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  • : TOUT SUR L'A.L.S. (Analyse des Logiques Subjectives©)
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  • : Blog scientifique sur l'A.L.S. (Analyse des Logiques Subjectives©), méthode originale d'analyse de discours partant des métaphores quotidiennes et de la psychanalyse. Applications dans de nombreux domaines des Sciences Humaines et Sociales : linguistique, littérature (Camus), poésie (Baudelaire), traduction, rhétorique, argumentation, psychologie sociale. Textes, articles, exercices, discussions,dictionnaires.Google+
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28 juillet 2009 2 28 /07 /juillet /2009 21:43


[ Le début du résumé se trouve ici  ]

Référence : Jean-Claude Milner : L’Œuvre claire (Paris : Seuil. 1995)


 
CHAPITRE III : Le premier classicisme lacanien

1. Le langage de la coupure

Le doctrinal de science, avec ses théorèmes, ses hypothèses et ses lemmes permet de baliser l'espace des propositions doctrinales lacaniennes. Il pourrait constituer un analyseur de la pensée des années soixante, qui s'accordait sur une thèse axiomatique : 'il y a des coupures'. Elle l'entendait en style historisant. Le doctrinal, plus tard, l'entendra autrement. Dans les années soixante, il partageait l'interprétation commune.

L'axiome d'existence des coupures et sa lecture chronologique n'ont rien de nouveau. Ils se retrouvent chez de nombreux auteurs. Les lettrés de langue française ont commenté ainsi l'avant et l'après de la Révolution. L'axiome des coupures devenait le poinçon de la politique ; pour certains l'affirmer valait  engagement.



Dans Le Degré zéro de l' écriture, Barthes énonce la thèse : `la Littérature est intrinsèquement moderne', modernité datable de l'avènement de la bourgeoisie comme classe dominante. Selon lui, la coupure dont la Littérature est le nom s'articule à d'autres : coupures politiques et sociales des XVIe siècle et XVIIIe siècle ; rien n'exclurait pour lui la coupure koyréenne.

L. Althusser pose les termes qui permettraient de construire la mise en relation. Son hypothèse :

  • 'l'univers de la science moderne est coextensif au marché mondial'.


Elucider les fondements matériels du second, c'est éclairer les fondements de légitimité du premier – et réciproquement. Or, la notion d'univers et la notion de science se coappartiennent (théorie de l'univers = science ; objet de la science = univers). Parallèlement, une théorie complète du marché mondial, ce serait une théorie du capitalisme. Cette théorie et la doctrine de la science moderne ont partie liée, pas seulement parce que Marx, écrivant Le Capital, s'inscrit dans le mouvement de la science. La relation touche pour son œuvre aux fondements de son programme de recherche et à la définition de son objet.

Ainsi se dispose, par l'intermédiaire de Marx, une constellation de thèses connexes. Le propre des années soixante n'est pas l'affirmation des coupures, mais la fonction discursive qu'on reconnaît à cette affirmation. Les coupures sont pensées comme l'analogue, dans l'univers des pensées, des césures historiques du marxisme. On conserve une relation formelle au marxisme, sans y demeurer assujetti.


Sans reprendre la mécanique discursive qui a fait passer du progressisme politique (Sartre) à des propositions disjoignant choix politiques et choix intellectuels, il suffit d'établir en quoi le doctrinal de science exhibe en consistance et en complétude des logiques retrouvées ailleurs sous forme historisante.

Il convient de passer par Foucault qui, seul dans la conjoncture pertinente, a opéré une variation significative. Mieux que tout autre, il avait compris les apparentements que pointe Milner, mais a-t-il accepté le doctrinal de science ?

Il a accepté l'axiome d'existence des coupures, mais pour le dissoudre en une famille de problèmes : qu'est-ce qu'une coupure, à quoi la reconnaît-on, y en a-t-il de plusieurs espèces, etc. ? Le programme de Foucault construit une typologie générale de toute coupure discursive possible : une topologie du concept.

Foucault ne se donne pas l'Histoire. Même s'il maintient une sériation chronologique, les pivots en sont fragilisés ; les noms d'Antiquité, de Moyen Age, de Temps modernes apparaissent frappés d'une suspicion de principe. Maintenant la chronologie, Foucault conserve le nom d'histoire, mais banalisé (histoire de la folie, histoire des corps, histoire de la sexualité), comme une insolence adressée aux emplois absolus (« penser l'Histoire », « faire l'Histoire ».
À sa méthode, il préfère donner le nom d'archéologie.

La théorie générale de Foucault n'est pas suffisante au doctrinal de science, donc à autoriser le discours de Lacan. Elle ne contient pas tous les axiomes dont Lacan a besoin. Pour Foucault, Lacan contient des axiomes en excès, en ce qui concerne les coupures comme telles.

En effet, Foucault est radicalement sceptique à à l'égard non de leur existence mais de leurs types possibles ; sont rejetées les thèses de Kojève et Koyré : on ne suppose que ce que suppose l'affirmation 'il y a des coupures' ; le reste est affaire empirique.

Cette affirmation, selon Foucault, pose seulement :

  • (1) qu'il existe des hétérogénéités entre discours
  • (2) que ces hétérogénéités laissent des traces repérables et datables dans la chronologie,

mais ne suppose pas que ces traces se regroupent en simultanéités générales. La césure d'hétérogénéité qui affecte tel discours A peut ne pas affecter en même temps tel discours B, pourtant compossible avec A.

Or, la combinaison des propositions de Koyré et de Kojève semble affirmer qu'une coupure peut affecter non seulement deux discours, mais tous les discours compossibles (usage de termes totalisants, « le monde de l'à-peu-près », « l'univers de la précision »). Appelons majeure une telle coupure. Le doctrinal de science se reformulera ainsi :

  • 'la coupure entre épistémé et science moderne est une coupure majeure'.


Cette lecture qu'en donne Lacan s'impose si le doctrinal doit inclure une théorie du sujet moderne (hypothèse du sujet de la science), et encore plus s'il doit s'adjoindre l'hypothèse d'Althusser (Lacan ne s'est pas intéressé directement à Barthes).

Autrement dit : selon Lacan, le mot « moderne » sténographie une coupure majeure.

Si on suppose cette coupure, on suppose qu'elle affecte tous les discours compossibles : aucun n'en est "immune" [indemne], en tant qu'il est moderne. Ni l'économie matérielle (Althusser), ni les lettres (Barthes), ni les philosophies politiques (L. Strauss ou C. Schmitt), ni les images (Panofsky), ni la philosophie spéculative (Heidegger). Ni enfin la conscience : la psychanalyse atteste que la vie intérieure même n'est pas immune à la coupure ; il y a un sujet moderne, et de son instauration la psychanalyse est à la fois la preuve et l'effet.

Le dispositif du doctrinal de science repose sur un axiome d'existence supplémentaire :

  • 'non seulement il y a des coupures, mais il y a des coupures majeures'.


Or, Foucault suppose apparemment le contraire. Tout son propos repose sur la possible non-coïncidence et non-homologie des coupures, sur des décrochages constants, des contretemps, des effets de turbulence.

Ainsi le galiléisme du début du XVIe siècle peut constituer une coupure dans la science de la nature, mais pas dans les discours qui touchent au parler, au classement, à l'échange, marqués d'une autre coupure, datant de la fin du XVIIIe siècle et indifférente à la physique mathématisés. Chacune de ces coupures retire à chacune des autres les propriétés d'une coupure majeure. Des coupures (presque) contemporaines l'une de l'autre – ex : le galiléisme et le grand Renfermement – ne sont pas nécessairement articulées l'une à l'autre. C'est l'illusion caractéristique du discours « psy » que de croire à cette articulation entre théorie de l'intime et théorie des processus publics.


Un discours peut toujours être immune aux coupures réputées majeures : christianisme, capitalisme, science moderne. Les coupures peuvent être désynchronisées les unes des autres même quand elles seraient simultanées. On pourrait déceler chez Foucault une suspicion politique : la coupure majeure revêt les traits de la « Révolution ». De même que la science moderne est supposée née d'une révolution scientifique, de même le discours politique moderne a construit le type de la Révolution et y mesure tout objet politique. Or, selon Foucault, la Révolution n'existe pas ; y croire conduit à la catastrophe. Parallèlement, la figure discursive de la coupure majeure, pour moins coupable qu'elle soit, n'est pas moins trompeuse.

Aussi la coupure est-elle le multiple même. Souvent innommée, elle se loge au cœur des nominations, dont elle articule le système. Foucault, le premier, avait rapporté le discours au seul régime des noms, et travaillé à le baliser de leurs seules compatibilités et incompatibilités. Pourtant, il n'avait pas cédé à la tentation qu'en dernière instance il n'y ait qu'un seul discours, car tout nom en vaut un autre. Jamais, il ne céda sur l'hétérogénéité des noms, c'est-à-dire sur leur inégalité. La coupure ne désigne rien d'autre.

Elle est ce qui dit non à la synonymie foisonnante. Ceci éclaire l'aphorisme de René Char, mis au dos de L'Histoire de la sexualité : « l'histoire des hommes est la longue succession des synonymes d'un même vocable. Y contredire est un devoir ». Les coupures sont des rébellions discursives ; leur surgissement est aussi dispersé que le sont les désordres ; l'axiome d'existence le cède à un commandement éthique et politique :

  • 'on a toujours raison de se révolter contre les synonymes'.


Pas de coupures majeures, mais des systèmes de coupures indépendants les uns des autres et non synchrones.  Moyennant une méthodologie intelligente, chaque discours peut donc tour à tour servir à quelque autre de solide de référence. Nul besoin d'un Repère absolu qui soit hors coupure, puisque les dysharmonies et les turbulences se repèrent mutuellement.

À
moins que certain effet de passion constitue, l'espace d'un instant, une configuration empirique en Repère. Ainsi Foucault a souvent assumé une fonction d'intervention par les voies du Journal. Elle dépend de son axiomatique ('il n'y a pas de coupures majeures') en la corrigeant d'une proposition pratique : 'il y a telles circonstances qui, l'instant d'une passion, font effet de coupure majeure et de Repère'.

À cet effet, Foucault a donné un nom. Il a développé le concept d'« enquête-intolérance » : mettre au jour par les voies de l'enquête la plus rigoureuse un objet empirique, tel qu'il éveille chez ceux qui en prenaient connaissance le point d'intolérance – le jugement que cela ne se laisse pas tolérer. L'intellectuel n'a pas d'autre maxime éthique que de faire naître ce jugement chez ceux qui ne profèrent rien. De ce point d'intolérance, suscité à l'intérieur des limites de l'enquête, revenir comme si l'on revenait d'un point extérieur, situé par-delà une coupure majeure (virtuelle), sur l'intégrale des discours (non constructible) et la juger ( jugement qui ne s'autorise que de sa profération éphémère).

Mais si Lacan a raison, s'il existe des coupures majeures, alors il faut un solide de référence, immune aux coupures, qui doit permettre de traiter les homonymies et les suspens de synonymie à quoi les coupures se ramènent. La question du lieu d'immunité n'est traitée ni par Koyré, ni par Kojève, ni par Lacan.

Dans une lecture historisants, elle appelle pourtant une première réponse : il y a un ensemble de réalités immunes aux coupures, ce sont les langues. Relativement aux discours et à leurs déplacements, seule une langue donnée est le lieu où les homonymies se laissent saisir.

Supposer qu'il y a des coupures majeures, c'est aussi supposer qu'elles n'affectent pas la langue, ce que Staline avait cherché à établir. Dans sa scolastique marxiste, il y était parvenu, et on est en droit de parler d'un véritable théorème de Staline :

  • 'il y a des changements de l'infrastructure qui n'entraînent pas de changements dans la langue'
  • 'il y a des changements dans la langue qui ne dépendent pas de changements dans l'infrastructure' ;


mais tout changement dans l'infrastructure affecte chacune des instances superstructurelles ; tout changement de l'infrastructure est une coupure majeure. En retour, le marxisme classique suppose que seul un changement de l'infrastructure peut produire une coupure majeure. On peut donc reformuler le théorème de Staline :

  • 'la langue est immune aux coupures majeures' (ou, dans un langage politique : `la langue est immune aux révolutions').


Ce théorème n'est vrai que de la langue comme forme. Staline suppose donc que la langue comme forme existe (opposable à la langue comme substance). C'est ce que la linguistique appelait la structure. Jakobson se reconnut dans le théorème et l'avalisa.

Se référant à la structure (« l'inconscient est structuré comme un langage »), Lacan se prononce sur la question du Repère, apparemment sur le même mode que Staline.

D'où la relation que Lacan croit pouvoir construire : si ce que Lacan dit de la langue est vrai, alors le marxisme peut être vrai, mais pas nécessairement ; si ce que le marxisme – c'est-à-dire Staline – dit de la langue est vrai, alors Lacan est nécessairement vrai.

La relation est plus étroite encore pour le doctrinal de science, qui dans sa lecture historisante requiert le théorème de Staline
ainsi que le lemme de Staline :

  • 'la langue, en tant que forme, est le repère qui permet de constater les coupures majeures',


et ce dans la mesure où il dépend du théorème de Kojève.

En allant au-delà des textes eux-mêmes on peut déceler, dans le théorème de Staline, de quoi résoudre une difficulté du doctrinal.

Le statut de la mathématique et celui de la logique y sont problématiques. La mathématique est-elle soumise à la coupure galiléenne ? On répond en général non. Il n'y a pas de rupture absolue entre la mathématique grecque et la mathématique cartésienne ou cantorienne, seulement des différences. Ainsi la mathématique est en position de fonctionner comme un repère à l'égard de la coupure majeure.

La mathématique n'est pas une science galiléenne, une science popperienne ; le contingent ne la concerne pas. Ceci explique que l'immunité de la mathématique à l'égard de la coupure majeure est au principe de la coupure elle-même.

La mathématique a strictement le statut d'une langue. Sa définition langagière est devenue prévalente chez les modernes. Elle est déjà présente dans Galilée : faire de la mathématique l'alphabet de l'univers, c'est lui conférer un statut qui sera assez généralement accepté. Que la mathématique soit une langue se noue de manière élégante au doctrinal de science et résout le paradoxe par quoi l'on ne peut reconnaître une coupure que par ce qui s'en excepte.

Interpréter le doctrinal de science en termes historisants, attribuer aux mathématiques une continuité immune aux coupures majeures, leur reconnaître une implication constituante dans la coupure majeure de l'univers moderne, les définir comme une langue, être stalinien en matière de langue, cela constitue cinq décisions solidaires.

La théorie foucaldienne est tout autre ; elle peut intégrer l'hypothèse que les langues n'échappent pas aux coupures disjointes et turbulentes. Antistalinien en politique, Foucault s'abstient, sur les langues, de prononcer aucun jugement : impossible de déterminer chez lui si elles sont ou non des superstructures.

Foucault n'a jamais usé qu'avec prudence de raisonnements fréquents chez ses confrères : conclure de l'apparition ou de la disparition des mots à celles des choses. Certains de ses travaux majeurs reposent sur l'hypothèse inverse : le même mot « folie » et le même mot « prison » apparaissent de part et d'autre de la coupure qui affecte les discours où ces mots apparaissent.

La langue n'importe pas à Foucault, ni le langage. La linguistique ne lui avait fourni que des analogies, autorisées par la conjoncture des années 60. Les mots et les phrases constituent la cause matérielle des discours. Mais ceux-ci ont leur propre loi, qui ne doit rien à celles gouvernant les mots et les phrases. La loi des discours se ramène à une seule :

  • 'il y a des discontinuités', ou 'l'on doit dire non aux synonymies'.


Voilà le seul objet qu'on puisse traiter, par une physique des tourbillons, où rien n'existe qui mérite d'être tenu pour absolu.

Par contraste, chez Lacan, il y a non seulement des discontinuités, mais des discontinuités telles qu'elles affectent tous les discours. Il y a des mouvements absolus, donc quelque chose comme un repère absolu.

Sous le nom de Jakobson, il convient de déchiffrer celui de Staline : l'affirmation que le repère absolu, indépendant de l'infrastructure et des superstructures, est la structure des langues naturelles, intégrables à un concept formel unique : le langage. Or, avec Staline on en reste à l'Histoire. Mais Lacan ne croit pas à l'Histoire.

Si la coupure majeure est interprétée en termes historisants, alors Staline est nécessaire ; il n'est évitable que si une interprétation non historisants est construite. C'est pourquoi Lacan tient à ne pas s'arrêter au langage. Le repère absolu n'est pas le langage ni les langues, mais ce dont le langage, ramené à son réel, est le tenant-lieu. C'est-à-dire le sujet.

On retrouve la théorie des quatre discours, qui :

  • non seulement propose une théorie non chronologique des discontinuités,
  • non seulement propose une théorie des propriétés absolues de tels ou tels discours,
  • non seulement admet le mouvement absolu (« le quart de tour »),
  • mais détermine et nomme le repère absolu sur quoi elle repose.

Le doctrinal de science, requérant des coupures majeures, suppose ce repère absolu, mais se combine à la théorie des discours, donc affirme que les coupures majeures ne sont pas chronologiques. Le repère absolu n'a donc pas pour propriété distinctive d'échapper à du chronologique. La théorie non chronologique des coupures reposant sur une théorie des places, la propriété du repère réside dans sa capacité à occuper quelque place que ce soit où il lui advient d'insister. Le seul réel qui présente cette propriété d'atopie et d'insistance est le sujet du signifiant. Les théorèmes de Koyré et de Kojève ne sont fondés que si l'on admet conjointement l'hypothèse du sujet de la science et la définition du sujet comme sujet d'un signifiant : la science moderne détermine bien un mode de constitution du sujet.

Cette hypothèse elle-même doit être déshistorisée, par la théorie du discours psychanalytique. Soutenir qu'il y a des coupures majeures, c'est soutenir que, du point du sujet, il y a des suspens de synonymies. La doctrine de l'interprétation trouve ainsi sa légitimité. Une interprétation, c'est proférer le mot qui fera qu'entre l'avant et l'après rien ne sera plus synonyme. Un mot n'accomplit cela que s'il touche au sujet. Mais ce point du sujet est cela même que requiert une doctrine générale des coupures comme suspens des synonymies. Le doctrinal de science est lié au noyau le plus intime de la pratique freudienne, dont la théorie des discours expose la matrice, sous le chef du discours psychanalytique. L'équation des sujets se reformule :

  • 'la praxis de la psychanalyse est interprétation ;
  • 'le sujet que requiert la psychanalyse – en tant qu'elle interprète – est le sujet que requiert la science en tant qu'elle se constitue par une coupure majeure' ;
  • 'toute coupure majeure a la structure d'une interprétation'.


Par là seulement la puissance de Staline est surmontée, c'est-à-dire celle de Marx.



2. Le paradigme de la structure

Chez Lacan, le repère des langues ou du langage (Staline et Jakobson) n'est que le tenant-lieu du sujet. On passe des langues au sujet par la doctrine de l'inconscient structuré comme un langage. Ainsi se comprend la relation au structuralisme.

Lacan est une figure du structuralisme. L'éclairer suppose qu'on explique comment Lacan s'insérait dans le programme structuraliste, et ce qu'était ce programme.

Le structuralisme a constitué, par-delà la mode, une figure de la science, quand on a pensé que la juridiction de la science pouvait s'étendre au-delà des limites jadis reconnues.

Soit l'idéal de la science, comme science mathématisée de l'univers. Pour représenter la science idéale, on ne pouvait, de la mathématisation, proposer qu'une seule preuve saisissable, la mesure quantitative exacte ; un discours empirique sera tenu pour mathématisé si et seulement si ses propositions comportent des mesures ou des repères chiffrés.

Depuis Galilée, les sciences de la nature sont devenues conformes à cette définition ; quand il s'agit d'objets sociaux ou humains, des adaptations sont requises. Soit conserver l'idéal de la mesure (en usant des statistiques), soit le remplacer par une autre figure idéale, soit renoncer à toute figure idéale, etc.

Le structuralisme  se réclame de l'idéal de la science, mais propose une figure nouvelle quant à la science idéale, avec deux modifications ; l'une porte sur les objets empiriques : le structuralisme s'attachant à des objets humains, l'opposition de la nature et de la culture lui est principielle.

L'autre porte sur la mathématisation, entendue désormais en un sens nouveau : il ne s'agit plus de la mesure, mais d'une littéralisation et d'une dissolution non quantitative du qualitatif. C'est une réinterprétation du théorème (iii) de Koyré.

La science moderne poursuit le dessein tenace d'éliminer de la science les qualités. Non seulement les qualités pratiques – bien, mal, utile, plaisant, etc. –, mais surtout les qualités sensibles : rapide, lourd, coloré, chaud, etc. Ce premier geste ne suffit pas à une mathématisation, mais est nécessaire à ce que les propositions mathématiquement littéralisées puissent devenir premières. Les qualités ne sauraient plus apparaître, sinon au titre de sténogrammes seconds, issus de la langue usuelle.

La physique ne dit rien sur le chaud et le froid, mais sur des mouvements de molécules associables à la propriété sensible "chaud", rien sur le clair et l'obscur, mais sur la lumière et les configurations associables aux propriétés sensibles "clair" et "obscur", rien sur les couleurs, mais sur ce qui les suscite pour un être voyant.

À sa manière, le structuralisme en linguistique est lui aussi une méthode de réduction des qualités sensibles. Les langues naturelles ne touchent à la matière sensible que dans un domaine : la forme phonique. Mais dans ce domaine, la méthode a des effets évidents.

Exemple fameux : le traitement des finales occlusives en allemand. Certains linguistes disent « le /d/ en allemand devient sourd en finale de mot ». Cette proposition est inexacte et imprécise : l'occlusive finale, matériellement sourde, ne l'est pas du point de vue de la science. Les propriétés linguistiques ne subsistent que dans une relation d'opposition distinctive. Une entité phonique n'est pas sourde (ou sonore, etc.) par elle-même, mais par la différence avec une autre entité. Ici la finale est une entité, l'archiphonème, sans valeur oppositive, et notée /T/. On compte pour rien la donnée sensible, enregistrable par les appareils. Si l'élément phonique final est « objectivement » sourd pour l'oreille, les phonologistes structuraux ne s'en tiennent pas à cette qualité.

On retrouve ici le geste de la physique mathématisée. La qualité n'est pas ramenée à la quantité, mais n'en est pas moins dissipée, elle n'est pas réduite en figures géométriques, mais s'insère dans un tableau, elle n'est pas exprimée par un calcul numérique, mais n'en est pas moins captée par une littéralisation : écrire l'archiphonème par une majuscule /T/ est une décision qui relève d'une notation aussi rigoureuse qu'une notation algébrique.

On peut parler ici d'une mathématisation étendue, rigoureuse et contrainte, mais aussi autonome relativement à l'appareil mathématique. La linguistique des années 20 s'y employa, et devint dans les années 50 une discipline aussi littérale que l'algèbre ou la logique, mais indépendante d'elles, avec des succès empiriques pour l'ensemble des langues naturelles Elle se comportait strictement en science galiléenne. Galiléisme étendu fondé sur une mathématique étendue, et étendu à des objets inédits.

Cet objet était le langage, qui sépare l'espèce humaine du règne de la nature. De même, l'anthropologie lévi-straussienne obtenait, avec des méthodes comparables
appliquées à des objets non naturels – les systèmes de parenté –, une présentation exhaustive, exacte et démonstrative des fonctionnements. L'appui que Lévi-Strauss trouvait dans la linguistique résidait dans une analogie des procédures et surtout des points de vue constituants.

Sur ce fondement, linguistique et anthropologie, s'est déployé un mouvement de pensée dont l'unité méthodologique et l'
importance épistémologique ne font aucun doute. Que Lacan, dont le rapport au galiléisme est principiel, et qui saisit son objet plus du côté de la culture que de la nature, ait été compté au rang des structuralistes, cela est éminemment explicable.

Le discours de Rome peut être considéré comme un manifeste. On y entend les accents de la lettre de Rabelais : « Les Goths avaient mis à destruction toute bonne littérature. Mais la lumière et dignité a été rendue ès lettres. Maintenant toutes disciplines sont restituées, les langues instaurées... » (Pantagruel). Rabelais ne saurait être galiléen ; mais il est érasmien, porteur de l'idéal de précision littérale. D'Érasme à Galilée, la transition est bonne.

Par les vertus du structuralisme linguistique, on pourrait croire qu'ils se rejoignaient. Jamais l'idéal de précision dans les langues et l'idéal de précision dans la Nature ne s'étaient à ce point rapprochés. A un second Pantagruel est annoncée la naissance d'un galiléisme nouveau, plus extensif que l'ancien (il inclut la culture), fondé comme lui sur les « caractères mathématiques » de Galilée. Ces lettres ne sont pas celles de la mesure, mais celles d'un calcul. Entre-temps la mathématique elle-même s'est présentée pour un symbolisme contraint, disjoint de la quantité.

Du littéralisme explicite de Bourbaki à la littéralisation des linguistes et anthropologues, l'apparentement est, admis par Lacan. Non que la mathématique s'« applique » à des objets non mesurables ou que sont possibles, en linguistique ou en anthropologie, des formalisations autres que mathématiques. La mathématique étend son empire, sans rien céder de son essence. C'est un galiléisme étendu, plus rigoureux, puisqu'il s'autorise d'une mathématique enfin menée à son littéralisme absolu. La linguistique ne compte que pour autant qu'elle propose une mathématique. Le Lacan linguiste est de fait un Lacan mathématicien.

Seule la linguistique structurale a intéressé Lacan. Après Chomsky la linguistique a de moins en moins compté pour lui. Par-delà les relations d'amitié avec Jakobson, et les relations d'estime avec Benveniste, il faut discerner un apparentement à la linguistique structurale. Doivent être considérées des thèses spécifiques, caractérisant la linguistique structurale par opposition à d'autres linguistiques – éventuellement plus récentes – qui pourraient elles aussi être candidates à représenter un galiléisme de la langue.

 
La linguistique structurale repose sur trois thèses minimalistes :

  1. un minimalisme de la théorie : une théorie se rapprochera d'autant plus de l'idéal de la science qu'elle s'imposera, pour une puissance descriptive maximale, d'user d'un nombre minimal d'axiomes et de concepts initiaux ;
  2. un minimalisme de l'objet : on ne connaîtra une langue qu'en s'imposant d'y considérer seulement les propriétés minimales qui en font un système, décomposable en éléments eux-mêmes minimaux ;
  3. un minimalisme des propriétés : un élément d'un système a pour seules propriétés celles qui sont déterminées par le Système.


La thèse (1) est la résurgence de l'axiomatique antique. Que les théoriciens de la linguistique – dont Saussure – n'en aient pas eu conscience semble assuré ; elle leur paraissait aller de soi. Il n'en est rien. Elle a été rejetée par les doctrinaires de la science moderne (Koyré, Popper).

En sorte que la linguistique dont Lacan fait usage, censément porteuse d'une forme neuve de galiléisme, s'appuie paradoxalement sur une figure prégaliléenne de la science. Là réside un élément d'instabilité dont le galiléisme étendu sera affecté. Lacan, au début, n'y semble pas avoir été sensible.

La thèse (2) demeure vide si rien n'est dit sur ce qui fait un système. La réponse remonte à Saussure : il y a système si et seulement s'il y a différence ; rien n'aura à être pris en compte pour connaître une langue, sinon la différence. Un nom du système ramené à sa relation minimale est celui de structure ; le nom de structuralisme en désigne la théorie.

Un système ainsi défini en termes minimaux n'a rien de spécifique aux langues. Le structuralisme est extensible à l'ensemble des objets de la culture, qu'on ne connaîtra adéquatement qu'en s'imposant d'y considérer seulement les propriétés qui s'analysent en relations de différence.

Il s'agit d'un système minimal (propriétés ramenées à un type unique) et aussi d'un système quelconque(objets matériellement variés phonèmes, biens, femmes).

La thèse (3) est beaucoup plus forte que la thèse (2). Combinée à la thèse (2), elle signifie ceci : quant à l'existence, un élément du système ne subsiste que comme terme dans une relation de différence ; quant aux propriétés de l'élément , il n'aura que celles qui concourent à une relation de différence.

Les linguistes structuralistes tiennent à tort ces propositions pour triviales. Elles renversent l'ordre reçu entre propriétés et relations. D'ordinaire, à un existant donné sont attribuées des propriétés ; sur ce fondement on pourra à l'égard d'un autre existant, analysé de manière parallèle et indépendante, conclure qu'ils entretiennent une relation de ressemblance ou de différence.

Ici, la différence est donnée d'abord, et c'est elle qui autorise les propriétés. Il y a une relation de différence qui est antérieure aux propriétés des termes. Le linguiste structuraliste conséquent conclut : il y a des objets linguistiques qualitativement semblables et qui comptent pour deux (le principe leibnizien des indiscernables est rejeté) ; il y a des objets linguistiques qualitativement dissemblables et qui comptent pour un. Benveniste maintient que deux mots grecs domos, homophones et de même signifié ("maison") étaient linguistiquement deux entités séparées ; à l'inverse, le raisonnement par variation libre pose que deux entités phoniquement dissemblables n'en font qu'une du point de vue linguistique (r roulé et r non roulé en français ; plus technique, le raisonnement par distribution complémentaire : ainsi le Ich-Laut et le Ach-Laut de l'allemand comptent pour un seul phonème, précisément parce qu'ils dissemblent l'un de l'autre et ne se rencontrent jamais dans le même contexte. Le /b/ n'est sonore que parce qu'il est différent du /p/ : l'affirmation de la différence précède l'attribution de la propriété « sonore ». Comme il n'y a de propriétés qu'attribuées sur la base de la différence, cela veut dire que la différence elle-même est disjointe de toute propriété.

Elle est même disjointe de l'existence positive, puisque « la langue peut se contenter de l'opposition de quelque chose avec rien » (Saussure). Un néant de matière sonore peut être terme dans une relation de différence et, recevoir des propriétés. C'est la théorie du signe zéro, dont tous les structuralistes ont fait usage, mais dont seuls les linguistes ont posé les éléments. Saussure avait ainsi balayé d'un revers de main un axiome indispensable pour la métaphysique classique : « le néant n'a pas de propriétés ». Le contraire est essentiel à la notion générale de structure ; Lacan s'en souviendra dans la théorie du sujet et du désir ("manque" sténographie une rupture discursive due à la seule structure).

La linguistique structurale use ainsi de la différence pure (qui ne saurait être le dual de la ressemblance). Elle ne connaît pas la relation de ressemblance et n'a rien à en faire ; elle dispose seulement d'une relation de différence, homonyme de la « différence » usuelle, mais qui en est disjointe, puisqu'elle n'a pas d'opposé.




3. Le sérieux de la structure

Sur le minimalisme de la méthode, Lacan ne s'est pas prononcé. La question sera donc laissée de côté.

Lacan a cru au minimalisme de l'objet : comprendre l'inconscient en considérant le fonctionnement d'un système auquel on suppose le moins de propriétés possible. Moyennant des termes initiaux strictement différentiels et des opérations extrêmement peu spécifiées, on peut faire apparaître des régularités – une sorte de paysage matériel et structuré.

Un système quelconque et ramené à ses propriétés minimales prend le nom de chaîne ; ni concaténation (opération formelle) ni l'unidimensionnel comme tel ; ce nom n'est là que pour évoquer, par le caractère minimal de sa dimension unique, le minimalisme du système.

Si la structure est le nom du système quelconque, la chaîne est le nom de la structure minimale. Le structuralisme en linguistique peut s'exprimer ainsi :

'on connaîtra le langage (une langue naturelle donnée) en s'imposant de le considérer uniquement comme une chaîne'.

Une théorie méthodologiquement pure de la chaîne est à la fois possible et féconde.

Ne considérer un élément quelconque que sous l'angle des propriétés minimales que lui attribue un système lui-même ramené à ses propriétés minimales, ne considérer un système quelconque que du point de vue de ses éléments minimaux, c'est ce que sténographie le nom de signifiant : ce nom repris de Saussure s'en écarte, puisqu'il est arraché au couplage symétrique signifiant/signifié où Saussure l'insérait. Il énonce donc deux propositions divergentes :

(i) que la linguistique est réinterprétée,
(ii) que, moyennant cette réinterprétation, il est prouvé qu'à partir de la linguistique une analyse structuraliste est légitime pour d'autres objets que la langue.

Il y a de la part de Lacan un forçage médité. Les linguistes structuralistes complètent généralement la chaîne par une organisation en strates, dont chacune est certes une chaîne, mais il en faut plusieurs pour saisir l'empiricité des langues. Chez Lacan au contraire, les strates n'existent pas. La linguistique ne fait preuve qu'une fois déplacée. On parle comme elle, mais pour dire autre chose.

Dans la notion de chaîne signifiante, tout se coappartient : il n'y a de signifiant que dans une chaîne et pour qu'un système forme une chaîne, il faut qu'il soit constitué de signifiants.

Lacan a aussi cru explicitement au minimalisme des propriétés. Toute propriété est seulement effet de la structure, donc la structure est cause. L'élément de toute structure étant le signifiant, cela veut dire qu'il n'a pas de propriétés, mais les fait : il est action.

La différence pure, antérieure aux propriétés, et les fondant, Lacan la résume sous le nom de l'Autre, un autre qui n'est pas le dual du même. Cet Autre, sans opposé, ne repose pas sur des différences de propriétés (à son registre nulle n'est encore attribuable). Il autorise qu'on puisse poser un signifiant et un autre, alors qu'ils sont hors du semblable et du dissemblable. L'Autre est garant, mais il n'est pas Dieu ; sa garantie se réduit à ceci : s'il y avait pas de l'Autre, ça ne parlerait pas. Or, ça parle.

Les minimalismes de l'objet et des propriétés combinés font que le logion « l'inconscient, structuré comme un langage » est tautologique. Par hypothèse, un langage n'a que des propriétés de structure, qui sont nécessairement minimales. Alors tout ce qui est structuré les présentera, donc est nécessairement structuré comme un langage.


Le logion est aussi contradictoire, car l'article un suppose plusieurs langages distinguables ; mais si un langage n'a que des propriétés minimales, aucun ne peut se distinguer structuralement d'un autre. Le logion dit donc seulement que l'inconscient est structuré.

De deux choses l'une : ou bien l'on répète qu'on adopte la thèse structuraliste et qu'on s'en tiendra à sa méthode, mais alors le logion n'a qu'un contenu social (adhésion au structuralisme); ou bien l'on exhibe une propriété structurale qui sera vraie de la structure quelconque, qui distinguera toute structure de ce qui n'en est pas une, mais qui n'en distinguera aucune d'aucune autre.

Seul peut-être, Lacan a choisi la seconde voie, et en a saisi la nécessité. C'est la "conjecture hyperstructurale" :

`la structure quelconque a des propriétés non quelconques'.

Jamais explicitée formellement, cette conjecture touche au noyau dur de la doctrine lacanienne et se trouve au fondement de ses parties les plus importantes. Elle fait apparaître qu'un des objets fondamentaux de la doctrine consiste à élaborer une théorie de la structure quelconque.

Un des théorèmes en est que, parmi les propriétés non quelconques d'une structure quelconque, considérée uniquement comme structure et ramenée à ses propriétés minimales, il y a l'émergence du sujet. Réciproquement, il est nécessaire et suffisant pour construire une théorie du sujet d'énumérer les propriétés que lui confère la structure quelconque.

Soit un théorème provisoire :

`la structure minimale quelconque contient en inclusion externe un certain existant distingué, qu'on appellera le sujet'.

Comme le signifiant n'est rien d'autre que l'élément minimal de la structure quelconque, sa définition du signifiant doit inclure cette émergence. De là le logion : « le signifiant représente le sujet pour un autre signifiant » ; il s'analyse en quatre thèses définitoires :

(i) un signifiant ne représente que pour;
(ii) ce pour quoi il représente, ne peut être qu'un signifiant;
(iii) un signifiant ne peut représenter que le sujet;
(iv) le sujet est seulement ce qu'un signifiant représente pour un autre signifiant.


Les thèses (i)-(iii), prises ensemble, ne sont qu'une définition de la chaîne, tout entière contenue dans la relation « X représente Y pour Z ». Relation ternaire, se distinguant de la relation classique de représentation, binaire, et de la définition saussurienne du signifiant où la relation de représentation ne joue aucun rôle. Le sujet devient une propriété intrinsèque de la chaîne (thèse (iv)) : toute chaîne signifiante inclut le sujet; mais le sujet lui-même n'a d'autre définition que d'être le terme Y dans une relation ternaire où X et Y sont deux signifiants. Le sujet est second par rapport au signifiant.

De la conjecture hyperstructurale et de la théorie de la structure quelconque suit une thèse, "l'hypothèse du sujet du signifiant" :

`il n'y a de sujet que d'un signifiant'.

Avec l'hypothèse du sujet de la science, l'équation des sujets est une conséquence automatique :

`le sujet de la science, le sujet cartésien, le sujet freudien ne peuvent être que le sujet d'un signifiant ; ils ne font et ne peuvent faire qu'un'.

Conclusion :

Le sujet cartésien peut et doit être institué comme sujet d'un signifiant : pour cela que le Cogito sera récrit comme une chaîne : je pense « donc je suis » .

Le sujet freudien, capable d'inconscient, peut et doit être institué comme sujet d'un signifiant : pour cela l'inconscient sera pensé comme une chaîne (llogion 'l'inconscient, structuré comme un langage').

Le sujet de la science mathématisés peut et doit être institué comme sujet d'un signifiant : pour cela la mathématique sera pensée comme la forme éminente du signifiant, disjoint de tout signifié, ce que permet le galiléisme étendu : le logion « la mathématique du signifiant » caractérise toute science, réversiblement – le signifiant est intrinsèquement mathématique, la mathématique est intrinsèquement du signifiant.

Pour que sujet cartésien et sujet freudien soient mis en équation, il faut qu'il y ait sujet là où ça pense, alors même qu'il est impossible que le sujet en articule « donc je suis » ; pour cela le sujet ne sera rien d'autre que ce qui incessamment émerge et disparaît dans une chaîne signifiante. Or c'est aussi le sujet sans qualités que la science requiert ; la pensée sans qualités dont il est le corrélat consiste dans les lois non quelconques du signifiant – lois sans qualités, mais aussi hors quantité.

Initialement, l'identité de constitution entre sujet cartésien et sujet freudien n'était que partiellement démontrée. Était laissée dans l'ombre la constitution propre du sujet de la science à quoi l'un et l'autre étaient, séparément, identifiés; on l'affirmait seulement dépouillé de toute qualité, hormis une pensée elle-même sans qualité.

Désormais, la théorie de la structure quelconque permet d'articuler une thèse positive, non historique ; l'équation des sujets ne dépend plus d'un régime de successivité, ni de la supposition que l'avènement du Cogito permette l'émergence de l'inconscient. La corrélation est de structure.


4. Vers une lecture transcendantale

Dans ces conditions, on peut dégager deux propositions :

(i) la chaîne signifiante est la définition la plus générale possible de la pensée, ramenée à ses propriétés minimales ; autrement dit, le signifiant est la pensée sans qualités ;

(ii) ramené à ses propriétés structurales et dépouillé des qualités qui lui sont étrangères (elles relèvent de l'âme), tout sujet métaphysique se laisse déchiffrer comme le sujet d'un signifiant.

La conjecture hyperstructurale émet donc une créance sur la métaphysique. Elle se laisse lire de manière homonyme comme une philosophie transcendantale.


[ Ce chapitre est le plus abstrait de tout le livre, pratiquement impossible à résumer, et la lecture transcendantale (homonymique) est réfutée par la suite. C'est pourquoi notre résumé passe directement au CHAPITRE IV ]




[ À suivre ici ]




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Français

L'A.L.S. (Analyse des Logiques Subjectives) est une méthode d’analyse des mots (lexèmes) d’un texte parlé ou écrit, inspirée par la psychanalyse, qui permet, sans recourir au non-verbal (intonations, gestes, mimiques), d’avoir une idée de la personnalité de l’auteur et de ceux qu’il peut espérer persuader ou séduire.

English
A.L.S (Analysis of Subjective Logics) is an analytical method concerned with the words (lexical items) of a spoken or written text. Drawing on psychoanalysis, it allows one, without resorting to the non-verbal (intonations, gestures, mimics, etc.), to get an idea of the personality of the author as well as of those one expects to persuade or to entice.

Deutsch
Die A.L.S (Analyse der Subjektiven Logiken) ist eine Untersuchungsmethode der Wörter (lexikalische Einheiten) eines gesprochenen oder geschriebenen Textes, mit einer Inspiration der Psychoanalyse, der erlaubt, ohne sich an das Nichtverbale (Intonationen, Bewegungen, Mimiken, u.s.w.) zu wenden, eine Idee der Personalität des Autors und derjenigen zu bekommen, die er zu überreden oder zu bezaubern hofft.

Português
A A.L.S. (Análise das Lógicas Subjetivas) é um método de análise das palavras (unidades lexicais) de um texto falado ou escrito, inspirado pela psicanálise, que permite, sem recorrer ao não-verbal (intonações, gestos, mímicas, etc.), ter uma idéia da personalidade do autor e daqueles que ele pode esperar persuadir ou seduzir.

Español
El A.L.S. (Análisis de las Lógicas Subjectivas) es un método de análisis de las palabras (lexemas) de un texto hablado o escrito, inspirado por la psicoanálisis, que permite, sin recurrir al no verbal (intonaciones, gestos, mímicas), tener una idea de la personalidad del autor y de aquellos a los que puede esperar persuadir o seducir.

Italiano
L'A.L.S. (Analisi delle Logiche Soggettive, è un metodo di analisi delle parole ("lexèmes") di un testo parlato o scritto, ispirata per la psicanalisi, che permette, senza ricorrere al no-verbale (intonazioni, gesti, mimici), di avere un'idea della personalità dell'autore e di quelli che può sperare di persuadere o sedurre.




Résumé : Blog de diffusion de textes et de discussions autour de l'Analyse des Logiques Subjectives, méthode linguistique originale d'analyse de discours partant des métaphores courantes et de la psychanalyse.

Abstract : Blog about "Analysis of Subjective Logics ", an original linguistic approach in discourse analysis.


Mots-clé : analyscience, linguistique, analyse de discours, métaphore, psychanalyse, Lacan, psychologie, psychologie sociale, psychose, paranoïa, schizophrénie, rhétorique, argumentation, épistémologie, poésie, littérature, Baudelaire, traduction, malentendu, expressions figées, Jean-Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, hystérie, obsession, phobie, angoisse, inconscient, rêve, rébus, subjiciel, machina subjectiva

Keywords : linguistics, "discourse analysis", metaphor, psychoanalysis, Lacan, psychology, social psychology, psychosis, paranoia, schizophrenia, rhetorics, argumentation, epistemology, poetry, litterature, Baudelaire, translation, misunderstanding, frozen expressions, Jean-Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, hysteria, fixed idea, phobia, anxiety, the unconscious, dream, rebus, subjiciel, machina subjectiva

Schlüsselwörter : Linguistik, Redeanalyse, Metapher, Psychoanalyse, Lacan, Psychologie, soziale Psychologie, Psychose, Paranoia, Schizophrenie, Rhetorik, Argumentation, Epistemologie, Poesie, Literatur, Baudelaire, Übersetzung, Mißverständnis, starre Ausdrücke, Jean- Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, Hysterie, Zwangsvorstellung, Phobie, Angst, Unbewusstes, Traum, Rebus, subjiciel, machina subjectiva

Palavras-chaves : linguística, análise de discursos, metáfora, psicanálise, Lacan, psicologia, psicologia social, psicose, paranóia, esquizofrenia, retórica, argumentação, epistemologia, poesia, literatura, Baudelaire, tradução, equívoco, expressões bloqueadas, Jean- Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, histeria, idéia fixada, fobia, inquietude, o inconsciente, sonho, rébus, subjiciel, machina subjectiva

Palabras-clave : lingüistica, análisis de discurso, metáfora, psicoanálisis, Lacan, psicología, psicología social, psicosis, paranoïa, esquizofrenia, retórica, argumentación, epistemología, poesía, literatura, Baudelaire, traducción, malentendido, expresiones cuajadas, Jean-Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, histerismo, obsesión, fobia, angustia, inconsciente, sueño, jeroglífico, subjiciel, machina subjectiva

Parola-chiave : linguistica, analisi di discorso, metafora, psicanalisi, Lacan, psicologia, psicologia sociale, psicosi, paranoia, schizofrenia, retorica, argomentazione, epistemologia, poesia, letteratura, Baudelaire, traduzione, malinteso, espressioni idiomatiche, Jean-Claude Milner. , Albert Camus, Marie Cardinal, Amélie Nothomb, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, Mallarmé, Schreber, isterismo, ossessione, fobia, angoscia, inconscio, sogno, rebus, subjiciel, machina subjectiva


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