. Mots-clé : linguistique, analyse de discours, sémantique, lexicologie, métaphore, psychanalyse, Lacan, psychologie, psychologie sociale, psychose, paranoïa, schizophrénie, rhétorique, argumentation, épistémologie, poésie, littérature, Charles Baudelaire, traduction, malentendu, expressions figées, Jean-Claude Milner, Albert Camus, Marie Cardinal, Georges Brassens, Henry Miller, Parménide, hystérie, obsession, phobie, angoisse, inconscient, rêve, rébus, Cyrano de Bergerac, Aragon, Nietzsche, subjiciel, points de vue, subjectivité artificielle, argot, Luce Irigaray, Hélène Cixous, Gilles Deleuze, Félix Guattari, Jean-François Lyotard
Argument du billet Freud phobique
? : « Lorqu'on tape dans Google, entre guillemets, les groupes de mots "Freud phobique", "Freud était phobique", "phobies de Freud" etc., on trouve des fragments de
description cliniques assortis de considération plus générales. L'A.L.S. a son mot à dire sur la "personnalité" du fondateur de la psychanalyse, à partir de ses propres propos [ ... ], et des
commentaires parfois biaisés de ses contemporains ou successeurs. »
Commentaire critique de J. Baagoe le 14/10/2008 : Phobique, obsessionnel, hystérique... expliquer les superstitions de Freud par l'un ou l'autre, est-ce
plus sérieux que de constater simplement qu'il était superstitieux ?
Oui, c'est plus sérieux. Une fois remplacés les diagnostics de la clinique psychiatrique par les noms de parlers que propose l'A.L.S., ce qui exclut, sauf
sténographie donc abus de langage, les propositions de la forme "Untel EST ceci ou cela", on débouche sur une description plus fine, et plus prédictive (est-ce en même temps une explication?). Le
problème soulevé est intéressant quant aux applications de l'A.L.S.
- Les diagnostics de la clinique psychiatrique (phobique, obsessionnel, hystérique) peuvent être remplacés par les noms de
parlers que propose l'A.L.S. (Hésitant, Introverti, Extraverti). Les propositions de la forme "Untel EST ceci ou cela" deviennent lors d'une première
approximation : "Untel PARLE tel ou tel parler". Dans un second temps il sera nécessaire de remplacer Untel par une tournure impersonnelle, un peu comme le "je pense" cartésien fait
place au "ça parle" lacanien.
- On débouche sur une description plus fine, et plus prédictive : ici intervient la notion de structure psychique, avec à première vue un inconvénient à la
clef. Distinguer différentes structures psychiques, c'est ébaucher une taxinomie, avec le risque de "substantifier" les structures(1), d'en refaire des "êtres". Mais après tout Newton a précédé Einstein, et il sera envisagé
dans un second temps comment ces structures peuvent être engendrées par un système de règles portant sur des prédicats sans "substance".
(1) Exemple chez Piaget : «la structure est un système de
transformation qui comporte des lois en tant que système (par opposition aux propriétés des éléments), et qui se conserve ou s'enrichit par le jeu même de ses transformations sans que celles-ci
aboutissent en dehors de ses frontières ou fassent appel à des éléments extérieurs... une structure comprend ainsi les trois caractères de totalité, de transformation et d'autoréglage »
(Piaget J. Le structuralisme. Collection Que sais-je. Paris:PUF, 1968).
Une analogie avec la classification zoologique va tenter de montrer la supériorité du recours aux structures psychiques sur le "pointiillisme
statistique" des descriptions style DSM IV.
Dans la nosographie psychiatrique française, on classe les délires :
- d'abord par leur structure : systématisée ( "partent de prémisses délirantes, mais se développent ensuite de manière logique et cohérente, si bien qu'ils peuvent entraîner la conviction de l'entourage"), ou non-systématisée ("ne possèdent ni logique ni cohérence interne, et témoignent pour quiconque d'une désorganisation importante de la pensée"),
- puis par leur mécanisme ("processus par lequel l'idée délirante s'édifie") : hallucination, illusion, interprétation, intuition, imagination (ou fabulation),
- enfin par leur thème, extrêmement divers : de persécution, de revendication, de jalousie, mégalomaniaque, érotique, érotomaniaque, d'auto-accusation, hypocondriaque, de négation d’organes, mystique , ésotérique, fantastique, métaphysique, d'influence etc.
Le "progrès" quand à la prédicitivité (chances de rencontrer tel symptôme associé, pronostic, efficacité du traitement) s'est fait dans l'ordre inverse de la chronologie : très schématiquement, au XVIIIe on classait par thèmes (folie des grandeurs, manie de la persécution), au XIXe par mécanismes, au XXe par structures (systématisée : groupe des paranoïas, non-systématisée : schizophrénie paranoïde et d'autres).
Ce progrès est analogue à celui qui fait passer de la classification par la forme extérieure de l'animal (baleine = poisson dans la Bible, chauve-souris = oiseau) due au phénomène de convergence évolutive, ou par sa couleur, à un classement par régime alimentaire par exemple (carnivore, herbivore, omnivore etc...), et enfin au classement tenant compte de la phylogenèse : poisson, amphibien, reptile, oiseau, mammifère - avec toutes les formes de passage disparues et malgré certaines difficultés taxinomiques. Le "gain de prédictivité" porte sur la reproduction, l'élevage, la sauvegarde, etc. des espèces concernées.
L'analogie est encore plus pertinente pour les différentes structures psychiques distinguées dans les névroses sous l'angle psychanalytique :
- déjà en psychiatrie vaut "l'équation" Névrose = caractère + symptômes, et il y a autant de sortes de caractères que de névroses : anxieux, obsessionnel, phobique, hystérique
- et en psychanalyse : Névrose = structure de personnalité + symptômes, étant donné que la personnalité est "l'usine à fabriquer les symptômes", d'où l'idée, combattue par les TCC, qu'il faut transformer la personnalité pour éviter la survenue de symptômes substitutifs.
De fait, des symptômes comme l'angoisse, une phobie, ou un comportement superstitieux, se rencontrent dans les quatre névroses précitées, et dans des psychoses comme la schizophrénie, la psychose hallucinatoire chronique, la paraphrénie, la mélancolie, sans parler du rapport entre le fétiche et le gri-gri du superstitieux ! ! !
Ainsi le recours à la structure psychique est-il requis pour toute approche diagnostique, pronostique et thérapeutique au sens classique, ou toute prédictivité à d'autres fins dans le cadre non-médical de l'A.L.S. Le déni, dans les descriptions style DSM IV, de l'histoire subjective ("ontogenèse" psychique, analogue ici à la phylogenèse somatique précitée), outre son inscription dans une culture d'un pragmatisme à courte vue, et la suspicion de "liens d'intérêts financiers entre le comité d'experts du DSM-IV et l'industrie pharmaceutique" (voir lien), doit rappeler aux familiers de l'A.L.S. une dénégation bien connue dans le parler "Extraverti".