer et de les définir.


La mathématique est souveraine parce qu'elle propose le type le plus pur de la démonstration ; les êtres dont elle traite, nombres ou figures, se tiennent au plus près de l'éternel et du parfait. Elle est donc le paradigme formel de l'epistèmè. Elle l'est dans la mesure où elle n'est pas l'epistèmè suprême. Son objet n'est pas l'objet suprême, mais, maximalement dépouillé de substance sensible, il ressemble maximalement à l'objet suprême. La seule science pleine et entière est celle qui, conforme au paradigme mathématique, porte sur cet objet, le plus nécessaire, le plus parfait et le plus éternel, qui est au-dessus et au-delà de toute mathématique : à savoir Dieu. Le Nombre peut y donner le meilleur des accès, mais le Nombre n'est pas Dieu. La mathématique, à l'instant même où elle établit son règne, fait allusion à ce qu'elle n'est pas : un Être suprême.

La possibilité de la science en l'homme naît de ce qui en lui l'apparente au nécessaire et à l'éternel : l'âme. Le corps, qui marque l'homme du contingent et du passager, est parfois allusion, et obstacle partout ailleurs. Un filtrage est dès lors requis ; y mènent les voies de la pureté. Il n'y a d'epistèmè accomplie que pour un être doté d'une âme et d'un corps soumis aux exercices appropriés.

Parvenu au terme des exercices, le sachant reconnaîtra que la nécessité logique dans la science même n'est que la marque qu'imprime dans le discours la nécessité de l'être de chaque étant. Quand
Aristote définit le syllogisme – le raisonnement –, il fait écho au Timée, qui noue la pensée réglée au décours des corps célestes. L'Académie et le Lycée attestent le mouvement propre de l'epistèmè antique, telle que la supposent le théorème de Koyré et le doctrinal de science. La nécessité dans les logoi est le point où s'accomplit, dans la science, la ressemblance entre l'être nécessaire de l'étant et l'être nécessaire du sachant ; réciproquement, la science n'est que l'accomplissement de cette ressemblance qui, par les voies de l'âme épurée, unit l'homme doté d'un corps à l'Être suprême, incorporel : il n'y a de science que du nécessaire. La poursuite de la ressemblance au point du nécessaire constitue le moteur premier du savoir.

La péripétie galiléenne s'éclaire par contraste :

 – premièrement, la mathématique, dans la science, peut épeler tout l'empirique, sans égard à aucune hiérarchie de l'être allant du moins parfait – rebelle au Nombre, au plus parfait – presque intégralement nombrable ;

 – deuxièmement, la mathématique intervient par ce qu'elle a de littéral, c'est-à-dire par le calcul, plutôt que par la démonstration ;

 – troisièmement, la mathématique épelle l'empirique comme tel, en ce qu'il a de passager, de non parfait, d'opaque.

On comprend alors que la science s'articule à la technique.

 

 

Le monde antique a connu la technique, mais ne la lie pas à l'epistèmè. On dispose de deux couples : technèlepistèmè, theoria/praxis. L'univers moderne les superpose. Dans le monde antique, ils n'ont aucune raison de se superposer exactement. Dans le système grec, il y a une part de theoria dans la technè et une part de praxis dans l'epistèmè : Socrate interroge les artisans pour leur faire dégager le noyau de theoria dont ils sont les supports ; les supports de l'epistèmè doivent aussi agir purement – science liée à la conscience, comme gouvernant les actions.

 

Rupture moderne : la mathématique cesse d'avoir partie liée à l'éternel. Les étants mathématisables ne sont plus supposés éternels ni parfaits. De même, il se peut toujours que la nécessité des démonstrations mathématiques soit supposée exposer la nécessité de l'Être, mais cela ne vaudra pas pour l'usage qui en est fait dans la science.


Les nombres ne fonctionnent plus comme Nombres, clés d'or du Même, mais comme lettres, et doivent saisir le divers en ce qu'il a d'incessamment autre. L'empirique est littéralisable en tant qu'empirique ; la littéralisation n'est pas idéalisation.

 

La péripétie n'est pas que la science moderne devienne mathématique ; à certains égards, la science moderne l'est moins que la science antique. Il faut la dire mathématisée. Le ressort premier est le nombre, comme lettre, et donc le calcul – non la bonne forme logique des démonstrations. À la mathématicité de la science grecque, qui n'est pas mathématisation, concourt ce qui fait que le Nombre soit un accès au Même en soi, le logos en tant que démonstration nécessaire.


Or, le détour par l'epistèmè est aussi l'un des moments les plus importants du dispositif lacanien. La psychanalyse est liée à l'émergence de l'univers moderne, mais le doctrinal de science recèle également une condition négative : la disparition de la science antique. Il y a quelque chose dans l'epistèmè qui peut empêcher la psychanalyse ; comprendre l'epistèmè, c'est aussi comprendre la psychanalyse par une relation d'exclusion mutuelle.


Si l'epistèmè est une figure historique, la compréhension de la psychanalyse est historiciste. Or, l'histoire, pour Lacan, est fallacieuse. Le doctrinal de science est-il alors fallacieux ? L'hypothèse du sujet de la science, qui noue la psychanalyse à la science moderne, est-elle une apparence à détruire ?

 

 

5. Que l'historicisme n'est pas nécessaire


La pertinence de la figure de l'epistémé à l'égard de la psychanalyse ne relève pas de la remémoration, mais du présent, elle relève d'une logique. Cette figure a des caractéristiques distinctives appuyées sur des témoignages d'archives. Mais ceci n'a rien de principiel. Il suffit que la figure soit consistante et réponde à des discours effectuables. Il n'est pas nécessaire que l'Antiquité n'ait connu que cette figure, ni qu'elle ne soit attestée que durant cette période. De même géographiquement : hors de l'Occident un discours conforme au doctrinal de science semble ne s'être nulle part déployé. Mais ceci n'est pas indispensable à Lacan. 

 

Dans le dispositif de Lacan, l'epistêmê est plus une figure structurale qu'une entité historique, caractérisée par un ensemble de thèses, non par des datations. Les thèses définitoires roulent sur le statut de la mathématique et sur la relation du contingent passager à l'éternel nécessaire.

 

Or dans les figures de la science idéale subsistent encore aujourd'hui les traits de la démonstration euclidienne. Des discours récents se réclament d'une épistémologie du minimum et du maximum, qui est grecque. L'âme est, soutient Lacan, intimement corrélée à l'epistémé, or elle est récurrente dans les propos les plus quotidiens. Le discours courant de la démocratie civilisée trouve dans l'âme son tuf le plus solide. Dans les religions, le spirituel, l'humanitaire, le politique, on discerne le dispositif du Même, venu des Anciens.

 

La demande la plus insistante adressée à La science, toute moderne qu'elle soit, est qu'elle éclaire les consciences, qu'au grand savant revienne une magistrature morale. C'est ce qu'on appelle, d'un nom grec lui aussi, l'éthique. Or si l'éthique existe, la science n'a rien à en dire et sans doute rien à en faire.


En termes historicistes on peut dire comme Gramsci : l'homme moderne n'est jamais contemporain de lui-même (« nous sommes anachroniques dans notre propre temps »). Mais Lacan est plus radical, plus freudien.


Freud mentionne trois « blessures que la science a infligées au naïf amour de soi (Eigenliebe) de l'humanité » : Copernic par la mise en cause du géocentrisme, Darwin et Wallace par la sélection naturelle, et la psychanalyse. Au-delà du détail historique (Lacan privilégiait Kepler aux dépens de Copernic), la thèse de fond est : il y a un anticopernicianisme récurrent ; il est lié au Moi.


Le terme d'Eigenliebe dont use Freud peut être ramené à son noyau matériel, le Moi. Or, le Moi est de structure parce qu'il est le nom de la fonction d'imaginaire, que touche la cosmologie moderne. L'héliocentrisme de Copernic installe la dysharmonie entre le centre géométrique du système planétaire et le centre d'observation humain ; Kepler promeut, aux dépens du cercle à centre unique, l'ellipse à deux foyers, dont l'un est vide. Dans les deux cas, la bonne forme du cercle, où tout centre coïncide avec tout centre, le cède à une mauvaise forme.


L'anticopernicianisme est de structure, parce que le Moi et l'imaginaire privilégient toute bonne forme. L'epistémé comme figure historique a disparu, mais certains de ses traits demeurent, parce que le Moi demeure.


De là les propositions suivantes, qui se tirent à la fois de Freud et de Lacan :

  • 'le Moi a horreur de la science' ;
  • 'le Moi a horreur de la lettre comme telle' ;
  • 'le Moi et l'imaginaire sont gestaltistes' ;
  • 'la science et la lettre sont indifférentes aux bonnes formes'
  • 'l'imaginaire comme tel est radicalement étranger à la science moderne' ;
  • 'la science moderne, en tant que littérale, dissout l'imaginaire'.

 

On peut désormais évaluer chez Lacan le vocabulaire de la périodisation et le vocabulaire des mises en relation massives. Au moyen de ces deux vocabulaires, les "habiles" répondent à la question "pourquoi Lacan requiert une théorie de la science" par des thèses historisantes : 'l'émergence de la science galiléenne a rendu possible la psychanalyse' ou 'la psychanalyse ne se conçoit pas sans la suturation qu'opère la science moderne à l'égard du sujet' ou 'la psychanalyse ne saurait se déployer que dans l'univers infini de la science', etc. Ces réponses ne signifient rien ; elles ne font que réitérer la question sous une autre forme.


Il ne faut pas se laisser prendre au Lacan des mises en relation massives ; c'est un Lacan de la conversation savante et de la protreptique, mais ce n'est pas un Lacan du savoir.


La périodisation a une fonction précise : rompre pour la psychanalyse la pertinence du couple idéal de la science/science idéale. Milner avance ceci :

  • Freud avait dû, pour frayer la psychanalyse dans une conjoncture dominée par l'idéalisme philosophique, s'appuyer sur le scientisme de l'idéal de la science ; le prix à payer était le scientisme de la science idéale.
  • Dans une conjoncture où les institutions psychanalytiques s'étaient laissé dominer par le scientisme de la science idéale, Lacan devait, pour frayer la psychanalyse, relativiser et nominaliser ; le prix à payer était le discours périodiste.

Dans les deux cas, il s'agit d'assurer une fonction semblable, qui relève de la protreptique. Or il convient, si l'on veut accéder au noyau de savoir, de le rendre logiquement indépendant de toute protreptique, donc des successions et des simultanéités chronologiques.

 

Lacan se dégage du roman historique. Dès que le langage périodisant a accompli son effet, il s'emploie à épurer la théorie de la coupure.

 

Telle est la fonction de la théorie des discours à partir de 1969 : mettre au jour les propriétés d'un discours en général et manifester que l'hétérogénéité et la multiplicité y sont intrinsèques. Elles ne sont pas simplement les effets de périodes et d'époques extrinsèques aux discours. Elles ne se projettent pas simplement sur l'axe des successions.

 

Par une doctrine de la pluralité des places, de la pluralité des termes, de la différence entre propriétés de place et propriétés de termes, de la mutabilité des termes relativement aux places, on obtient une articulation non chronologique et non successive du concept de coupure.

 

L'émergence d'un discours nouveau, le passage d'un discours à un autre peuvent faire événement et ces événements sont un objet que les historiens s'attachent à saisir comme chronologie. Mais ils ne sont pas ce que les historiens en disent. Toute histoire ressortit à la fallace et la première adultération réside justement dans l'homogénéisation minimale que suppose la sériation temporelle.


La théorie des discours étant une littéralisation des places et des termes, la coupure est le pointage d'un impossible littéral. Impossible qu'un système de lettres en soit un autre ; impossible pour lui de passer sans bouleversements à un autre système de lettres. Il n'y a pas de transformation interne à un système ; toute transformation est passage d'un système à un autre.

 

 

Un discours ainsi défini n'est rien d'autre qu'un ensemble de règles de synonymie et de non-synonymie. Deux discours seront différents l'un de l'autre quand leurs règles définitoires sont différentes :

 

 


'dire qu'il y a coupure entre deux discours, c'est seulement dire qu'aucune des propositions de l'un n'est synonyme d'aucune des propositions de l'autre'.


Il ne peut donc y avoir de synonymies qu'à l'intérieur d'un même discours ; entre discours différents les seules ressemblances possibles relèvent de l'homonymie. La notion de coupure et la notion de discours se coappartiennent entièrement : entre deux discours réellement différents, il n'y a d'autre relation que de coupure, mais la coupure n'est que le nom de leur différence réelle. Conclusion :

'une coupure n'est pas fondamentalement chronologique'.

 

En généralisant :

 

'la théorie des discours est une antihistoire'.


De là vient que synchronie ne signifie pas contemporanéité. Qu'entre des propos de même datation, qu'au sein du même propos, il y ait non-synchronie, cela se conçoit alors aisément. De même, le passage d'un discours à un autre n'induit pas des successions univoques ; des propos synchrones de l'epistémé peuvent succéder, dans le temps, à des propos synchrones de la science et l'inverse. La doctrine non chronologique de la coupure implique qu'une succession n'est jamais qu'imaginaire. Il n'y a pas de dernière instance réelle qui légitime les ordres sériels.


La lecture historisante du doctrinal de science n'est nécessaire qu'à des fins protreptiques ; elle est radicalement insuffisante pour la construction d'un savoir. Il convient donc d'énoncer les traits structuraux et intrinsèques de la science galiléenne. C'est un souci de Koyré lui-même. Lacan a fait usage de ses thèses, et en a émis d'autres qui les complètent.

 

 

6. Littéralité et contingence (encore à condenser davantage)


On peut épurer la lecture de Koyré que propose le doctrinal lacanien en éliminant les opérateurs historisants.


Les discriminants de Koyré combinent la mathématicité et l'empiricité, regroupent la theoria et la praxis, l'epistémé et la techné. On peut résumer cela en une seule opération en recourant à l'épistémologie de Popper.

 

"Discriminant de Popper" : une proposition de la science doit être réfutable, Or, elle ne le peut que si sa négation n'est pas logiquement contradictoire ou matériellement invalidée par une observation simple. Son référent doit pouvoir – logiquement ou matériellement – être autre qu'il n'est. C'est la contingence. Seule une proposition contingente est réfutable ; il n'y a de science que du contingent.


Réciproquement, tout contingent est saisissable par la science – tant théorique qu'appliquée. L'ensemble des contingents que la science saisit, en théorie et en pratique, c'est l'univers.


Tel est le dispositif où s'inscrit Lacan. Par le contingent, le discriminant chronologique de Koyré et le discriminant structural de Popper se laissent combiner. Le doctrinal de science repose sur un lemme caché :


'le discriminant de Koyré et le discriminant de Popper sont synonymes, à condition qu'on les saisisse du point de la contingence'.


Première conséquence : le théorème de Koyré n'est pas une proposition historique ; si la psychanalyse dépend de lui, ce n'est pas pour des raisons d'histoire ni de chronologie.


Seconde conséquence : l'équation des sujets se récrit comme suit :


'le sujet sur quoi opère la psychanalyse, étant un corrélat de la science moderne, est un corrélat du contingent'.


Dans cette réécriture, Popper est nécessaire à Lacan. C'est bien le mot de contingent que Lacan saisit chez Kojève et Koyré. Dans la chaîne de raisons qui mène de leurs propositions à une telle mise en avant de la contingence, il est légitime de restituer le chaînon manquant.

 

Si l'on s'en tient à ce que Lacan pouvait explicitement penser, on évoquera ici Mallarmé. Si le propre de la lettre moderne consiste à saisir le contingent en tant que contingent, la première devise de l'âge de la science s'énonce : jamais aucune lettre n'abolira le hasard. Et la seconde énonce : toute lettre est un coup de dés.


La lettre est comme elle est, sans aucune raison d'être comme elle est, ni de raison d'être autre qu'elle n'est. Si elle était autre, elle serait seulement une autre lettre. Dès l'instant qu'elle est, elle demeure et ne change pas. Un discours peut non pas la changer, mais changer de lettre. Par un tour propre à tromper, la lettre revêt des traits d'immutabilité, homomorphes de ceux de l'idée éternelle. L'immutabilité du contingent n'a rien à faire avec l'immutabilité du nécessaire, mais l'homomorphie imaginaire demeure.


La captation du divers, en tant que contingent, par la lettre lui donne les traits imaginaires du nécessaire, " la nécessité des lois de la science". Elle ressemble d'autant plus à la nécessité de l'Être suprême qu'elle n'a rien à voir avec elle. La structure de la science moderne repose tout entière sur la contingence. La nécessité matérielle des lois est la cicatrice de cette contingence.

 

L'instant d'un éclair, chaque point de chaque référent de chaque proposition de la science apparaît comme pouvant être infiniment contingent, d'une infinité de points de vue ; l'instant ultérieur, la lettre l'a fixé comme il est et comme ne pouvant être contingent, sauf à changer de lettre. Manifester qu'un point de l'univers est comme il est, requiert que soient lancés les dés d'un univers possible où ce point serait autre qu'il n'est.

 

L'intervalle de temps où les dés sont en l'air est "l'émergence du sujet", lequel n'est pas le lanceur (qui n'existe pas), mais les dés en suspension eux-mêmes. Dans ces possibles mutuellement exclusifs, éclate à l'instant ultérieur où les dés retombent, l'impossible : impossible, une fois retombés, qu'ils portent un autre nombre sur leur face lisible. L'impossible ne se disjoint pas de la contingence, mais en constitue le noyau réel.

 

La science ne permet pas de passer de l'antérieur à l'ultérieur, ni l'inverse ; dès que la lettre s'est fixée, seule la nécessité demeure et impose l'oubli de la contingence. Lacan nomme suture l'inopportunité du retour du contingent, et forclusion la radicalité de l'oubli. Puisque le sujet est ce qui émerge dans le pas de l'instant antérieur à l'instant ultérieur, suture et forclusion sont nécessairement celles du sujet.

Admettre qu'une proposition contingente et empirique soit mathématisable, c'est déchirer et recoudre les pans de l'immuable et du passager. L'ensemble des points à quoi réfèrent les propositions de la science se nomme l'univers.

  • Chacun de ces points est une oscillation d'infinie variation,
  • une seule variation d'un seul de leurs points rend distincts deux univers possibles,
  • les univers possibles sont en nombre infini,
  • l'univers n'existe pour la science que par ces univers possibles,
  • donc l'univers est nécessairement infini. Infini qualitatif plutôt que quantitatif.

C'est par la contingence que cet infini vient à l'univers, de son intérieur même.  L'univers, comme objet de la science et comme objet contingent, est infini intrinsèquement :


'l'infini de l'univers est la marque de sa contingence radicale'.


C'est donc en lui et non pas hors de lui qu'on doit trouver les marques de cette infinité. La thèse moderne se dira : `la finitude n'existe pas dans l'univers'.

 

et comme rien n'existe que dans l'univers, elle se dit aussi :

'la finitude n'existe pas'. Car : 'il n'y a rien qui soit hors univers'.


Le sujet n'est pas un hors-univers. Malgré cela, il en est distinct. C'est l'objet de la théorie du sujet, qui a recours à la théorie mathématique de l'interne et de l'externe, à la topologie. On en retient toutes les variantes de l'exclusion interne. Ce sont là des conséquences nécessaires du doctrinal de science, qui doit s'articuler à des hypothèses sur le sujet (sujet de la science) indépendamment de tout historicisme.


Qu'il n'y ait rien hors de l'univers est difficile à imaginer. De là la récurrence des figures du hors-univers, Dieu, l'Homme, le Moi, qu'on excepte de l'univers et qui constituent cet univers en un Tout. Cette propriété d'exception reçoit des noms divers : l'âme, instance en l'homme de ce qui l'apparente à Dieu. Quand l'epistèmè le céda à la science moderne, l'âme fit place à la conscience.

 

La psychanalyse reprend le problème de l'univers et le résout ainsi : le concept de ce qu'il y a un univers, de ce que rien ne s'en excepte, pas même l'Homme, c'est le concept qui dit non à la conscience, c'est l'inconscient.

 

Si la conscience et la conscience de soi rassemblent les privilèges de l'homme, comme exception au Tout, la négation dont Freud affecte la conscience frappe d'obsolescence ces privilèges. Ce mouvement atteint aussi l'âme, et en même temps la figure de Dieu, en tant qu'elle serait le hors-univers par excellence. Le logion de Lacan, « Dieu est inconscient » signifie ceci : le nom d'inconscient sténographie l'inexistence de tout hors-univers ; or, le nom de Dieu désigne un tel hors-univers ; le triomphe de l'univers moderne sur les mondes anciens, c'est donc que l'inconscient l'ait emporté même sur Dieu.

 

 

 

Ce logion est articulé à la science moderne et à l'univers. La science requiert l'univers, qui frappe d'impossible tout hors-univers : cela se sténographie du seul mot d'inconscient, par quoi sont athétisés du même coup l'âme et Dieu. Un système de propositions visant l'inconscient ne peut s'accomplir que dans la science moderne et l'univers qu'elle fonde. Rabelais : "science sans conscience", et, pour cette seule raison, "ruine de l'âme". La science n'est accomplie qu'en se faisant la science de ce qu'il n'y a pas de conscience et pas d'âme.

Comme l'affirmait Freud, la psychanalyse blesse le Moi et c'est cela qui l'apparente à Copernic, à la science moderne. Le narcissisme se ramène toujours à une demande d'exception pour soi-même - et réciproquement. L'hypothèse de l'inconscient n'est qu'une manière d'affirmer l'inexistence de telles exceptions ; elle n'est qu'une affirmation de l'univers de la science. L'inconscient accomplit ainsi le programme que redoutait Rabelais, mais se révèle aussi assumer les fonctions de l'infini.
Les deux mots ont même structure. L'infini est ce qui dit non à l'exception de la finitude ; l'inconscient est ce qui dit non à la conscience de soi comme privilège. L'infini est premier et positif, le fini est second et s'obtient par un prélèvement ; de même, l'inconscient explique le conscient, et non pas l'inverse. Il sténographie une affirmation et non pas une limitation. Cependant la négation (in-) a ses vertus :

Dans l'univers moderne, il n'y a pas distinction domaniale entre le fini et l'infini, mais l'infini parasite incessamment le fini : tout fini, pour la science, se pose d'abord comme ayant pu être infiniment autre qu'il n'est. Parallèlement, dans la psychanalyse, l'inconscient parasite incessamment le conscient : il le manifeste comme pouvant être autre qu'il n'est, et c'est à ce prix seulement qu'il établit en quoi il ne peut justement pas être autre. Le préfixe négatif est seulement le sceau de ce parasitisme.

La psychanalyse est une doctrine de l'univers infini et contingent. Ainsi s'éclaire sa doctrine de la mort et de la sexualité.

Aux yeux de la plupart la mort est la marque même de la finitude. Mais pour le lemme moderne, la finitude n'existe pas, et la psychanalyse suit ce lemme. Elle en donne une version spécifique :

'en tant qu'elle est une marque de finitude, la mort n'est rien dans l'analyse', ou :

'la mort ne compte dans l'analyse qu'en tant qu'elle est une marque d'infinité', ou :

'la mort n'est rien, sinon l'objet d'une pulsion'. Tel est le fondement du concept de pulsion de mort.

On en conclura :

 

 

 

  • que le mot de mort est un foyer d'homonymies entre fini et infini,

 

  • qu'est incompatible avec la possibilité de la psychanalyse toute philosophie où la mort compte en tant que marque de la finitude.
  • une conclusion particulière : si la philosophie de Heidegger est de celles-là, si l'être pour la mort est être pour la finitude, alors la doctrine de Lacan, en tant que doctrine de la psychanalyse, est antinomique de la philosophie de Heidegger – et réciproquement.

 

 

La psychanalyse a affaire à la sexualité, mais pourquoi et en quoi ? La sexualité existe empiriquement, mais il n'est pas trivial qu'elle existe. Il semble devenu insupportable aujourd'hui que la question soit posée. Même si la sexualité existe comme on dit qu'elle existe, il n'est pas évident que la psychanalyse en parle directement. Des esprits cultivés – Jung était tout sauf ignorant – l'ont nié.

Milner avance que la sexualité, pour la psychanalyse, est le lieu de la contingence infinie dans les corps.

 

 

  • Qu'il y ait de la sexuation, plutôt que pas, c'est contingent.
  • Qu'il y ait deux sexes plutôt qu'un ou plusieurs, c'est contingent.
  • Qu'on soit d'un côté ou de l'autre, c'est contingent.
  • Qu'à une sexuation soient attachés tels caractères somatiques, c'est contingent.
  • Que lui soient attachés tels caractères culturels, c'est contingent.
  • Parce que c'est contingent, cela touche l'infini.

 

Quelque chose en est littéralisable, puisque les noms d'homme et de femme sont une manière de se compter au sein d'un ensemble totalisable et ouvert, et puisqu'à ce décompte répond un certain type de logique. Le Temps logique et l'Assertion de certitude anticipée (1945) l'appelle logique collective et en propose une version dialectique ; elle se retrouve formalisée en un style quasi russellien dans les écritures de L'Étourdit. Les écritures sexuelles concernent un Tout infini, en tant qu'il est affecté par l'existence ou l'inexistence d'une limite.

L'inconscient freudien en tant que sexuel pourrait être autre qu'il n'est ; dès l'instant qu'il est comme il est, la lettre énonce que désormais il ne peut être autre qu'il n'est. Par ailleurs  l'inconscient est l'infini. En lui se croisent donc l'infini et le contingent. Or, la sexualité elle aussi est parasitée de l'infini : du fait de la pulsion de mort, de la jouissance, de la contingence, des chicanes du Tout.

La réversibilité est entière :

 

  • l'inconscient est la prise de l'univers infini sur la pensée de l'être parlant, mais en tant que tel il ne peut être que sexuel ;
  • la sexualité est la prise de l'univers infini sur le corps de l'être parlant, mais en tant que telle elle ne peut être qu'inconsciente.

On retrouve la science moderne. La psychanalyse ne peut s'autoriser du doctrinal de science qu'à la condition de s'appuyer sur la sexuation comme phénomène et sur la sexualité comme région de réalité où ce phénomène se donne à saisir. Le doctrinal de science, en retour, n'est qu'un autre nom de la sexuation comme coup de dés, c'est-à-dire comme lettre.


[ A suivre ici ]
 



On consultera avec intérêt le texte suivant : SCIENCE > Sujet (http://psychanalyse-non-psychanalyse.blogspot.com/2009/01/science-sujet.html)

sur le site Psychanalyse et Non-Psychanalyse
 

Merci de bien vouloir laisser un commentaire ci-dessous


 

Français
L'A.L.S. (Analyse des Logiques Subjectives) est une méthode d’analyse des mots (lexèmes) d’un texte parlé ou écrit, inspirée par la psychanalyse, qui permet, sans recourir au non-verbal (intonations, gestes, mimiques), d’avoir une idée de la personnalité de l’auteur et de ceux qu’il peut espérer persuader ou séduire.

English
A.L.S (Analysis of Subjective Logics) is an analytical method concerned with the words (lexical items) of a spoken or written text. Drawing on psychoanalysis, it allows one, without resorting to the non-verbal (intonations, gestures, mimics, etc.), to get an idea of the personality of the author as well as of those one expects to persuade or to entice.

Deutsch
Die A.L.S (Analyse der Subjektiven Logiken) ist eine Untersuchungsmethode der Wörter (lexikalische Einheiten) eines gesprochenen oder geschriebenen Textes, mit einer Inspiration der Psychoanalyse, der erlaubt, ohne sich an das Nichtverbale (Intonationen, Bewegungen, Mimiken, u.s.w.) zu wenden, eine Idee der Personalität des Autors und derjenigen zu bekommen, die er zu überreden oder zu bezaubern hofft.

Português
A A.L.S. (Análise das Lógicas Subjetivas) é um método de análise das palavras (unidades lexicais) de um texto falado ou escrito, inspirado pela psicanálise, que permite, sem recorrer ao não-verbal (intonações, gestos, mímicas, etc.), ter uma idéia da personalidade do autor e daqueles que ele pode esperar persuadir ou seduzir.

Español
El A.L.S. (Análisis de las Lógicas Subjectivas) es un método de análisis de las palabras (lexemas) de un texto hablado o escrito, inspirado por la psicoanálisis, que permite, sin recurrir al no verbal (intonaciones, gestos, mímicas), tener una idea de la personalidad del autor y de aquellos a los que puede esperar persuadir o seducir.

Italiano
L'A.L.S. (Analisi delle Logiche Soggettive, è un metodo di analisi delle parole ("lexèmes") di un testo parlato o scritto, ispirata per la psicanalisi, che permette, senza ricorrere al no-verbale (intonazioni, gesti, mimici), di avere un'idea della personalità dell'autore e di quelli che può sperare di persuadere o sedurre.
 

 

Résumé : Blog de diffusion de textes et de discussions autour de l'Analyse des Logiques Subjectives, méthode linguistique originale d'analyse de discours partant des métaphores courantes et de la psychanalyse.

Abstract : Blog about "Analysis of Subjective Logics ", an original linguistic approach in discourse analysis.


Mots-clé : analyscience, linguistique, analyse de discours, métaphore, psychanalyse, Lacan, psychologie, psychologie sociale, psychose, paranoïa, schizophrénie, rhétorique, argumentation, épistémologie, poésie, littérature, Baudelaire, traduction, malentendu, expressions figées, Jean-Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, hystérie, obsession, phobie, angoisse, inconscient, rêve, rébus, subjiciel, machina subjectiva

Keywords : linguistics, "discourse analysis", metaphor, psychoanalysis, Lacan, psychology, social psychology, psychosis, paranoia, schizophrenia, rhetorics, argumentation, epistemology, poetry, litterature, Baudelaire, translation, misunderstanding, frozen expressions, Jean-Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, hysteria, fixed idea, phobia, anxiety, the unconscious, dream, rebus, subjiciel, machina subjectiva

Schlüsselwörter : Linguistik, Redeanalyse, Metapher, Psychoanalyse, Lacan, Psychologie, soziale Psychologie, Psychose, Paranoia, Schizophrenie, Rhetorik, Argumentation, Epistemologie, Poesie, Literatur, Baudelaire, Übersetzung, Mißverständnis, starre Ausdrücke, Jean- Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, Hysterie, Zwangsvorstellung, Phobie, Angst, Unbewusstes, Traum, Rebus, subjiciel, machina subjectiva

Palavras-chaves : linguística, análise de discursos, metáfora, psicanálise, Lacan, psicologia, psicologia social, psicose, paranóia, esquizofrenia, retórica, argumentação, epistemologia, poesia, literatura, Baudelaire, tradução, equívoco, expressões bloqueadas, Jean- Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, histeria, idéia fixada, fobia, inquietude, o inconsciente, sonho, rébus, subjiciel, machina subjectiva

Palabras-clave : lingüistica, análisis de discurso, metáfora, psicoanálisis, Lacan, psicología, psicología social, psicosis, paranoïa, esquizofrenia, retórica, argumentación, epistemología, poesía, literatura, Baudelaire, traducción, malentendido, expresiones cuajadas, Jean-Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, histerismo, obsesión, fobia, angustia, inconsciente, sueño, jeroglífico, subjiciel, machina subjectiva

Parola-chiave : linguistica, analisi di discorso, metafora, psicanalisi, Lacan, psicologia, psicologia sociale, psicosi, paranoia, schizofrenia, retorica, argomentazione, epistemologia, poesia, letteratura, Baudelaire, traduzione, malinteso, espressioni idiomatiche, Jean-Claude Milner. , Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, isterismo, ossessione, fobia, angoscia, inconscio, sogno, rebus, subjiciel, machina subjectiva
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12 juillet 2009 7 12 /07 /juillet /2009 09:10



Référence : Jean-Claude Milner : L’Œuvre claire (Paris : Seuil. 1995)


4ème de couverture :

"Faire constater clairement qu'il y a de la pensée chez Lacan. De la pensée, c'est-à-dire quelque chose dont l'existence s'impose à qui ne l'a pas pensé. Tel est le projet.

Il faut établir qu'existent chez Lacan des propositions suffisamment robustes pour être extraites de leur champ propre, pour supporter des changements de position et des modifications de l'espace discursif. En revanche, il n'est pas nécessaire d'être exhaustif ; il suffit que quelques propriétés de ce type soient reconnues pour quelques propositions.

Ainsi caractérisé, ce projet se définit en extériorité,et en incomplétude: situer quelques reliefs extérieurs (Koyré, Kojève, Jakobson, Bourbaki, etc.) que le discours lacanien a heurtés, contournés, divisés, non sans en recevoir une forme et non sans leur en conférer une. On peut appeler cela un matérialisme discursif".


Voici, pour commencer, la Table des matières :


INTRODUCTION

CHAPITRE PREMIER. Considérations sur une œuvre

* * *

CHAPITRE II. Le doctrinal de science

  •       1. L'équation des sujets et la science
  •       2. La théorie du moderne
  •       3. La stylistique historiciste
  •       4. L'epistèmè antique
  •       5. Que l'historicisme n'est pas nécessaire
  •       6. Littéralité et contingence
* * *

CHAPITRE III. Le premier classicisme lacanien

  •       1. Le langage de la coupure
  •       2. Le paradigme de la structure
  •       3. Le sérieux de la structure
  •       4. Vers une lecture transcendantale
* * *

CHAPITRE IV. Le second classicisme lacanien

  •       1. Les instabilités du premier classicisme
  •       2. Le mathème
  •               2.1. La fonction et la forme du mathème
  •               2.2. La lettre
  •       3. La mathématique
  •       4. La visibilité du littéral
  •       5. L'antiphilosophie
* * *

CHAPITRE V. La déconstruction

* * *



Notre résumé a pour méthode de n'utiliser, dans la mesure du possible, que les phrases mêmes de l'auteur. Comme il le dit des "serviteurs de la justesse et de la clarté" vis-à-vis de Lacan, la meilleure méthode est d'éclairer Milner par Milner. "Quelles que soient les œuvres, les élucidations les plus irréprochables obéissent à ce principe". Il s'agit donc en quelque sorte ici d'un AUTO-RÉSUMÉ ...



INTRODUCTION


Milner ne se propose pas d'éclairer la pensée de Lacan. Cela n'est pas urgent. Lacan est un auteur cristallin. Il suffit de le lire avec attention. Pour guider de telles lectures il y a des institutions sérieuses, des ouvrages excellents, et des commentaires parfaits, sauf que les meilleurs ne sont ni les plus accessibles ni les mieux connus.

Un Lacan selon l'ordre des raisons n'existe pas. Un jour peut-être il faudra faire retour à Lacan, comme il a dû faire retour à Freud. L'erreur de lecture, prévisible et  nécessaire, fait partie du sérieux des destinées. En France le temps de se déployer lui a manqué.

Il est donc inopportun de saisir Lacan dans sa logique interne, et de l'exposer de façon à corriger d'éventuels contresens. Milner veut non pas éclairer la pensée de Lacan, ni rectifier ce qui en a été dit, mais faire constater clairement qu'il y a de la pensée chez Lacan, c'est-à-dire quelque chose dont l'existence s'impose à qui ne l'a pas pensé.

Les serviteurs de la justesse et de la clarté ont raison de supposer cette existence donnée, et que la meilleure méthode est d'éclairer Lacan par Lacan.  Mais quand l'existence n'est pas supposée donnée, il faut procéder autrement.

Le seul support témoignant d'une pensée, ce sont des propositions. Il y a de la pensée chez Lacan, si y existent des propositions. Rien n'existant sans propriétés, et rien n'ayant de propriétés qui ne soient indépendantes du milieu, il faut établir qu'existent chez Lacan des propositions suffisamment robustes pour être extraites de leur champ, pour supporter des changements de position et des modifications de l'espace discursif. Mais sans être exhaustif : il suffit que quelques propriétés soient reconnues pour quelques propositions. Ainsi caractérisé, le programme se définit en extériorité et en incomplétude.

Milner compte restituer certaines articulations seulement, sans mettre au jour la construction générale de l'œuvre. Il accordera de l'importance à la question de la science, insistante chez Lacan ; mais d'elle on peut pas déduire tous les concepts fondamentaux de la psychanalyse. Pour Lacan, la question de la science est décisive, et pourtant suffisamment étrangère à l'essentiel pour qu'un garant extérieur – Koyré – suffise. De même, le paradigme de la linguistique structurale a été important pour lui, et pourtant il semble ne jamais avoir pratiqué les travaux propres à cette discipline, comme si sa pure et simple existence suffisait pour protéger les espaces à conquérir.

Il est un bon usage de l'extériorité. La doctrine lacanienne de la science est dérivée de Koyré, mais le détourne. Elle manifeste des propriétés de cette doctrine parfois latentes. De même pour la doctrine structurale, Lacan se tenant à son égard dans une position paradoxale d'inclusion externe. En retour, l'extériorité des doctrines de la science et de la structure, avec leurs thèses discriminantes, permet de violenter le lieu naturel des propositions lacaniennes ; on fait apparaître ainsi des propriétés objectives et quasi matérielles.

Pour se cogner aux murs, pas besoin de connaître le plan de la maison. Mieux : pour rencontrer les murs là où ils sont, mieux vaut ne pas connaître le plan, ou  ne pas en  tenir compte. Il est deux manières de reconnaître la figure d'un objet :

  • partir de son intérieur et, par une composition de lois, en générer les contours. Ainsi fait le linguiste, construisant une grammaire.


  • partir de l'extérieur ; établir comment les corps voisins, par leur disposition latérale, déterminent la forme d'un espace où se loge l'objet. Ainsi font les fleuves et les villes.


Milner choisit la seconde voie : décrire quelques reliefs extérieurs que le discours lacanien a heurtés, contournés, érodés. Il en a reçu une forme et leur en a conféré une. C'est un "matérialisme discursif". C'est ainsi que se légitiment les techniques de lecture de Freud ou de Lacan. Déplacer les accents, pour faire entendre le réel de la matrice rythmique. Rompre les liaisons visibles, pour manifester les liaisons réelles. Faire s'évanouir les significations, complètes, pour faire émerger le sens, lacunaire.

L'exhaustivité n'est pas requise. Le matérialisme discursif sera satisfait si quelques propriétés de quelques propositions ont été rencontrées. Des points primordiaux au regard de la doctrine interne (désir, objet a, phallus, tout ce qui légitime l'existence de propositions cliniques) ne seront pas abordés. Ce ne sera pas un défaut.

La grandeur de tous les matérialismes authentiques est de n'être pas totalisants. À eux conviennent les lectures non totalisantes. Le Lacan que propose Milner sera confirmé s'il se découvre aussi incomplet que Lucrèce ou Marx.

Enfin nul engagement personnel ne devra être perçu. Milner ne souhaite pas faire entendre ce qu'il pense sur Lacan ou sur la conjoncture qui l'inclut et qu'il éclaire. Une pensée personnelle n'aurait ici aucune pertinence.

La pensée est une chose trop sérieuse pour la laisser aux personnes, sinon à titre d'exception. Lacan en est sans doute une. Si pensée il doit y avoir dans le monde, Milner tient pour éthique de faire en sorte qu'il y en ait le plus possible, et que l'existence s'en impose au plus grand nombre possible. C'est la seule justification pour qu'un texte existe, plutôt que pas. mais à une condition : que, sauf exception, la pensée soit seulement celle des objets.




CHAPITRE PREMIER. Considérations sur une œuvre

 

L'œuvre de Lacan comporte les Séminaires, transcrits, et les Scripta (Les Écrits, et autres textes). La notion d'œuvre est moderne, c'est une forme qui organise la culture.

 

Ce qui agit dans la science ne s'inscrit pas dans la forme d'œuvre. La culture, comme hors-science, vient relayer l'amnésie systématique de la science en progrès, comme hors-culture..

 

Les élèves de Saussure ont pris le parti de l'œuvre.

 

Freud délaisse la monographie pour la forme d'œuvre, qui s'imposera.

 

Lacan, après avoir failli se taire, délaisse la monographie (revue savante La psychanalyse) pour la forme d'œuvre (Les Écrits). Comme Freud, il avait besoin de la culture pour se faire entendre.

 

Milner a longtemps cru que Le Séminaire était une œuvre.

 

Quel rapport entre Le Séminaire et les Scripta ? Pour Platon et Aristote on distingue :

 

  • l'enseignement exotérique, adressé à ceux qui sont hors de la philosophie, qui est écrit,
  • l'enseignement ésotérique, adressé à ceux qui sont dans la philosophie, qui est oral (éventuellement transcrit).


Il peut y avoir du plus complet, du plus précis, du plus clair dans les transcrits ésotériques, pas l'inverse.

Dans les écrits exotériques, il peut y avoir de la protreptique : procédure discursive qui a pour fonction d'arracher le sujet à la doxa pour le tourner vers la theoria.

Milner a longtemps pensé que Le Séminaire était ésotérique tandis que les Scripta étaient exotériques, donc que Le Séminaire était indispensable à l'interprétation des Scripta.

 

Aujourd'hui il déclare s'être trompé : Les Séminaires sont exotériques (tissus d'une protreptique "négative", violente et impolie), ce sont les Scripta qui sont ésotériques - au sens où l'est le corpus aristotélicien. Le rapport s'est inversé :

  • l'enseignement ésotérique est écrit,
  • l'enseignement exotérique est parlé et transcrit.

Il n'y aura jamais rien de plus dans Les Séminaires que dans les Scripta. Mais il peut toujours y avoir quelque chose de plus dans les Scripta que dans Les Séminaires. Si l'œuvre de Lacan existe, elle est tout entière dans les Scripta.

Dans les Scripta la protreptique négative est remplacée par les procédures dites "gongoristes", ou plutôt par "l'écriture artiste".

Les propositions relevant de la transmissibilité du savoir sont tout autres : syntaxe la plus simple possible et récurrence. Milner les appelle logia (pluriel de logion) :

  • Ils sont récurrents, véridiques, essentiels et susceptibles d'être interprétés intégralement par eux-mêmes,
  • ils ne sont ni anodins, ni inconsistants, ni incomplets,
  • ils ne sont pas énigmatiques. Ils relèvent du bien dire.

Dans les Scripta s'entrelacent les contournements protreptiques et les propositions de savoir.

Celui qui s'intéresse au savoir a toujours le droit de négliger Les Séminaires.

Lacan s'est intégralement fié à l'écrit pour transmettre sa doctrine. On rejettera définitivement la constellation spiritualisante qui s'ancre dans la parole de Lacan : Parole, Présence, Maître, Disciples, Remémoration, le "théâtre sacramentel". La doctrine entière du mathème sera faite pour s'opposer à une telle mise en scène (mythification du fait que Lacan a enseigné oralement).

Lacan se situe entièrement dans un univers où la relation de la vérité à l'écrit n'est plus problématique. Lire Lacan, c'est lire ce qui est écrit, et singulièrement dans les Scripta, en le débarrassant des obscurités qu'y jette occasionnellement le parler protreptique.


[ CHAPITRE II : A suivre ici ]




On consultera avec intérêt le texte suivant : SCIENCE > Sujet (http://psychanalyse-non-psychanalyse.blogspot.com/2009/01/science-sujet.html)

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Voici par ailleurs  d'autres billets sur des thèmes voisins :

Alternative à la triade "Réel, Symbolique, Imaginaire"

Analogie de l'ordinateur ; Subjectivité Artificielle ; Machina subjectiva

Conférence du 24/09/2009 sur la psychothérapie des psychoses 

Groupe, individu, sujet 

Métaphore et connaissance 

Rien n'est tout ! 

La métaphore du cycle de l'eau 

Glossaire de l'A.L.S. 



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Français

L'A.L.S. (Analyse des Logiques Subjectives) est une méthode d’analyse des mots (lexèmes) d’un texte parlé ou écrit, inspirée par la psychanalyse, qui permet, sans recourir au non-verbal (intonations, gestes, mimiques), d’avoir une idée de la personnalité de l’auteur et de ceux qu’il peut espérer persuader ou séduire.

English
A.L.S (Analysis of Subjective Logics) is an analytical method concerned with the words (lexical items) of a spoken or written text. Drawing on psychoanalysis, it allows one, without resorting to the non-verbal (intonations, gestures, mimics, etc.), to get an idea of the personality of the author as well as of those one expects to persuade or to entice.

Deutsch
Die A.L.S (Analyse der Subjektiven Logiken) ist eine Untersuchungsmethode der Wörter (lexikalische Einheiten) eines gesprochenen oder geschriebenen Textes, mit einer Inspiration der Psychoanalyse, der erlaubt, ohne sich an das Nichtverbale (Intonationen, Bewegungen, Mimiken, u.s.w.) zu wenden, eine Idee der Personalität des Autors und derjenigen zu bekommen, die er zu überreden oder zu bezaubern hofft.

Português
A A.L.S. (Análise das Lógicas Subjetivas) é um método de análise das palavras (unidades lexicais) de um texto falado ou escrito, inspirado pela psicanálise, que permite, sem recorrer ao não-verbal (intonações, gestos, mímicas, etc.), ter uma idéia da personalidade do autor e daqueles que ele pode esperar persuadir ou seduzir.

Español
El A.L.S. (Análisis de las Lógicas Subjectivas) es un método de análisis de las palabras (lexemas) de un texto hablado o escrito, inspirado por la psicoanálisis, que permite, sin recurrir al no verbal (intonaciones, gestos, mímicas), tener una idea de la personalidad del autor y de aquellos a los que puede esperar persuadir o seducir.

Italiano
L'A.L.S. (Analisi delle Logiche Soggettive, è un metodo di analisi delle parole ("lexèmes") di un testo parlato o scritto, ispirata per la psicanalisi, che permette, senza ricorrere al no-verbale (intonazioni, gesti, mimici), di avere un'idea della personalità dell'autore e di quelli che può sperare di persuadere o sedurre.




Résumé : Blog de diffusion de textes et de discussions autour de l'Analyse des Logiques Subjectives, méthode linguistique originale d'analyse de discours partant des métaphores courantes et de la psychanalyse.

Abstract : Blog about "Analysis of Subjective Logics ", an original linguistic approach in discourse analysis.


Mots-clé :
analyscience, linguistique, analyse de discours, métaphore, psychanalyse, Lacan, psychologie, psychologie sociale, psychose, paranoïa, schizophrénie, rhétorique, argumentation, épistémologie, poésie, littérature, Baudelaire, traduction, malentendu, expressions figées, Jean-Claude Milner, L’Œuvre claire, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Luce Irigaray, Hélène Cixous, Deleuze, Guattari, hystérie, obsession, phobie, angoisse, inconscient, rêve, rébus, subjiciel, machina subjectiva

Keywords :
analyscience, linguistics, "discourse analysis", metaphor, psychoanalysis, Lacan, psychology, social psychology, psychosis, paranoia, schizophrenia, rhetorics, argumentation, epistemology, poetry, litterature, Baudelaire, translation, misunderstanding, frozen expressions, Jean-Claude Milner, L’Œuvre claire, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Luce Irigaray, Hélène Cixous, Deleuze, Guattari, hysteria, fixed idea, phobia, anxiety, the unconscious, dream, rebus, subjiciel, machina subjectiva

Schlüsselwörter :
analyscience, Linguistik, Redeanalyse, Metapher, Psychoanalyse, Lacan, Psychologie, soziale Psychologie, Psychose, Paranoia, Schizophrenie, Rhetorik, Argumentation, Epistemologie, Poesie, Literatur, Baudelaire, Übersetzung, Mißverständnis, starre Ausdrücke, Jean- Claude Milner, L’Œuvre claire, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Luce Irigaray, Hélène Cixous, Deleuze, Guattari, Hysterie, Zwangsvorstellung, Phobie, Angst, Unbewusstes, Traum, Rebus, Subjiciel, machina subjectiva

Palavras-chaves :
analyscience, linguística, análise de discursos, metáfora, psicanálise, Lacan, psicologia, psicologia social, psicose, paranóia, esquizofrenia, retórica, argumentação, epistemologia, poesia, literatura, Baudelaire, tradução, equívoco, expressões bloqueadas, Jean- Claude Milner, L’Œuvre claire, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Luce Irigaray, Hélène Cixous, Deleuze, Guattari, histeria, idéia fixada, fobia, inquietude, inconsciente, sonho, rébus, subjiciel, machina subjectiva

Palabras-clave :
analyscience, lingüistica, análisis de discurso, metáfora, psicoanálisis, Lacan, psicología, psicología social, psicosis, paranoïa, esquizofrenia, retórica, argumentación, epistemología, poesía, literatura, Baudelaire, traducción, malentendido, expresiones cuajadas, Jean-Claude Milner, L’Œuvre claire, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Luce Irigaray, Hélène Cixous, Deleuze, Guattari, histerismo, obsesión, fobia, angustia, inconsciente, sueño, jeroglífico, subjiciel, machina subjectiva

Parola-chiave :
analyscience, linguistica, analisi di discorso, metafora, psicanalisi, Lacan, psicologia, psicologia sociale, psicosi, paranoia, schizofrenia, retorica, argomentazione, epistemologia, poesia, letteratura, Baudelaire, traduzione, malinteso, espressioni idiomatiche, Jean-Claude Milner, L’Œuvre claire, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Luce Irigaray, Hélène Cixous, Deleuze, Guattari, isterismo, ossessione, fobia, angoscia, inconscio, sogno, rebus, subjiciel, machina subjectiva
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